Cuba : Cuba fait face aux changements climatiques dès maintenant

16 Avr 2018
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La Havane. Lundi 16 avril 2018. CCN. Cuba fait face aux changements climatiques dès maintenant. Face à la gravité du défi environnemental, le Plan de l’État, dénommé Tarea Vida (La Tâche Vie) est mis en œuvre dans les différentes provinces, ce qui place notre Île dans une position d’avant-garde

[…] Une importante espèce biologique court le risque de disparaître du fait de la rapide et progressive disparition de ses conditions de vie naturelles : l’Homme » Fidel Castro Ruz

 

Le déversement de sable sur le littoral des cayos du nord de Ciego de Avila est l’une des actions menées pour lutter contre l’érosion. Photo : Ernesto Trista

QUE faire face à l’élévation des températures, à l'augmentation du niveau de la mer ou aux ouragans qui nous frappent de plus en plus fort ? Comment nous rendre moins vulnérables aux changements climatiques ? Des observations préliminaires de groupes d'experts cubains révèlent que le niveau de la mer a augmenté en moyenne de 6,77 cm de 1966 à ce jour, un phénomène qui s'est accéléré au cours des cinq dernières années.

Depuis le milieu du siècle dernier, la température moyenne annuelle a augmenté de 0,9 degrés Celsius, et les côtes sont désormais les espaces les plus fragilisés. La réalité appelle à prendre des mesures et c'est ce que Cuba a fait : prévoir plutôt que de regretter.

La Tarea Vida (Tâche vie) est aujourd’hui le projet le plus ambitieux conçu pour faire face au changement climatique. Ce Plan a été adopté le 25 avril 2017 par le Conseil des ministres et s’appuie sur les avertissements de Fidel Castro lorsque, au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, le 12 juin 1992, le leader de la Révolution avait souligné l’importance de préserver l’espèce humaine.

Ce programme, qui est sous la juridiction du ministère de la Science, de la Technologie et de l'Environnement (Citma), est plus complet et plus intégral que tous les précédents : il possède un degré de portée et de hiérarchisation supérieur et comprend une dimension territoriale, actualisée en permanence. Il définit les sites et les actions à mettre en œuvre à court (2020), moyen (2030), long (2050) et très long (2100) termes.

Il présente également cinq actions stratégiques et 11 tâches visant à contrer les effets sur les zones vulnérables.

Selon des explications à la presse de la directrice de l’Environnement au Citma, Odalys Goycochea Cardoso, il s’agit d’un plan intégral qui présente une première identification des zones et des lieux prioritaires, les dommages subis et les actions à entreprendre. Par ailleurs, a-t-elle signalé, ce programme sera enrichi et élargi au fur et à mesure de la progression de sa mise en œuvre.

ENQUÊTER POUR AGIR

« Les projections pour l’avenir indiquent que l'élévation moyenne du niveau de la mer pourrait atteindre 27 cm d'ici 2050 et 85 cm d'ici 2100, ce qui correspond aux fourchettes d’estimation pour l'ensemble de la planète. Cela signifiera une lente diminution de la surface émergée de notre pays et une augmentation progressive de la salinisation, si bien que le niveau d’impact sur nos aquifères souterrains devra être pris en compte », a déclaré Rudy Montero, spécialiste principal au sein du groupe d'évaluation des risques de l'Agence de l'environnement.

Face à cette situation, 103 études ont été réalisées dans le pays sur le danger, la vulnérabilité et les risques liés aux effets hydrométéorologiques, y compris les vents violents, les inondations dues à la pénétration de la mer et aux pluies intenses. De même, les études sur la sécheresse, les incendies en milieu rural et les risques d’origine géologique, technologique et sanitaire ont été prises en compte afin de mener des actions de prévention, de préparation, de réponse et de relèvement, visant à affronter et à réduire les risques et les vulnérabilités, « afin de s'adapter à ce phénomène, dont nous sommes tous les victimes », a poursuivi le spécialiste.

Les inondations côtières causées par des phénomènes météorologiques extrêmes sont l'un des principaux dangers identifiés comme conséquence du changement climatique. Ces impacts sur le patrimoine naturel et bâti, ainsi que l'élévation du niveau de la mer, mettent en danger plusieurs établissements humains. « Nous les avons identifiés et nous allons travailler à l'élaboration de nouveaux aménagements territoriaux pour chacun d'entre eux », a confirmé Rudy Montero.

Interdire la construction de nouveaux logements dans les établissements côtiers menacés, les plus vulnérables ou ceux dont on prévoit la disparition en raison d'inondations permanentes figure parmi les actions stratégiques prévues. Il est également envisagé de réduire la densité de population dans les zones côtières basses et, dans le cas des nouvelles constructions, de veiller à ce qu'elles soient adaptées à ces environnements.

Le développement des activités agricoles et d’élevage fait également partie des priorités en raison de son incidence sur la sécurité alimentaire du pays.

Certaines des actions comprennent l'adaptation aux changements dans l'utilisation de la terre en raison de l'élévation du niveau de la mer et de la sécheresse ; la diminution des superficies cultivées près de la côte ou affectées par l'intrusion saline ; la diversification des cultures ; l'amélioration des conditions des sols ; l'introduction et le développement de variétés résistantes au nouveau scénario de température.

Par ailleurs, les processus de réaménagement urbain sont planifiés dans les villages et les infrastructures menacées et en fonction de la situation économique du pays.

LES RÉALISATIONS

Bien que le Citma soit le principal responsable de la Tâche Vie, il s'agit d'un projet qui implique de nombreux ministères et organismes de l’État. Dans ce travail conjoint, la province de Guantanamo figure parmi les territoires qui mettent en œuvre le plus d'actions. Le reboisement des écosystèmes côtiers, l'installation de plusieurs stations d'épuration des eaux et la promotion des pratiques agro-écologiques ne sont que quelques exemples du travail réalisé.

Quant au ministère de l'Agriculture (Minag), il travaille au reboisement de la mangrove rouge afin de freiner le recul du littoral. Des actions sont actuellement en cours dans diverses zones vulnérables telles que les communautés de Boca, Mata et Barrancadero de cette région de l’est du pays. Les spécialistes participent également à la promotion de pratiques agro-écologiques visant à améliorer la qualité des sols et d'autres actions qui impliquent la communauté.

« C’est ainsi qu’une vingtaine d'hectares touchés par l'érosion et par les effets de l'ouragan Matthew ont été récupérés dans l'écosystème de montagne de Yacabo Arriba », a indiqué à la presse le 25 janvier, Iliana Clark Feoktistova, fonctionnaire de la délégation provinciale de Citma.

« Toutes les municipalités de Guantanamo sont concernées par la généralisation du programme de mesures de conservation des sols dans le cadre de la gestion durable des terres, aussi bien dans les entreprises de l'État que dans les coopératives de crédit et de services et de production agricole », a-t-elle précisé.

Afin d'atténuer la sécheresse dans cette province, l'Institut national des ressources hydrauliques a entrepris, entre autres projets, l’installation de plusieurs stations de traitement de l'eau dans les municipalités de Niceto Pérez, Manuel Tames et Maisi, ainsi qu'un programme de forage de 12 puits souterrains pour approvisionner la population en eau.

De son côté, Ciego de Avila, accorde la priorité à l’installation de procédés permettant d'économiser l'eau. Dans le but de réduire les fuites dans les réseaux de distribution et de protéger les réserves de la nappe phréatique, les principaux fournisseurs de la vie économique et sociale de la province, plus de 6 000 compteurs d’eau ont été installés chez des particuliers, principalement dans le chef-lieu de province, à Moron et à Majagua, selon Héctor Rosabales Pérez, directeur des services d’adduction et d’évacuation des eaux de la province.

Une autre des actions à court terme a été le déversement de sable sur le littoral des cayos situés au nord de Ciego de Avila, afin de récupérer les plages endommagées par l'érosion, un problème qui touche de nombreuses zones du pays et qui frappe de plein fouet la province de Las Tunas.

En plus de la détérioration des plages de sable, la côte nord est frappée par la sécheresse agricole et les niveaux élevés d'intrusion saline dans les terres situées près de la côte de la municipalité de Puerto Padre. Face à ces difficultés, un groupe multidisciplinaire chargé de la mise en œuvre de la Tâche Vie a été constitué au sein du Conseil de l'Administration provinciale de cette province.

« Un groupe d’organismes jouent un rôle décisif dans ce projet, comme le Service de Planification physique qui s’occupe de l'aménagement du territoire, l'Université, pour sa contribution en termes de savoir à travers la recherche, l'agriculture en tant que responsable des sols, entre autres institutions qui doivent unir leurs forces pour atteindre l'objectif », a indiqué Amado Luis Palma, spécialiste de gestion environnementale au Citma à Las Tunas.

La province de Sancti Spiritus , pour sa part, affiche également des résultats positifs grâce à la mise en œuvre de la Tâche Vie. L’entreprise agro-industrielle Granos Sur, à El Jibaro, et la Station de recherche sur le riz se sont distinguées grâce à l'obtention de variétés plus résistantes à la salinité et au stress hydrique. Il est à signalé par ailleurs la récupération et le nettoyage des canaux pour empêcher l’infiltration de l'eau douce, qu’elle atteigne la côte, pour contribuer ainsi à réduire l’intrusion saline.

Les changements climatiques ont un impact sur cette province, notamment à travers l’élévation du niveau de la mer, la réduction de la surface des plages, – ce qui nuit au développement du tourisme –, mais aussi à la production agricole dans la région. Selon Leonel Diaz, délégué du Citma dans cette province, l'intrusion saline, l'érosion des sols et la disparition des mangroves frappent de façon régulière les municipalités de La Sierpe et Sancti Spiritus.

Pendant des années, a-t-il ajouté, plusieurs actions ont été mises en œuvre pour atténuer les impacts environnementaux, dont un travail d'éducation auprès de la population afin d'augmenter la perception des risques.

PRÉSERVER LA VIE

La grande vulnérabilité de Cuba en tant qu'État insulaire laisse à penser que l'élévation du niveau de la mer pourrait avoir l’impact le plus grave sur le pays lorsqu’il est question des conséquences du changement climatique.

Selon Elba Rosa Pérez Montoya, responsable du Citma, dans un entretien récent avec le journal Juventud Rebelde, « la Tâche Vie nous concerne tous ».

C'est pourquoi, lors de ses déplacements dans le pays, elle a privilégié les échanges avec un important groupe de dirigeants provinciaux et municipaux du Parti, du gouvernement, des représentants de l'Administration centrale de l'État, de la Défense civile, de l'Aménagement du territoire et des centres territoriaux de gestion des risques. Il est essentiel, a-t-elle estimé, de sensibiliser la population à cette question afin d'obtenir le soutien de tous dans la lutte contre les changements climatiques.

« Les tâches sont d'une grande complexité. En effet, les investissements environnementaux nécessaires se caractérisent par leur coût élevé et leurs exigences spécifiques. Les actions que nous allons mettre en œuvre sont basées sur les études de nombreux scientifiques », a-t-elle ajouté.

Parmi les 11 tâches adoptées dans le programme de la Tâche Vie figurent l'identification et la mise en œuvre d'actions et de projets d'adaptation au changement climatique : assurer la disponibilité et l'utilisation efficace de l'eau (lutter contre la sécheresse), orienter le reboisement vers une protection maximale des sols et de l'eau, stopper la détérioration des récifs coralliens (les réhabiliter et les conserver) et mettre en œuvre d'autres mesures dans le cadre des plans et des projets liés aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique, à la sécurité alimentaire, à la santé et au tourisme.

Font également partie de ce programme la protection côtière des villes, la relocalisation des établissements humains, la récupération intégrale des plages, des mangroves et autres écosystèmes naturels de protection, les travaux hydrauliques et d’ingénierie côtière, entre autres. Les aires prioritaires tiennent compte de la préservation de la vie des populations dans les sites les plus vulnérables, de la sécurité alimentaire et du développement du tourisme.

La Tâche Vie devrait se développer avec le temps et les actions qui seront menées à bien. Cependant, Cuba est consciente de l'importance d'anticiper pour faire face aux changements climatiques. Ce projet, ambitieux et complexe, démontre la volonté politique du gouvernement à réduire les vulnérabilités et à accroître la perception des risques.

Zones, aires et sites prioritaires

• Sud des provinces d’Artemisa et de Mayabeque.

• Littoral nord de La Havane.

• Baie de La Havane.

• Zone spéciale de développement de Mariel.

• Varadero et ses couloirs touristiques.

• Cayos touristiques de Villa Clara.

• Cayos touristiques du Nord de Ciego de Avila.

• Côtes nord et dud de Ciego de Avila.

• Cayos touristiques et côtes nord de Camagüey.

• Littoral nord d’Holguin.

• Baie de Santiago de Cuba.

• Villes côtières menacées par la montée progressive de la mer : Cienfuegos, Manzanillo, Moa, Niquero et Baracoa.

• Établissements côtiers dont la disparition a été diagnostiquée pour 2050 et 2100, situés dans les provinces de Sancti Spiritus, Camagüey, Pinar del Rio et Villa Clara.

• Plages de sable à l’érosion intense qui devraient disparaître en cas d’événements météorologiques extrêmes, et d’autres plages d’intérêt touristique et récréatif, situées dans les provinces de Camagüey, Pinar del Rio, Granma, Holguin, Las Tunas et l’Île de la Jeunesse.

• Zones côtières sans protection souffrant d’intrusion saline situées dans les provinces de Pinar del Rio, Matanzas, Granma, Camagüey, Cienfuegos et Sancti Spiritus.

Les 11 missions de la Tâche Vie

TÂCHE 1 : Identifier et mettre en œuvre des actions et des projets d'adaptation au changement climatique, de nature intégrale et progressive, en vue de réduire la vulnérabilité existante dans les 15 zones identifiées comme prioritaires, en tenant compte dans l'ordre d'action de la population menacée, de sa sécurité physique et alimentaire et du développement du tourisme.

TÂCHE 2 : Mettre en œuvre les normes juridiques nécessaires pour soutenir l'exécution du plan de l'État et veiller à sa stricte application, en accordant une attention particulière aux mesures visant à réduire la vulnérabilité du patrimoine bâti, avec pour priorité les établissements côtiers menacés.

TÂCHE 3 : Conserver, entretenir et récupérer les plages de sable de l'archipel cubain, en donnant la priorité aux plages urbanisées à des fins touristiques et en réduisant la vulnérabilité structurelle du patrimoine bâti.

TÂCHE 4 : Assurer la disponibilité et l'utilisation efficace de l'eau dans le cadre de la lutte contre la sécheresse, sur la base de l'application de technologies permettant d'économiser et de satisfaire les demandes locales. Augmenter l'infrastructure hydraulique et son entretien, ainsi que l’exécution d'actions de mesure de l'efficience et de la productivité de l'eau.

TÂCHE 5 : Orienter le reboisement vers la protection maximale des sols et des eaux en quantité et en qualité, ainsi que la récupération des mangroves les plus touchées. Donner la priorité aux réservoirs d’eau, aux canaux aux bandes hydro-régulatrices des bassins d'affluents des principales baies et des côtes de la plate-forme insulaire.

TÂCHE 6 : Stopper la détérioration des récifs coralliens dans tout l'archipel, les réhabiliter les conserver, en donnant la priorité aux crêtes qui bordent la plateforme de l'île et protègent les plages urbanisées à usage touristique. Éviter la surpêche des poissons qui favorisent les coraux.

TÂCHE 7 : Maintenir et introduire dans les plans d'aménagement du territoire et d'urbanisme les résultats du macro-projet sur les risques et la vulnérabilité de la zone côtière à l’horizon 2050-2100, ainsi que les études sur les dangers, la vulnérabilité et les risques dans le cycle de réduction des catastrophes. Utilisez cette information en tant qu’alerte précoce pour la prise de décision.

TÂCHE 8 : Mettre en œuvre et contrôler les mesures d'adaptation au changement climatique et d'atténuation, dérivées des politiques sectorielles dans les programmes, plans et projets liés à la sécurité alimentaire, aux énergies renouvelables, à l'efficience énergétique, à l'aménagement du territoire et à l'urbanisme, à la pêche, à l'agriculture, à la santé, au tourisme, à la construction, aux transports, à l'industrie et à la gestion intégrée des forêts.

TÂCHE 9 : Renforcer les systèmes de suivi, de surveillance et d'alerte précoce visant à évaluer de façon systématique l'état et la qualité des zones côtières, de l'eau, de la sécheresse, de la forêt, de la santé humaine et animale.

TÂCHE 10 : Donner la priorité aux mesures et aux actions visant à accroître la perception du risque et à accroître le niveau de connaissance et le degré de participation de l'ensemble de la population face au changement climatique et à une culture qui favorise les économies d'eau.

TÂCHE 11 : Gérer et utiliser les ressources financières internationales disponibles, provenant aussi bien des fonds mondiaux et régionaux pour le climat que de sources bilatérales, pour exécuter les investissements, les projets et les actions découlant de chacune des tâches de ce plan de l'État.

 

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