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Cuba : Des yeux pour voir le Che

12 Nov 2018
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La Havane. Lundi 12 novembre 2018. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Une fois atteint l'objectif vénézuélien de l'Engagement de Sandino, les spécialistes de la Mission Miracle travaillent à la réalisation du rêve de Fidel et Hugo Chavez pour l'Amérique latine et les Caraïbes

Enrique Milanés Leon6 novembre 2018 

CARACAS.— Ce matin-là, nous sommes arrivés de bonne heure au Centre ophtalmologique Ernesto Guevara, récemment rénové, dans la paroisse de Pinto Salinas, et la première personne que nous avons rencontrée était la Dr Aimée Blanco Chibas, engagée dans une conversation animée avec des patients qui attendaient d'être auscultés par des spécialistes cubains, auxquels de nombreux Vénézuéliens modestes confient chaque jour, littéralement, la « prunelle de leurs yeux” ».

Bien que leurs yeux soient remplis d’ombres, ou à cause de cela, les malades prêtent un grand intérêt à l'explication détaillée et affectueuse de cette coopérante cubaine de la santé sur la logistique mise en place dans le cadre de l’Opération miracle, une mission très appréciée. Depuis les cliniques populaires aux Centres de Diagnostic Intégral, et de là au centre ophtalmologique, un réseau de chirurgiens, de médecins diplômés en ophtalmologie, d'infirmières et de médecins électromédicaux coordonnent leurs efforts pour que de nombreux patients non-voyants recouvrent la vue grâce à l'intervention gratuite des médecins cubains.

La Dr Aimée Blanco n'est pas un médecin de plus : cette jeune femme originaire de Guantanamo, spécialiste en hygiène et épidémiologie et diplômée en ophtalmologie, est conseillère nationale de la Mission Miracle et responsable du travail des 377 professionnels qui exercent dans les 18 centres ophtalmologiques ouverts en divers points du pays, dans le cadre de la Mission médicale cubaine.

« Cette année, nous avons l'objectif d'atteindre plus de 51 000 chirurgies spécialisées au Venezuela, et entre 20 et 25 % d'entre elles seront pratiquées ici, dans le district de la capitale. Bien que tous les coopérants ressentent le même engagement, ce centre, qui dispose du personnel le plus qualifié qui travaille dans deux postes chirurgicaux, accueille deux fois plus de patients. Ainsi, dans la pratique nous fonctionnons comme deux établissements en un seul service pour conforter l'offre de soins », explique la conseillère.

APPORTER LA LUMIÈRE

Originaire de la province d’Holguin, dans l’est de l’Île, le Dr Faustino Lopez Estévez, spécialiste en ophtalmologie du premier degré, devait opérait ce matin-là. Nous nous sommes donc dépêchés pour arriver à l’heure et avoir un entretien avec ce médecin très occupé qui, dans sa deuxième mission au Venezuela, a bénéficié d’une profonde reconnaissance de la population dans les États de Trujillo et Falcon avant d'être appelé dans la capitale.

« Les centres ophtalmologiques où j'ai travaillé offrent de très bonnes conditions, mais celui-ci est sans aucun doute le meilleur. Il réunit tous les avantages et les services, y compris le laser et l’échographie. La technologie est très bonne, le microscope optique est de dernière génération, tout comme l'équipement laser, et cela se reflète dans l'efficacité des opérations », explique le chirurgien, qui réalise en moyenne 12 opérations de la cataracte par jour, tandis qu'un autre collègue effectue quant à lui une dizaine d’ablations chirurgicales de pterygium par jour.

Fort de 29 ans d'expérience comme médecin, dont 25 en ophtalmologie, le Dr Faustino n'a aucune idée du nombre de personnes à qui il a permis de recouvrer ou d’améliorer la vue : « Oh, j’ignore le nombre exact, il y en a pas mal. À Cuba, j'opère deux fois par semaine, de dix ou douze patients à chaque fois. Et au cours de mes quatre premières années au Venezuela, j’allais au bloc opératoire tous les jours. Tout ce que je sais, c'est que dans cette mission, ils sont déjà plusieurs milliers », signale-t-il, pensif.

Le chirurgien fait une parenthèse pour parler du collègue extraordinaire qui donne son nom au centre : « Le Che était un homme immense. À Falcon, un écrivain vénézuélien m'a fait cadeau d’un livre sur le Guérillero héroïque, et je suis fier de ce livre et de travailler maintenant dans un endroit qui porte son nom. Mon hommage personnel au Che est de me dévouer tout entier à mes patients et de travailler sans répit », poursuit le chirurgien avant d’entrer dans la salle d’opération pour accomplir le miracle.

SUR LES TRACES DE L’AMI

Originaire de la ville de la ville de Mazanillo, dans la province de Granma, le jeune médecin Pedro Enrique Gonzalez Guerra, diplômé en optométrie et en optique, a pratiquement commencé sa vie professionnelle au Venezuela, où il est arrivé il y a deux ans. Sa fonction est de soigner les patients référés en chirurgie et de rectifier le résumé de l'historique du patient : mesurer l'acuité visuelle, effectuer la réfraction et, en cas de cataracte, calculer la lentille à utiliser. Autrement dit, il fournit des éléments supplémentaires pour déterminer si le patient a besoin d’une chirurgie ou pas.

« Les Vénézuéliens ressemblent beaucoup aux Cubains. Ils sont charismatiques et reconnaissants, et ils apprécient beaucoup notre travail, ce qui est très réconfortant. On les voit arriver d’un pas lent de peur de trébucher ou de se cogner et repartir heureux et confiants, le visage radieux, ce qui nous procure un immense plaisir ! », souligne-t-il.

Dans le même salon, son collègue Yaumer Gomez Cabrera, de la province de Ciego de Avila, explique quant à lui que cette mission lui a permis de mettre en application les connaissances acquises à Cuba, de vivre de nouvelles expériences et de confirmer la vocation humaniste de la médecine cubaine. « Cette mission est l'une des plus importantes, parce que nous permettons aux gens de passer des ténèbres à la lumière. Nombre d’entre eux arrivent avec un sévère déficit visuel et repartent le sourire aux lèvres alors qu'ils avaient abandonné l'espoir de recouvrer la vue ; les résultats sont palpables dès le lendemain », indique-t-il.

Yaumer avait fait ce même travail au Venezuela, entre 2013 et 2015, et il a décidé de se donner une seconde opportunité de coopération solidaire. Cette fois, il a été surpris ici par la mort d'Hugo Chavez.

Pourquoi être revenu après la perte du meilleur ami de Cuba ?, lui demande le journaliste. Et lui de répondre : « Parce que nous devons défendre son héritage. Chavez a fondé cette mission avec Fidel, et ce travail doit continuer. »

COMME DEUX YEUX D'UN MÊME PAYS

Au centre, tout nous rappelle la « très belle histoire » que la Dr Aimée Blanco nous a racontée sur la Mission Miracle : « Elle a été lancée par Fidel et Chavez, en 2005, à la suite de l'Engagement de Sandino, dans la province cubaine de Pinar del Rio et, avec la devise "une vision de solidarité pour le monde", avec pour objectif de rendre la vue à six millions de Latino-américains et Caribéens, dont trois millions de Vénézuéliens. »

L'objectif vénézuélien du programme ayant été atteint, les spécialistes cubains s'emploient à présent à réaliser la totalité du nombre proposé par les deux commandants.

La Dr Aimée reconnaît que c'est un miracle quotidien et collectif qui l’a captivée dès le début : « C'est une très belle expérience qui m'a inculqué de nouvelles valeurs humaines et professionnelles et qui m'a permis d’acquérir des compétences pour l’avenir », explique-t-elle avant de souligner l’impact social de cette mission, car elle permet aux bénéficiaires de participer activement à leur projet révolutionnaire.

En fin de matinée, presque au moment des adieux, le Vénézuélien Humberto Serraute Ardila confirme ce que nous avaient appris les interviewes précédentes. Opéré « à la cubaine » de ptérygium et d'une cataracte, il attendait d'être opéré d'une seconde cataracte. « Cela s’est très bien passé. J'ai vu quelques nuages tout de suite après l'opération, et ensuite j'ai retrouvé une vision de qualité, sans avoir besoin de lunettes. Mon évolution a été parfaite », dit-il rapidement.

Humberto habite dans la zone où travaillent et vivent les médecins solidaires. Il a vu naître la Mission Miracle et il tient à adresser ses remerciements et sa profonde reconnaissance à ces professionnels. Comme il s’y attendait, il a quitté la salle avec une vision parfaite de 20 sur 20.

Interrogé sur le professionnalisme de nos coopérants, il ajoute, avec un grand sourire : « Je vous le dis en toute franchise : pour moi, ils sont comme les Vénézuéliens, des gens avec leurs qualités, leurs défauts, leurs joies et leurs peines. Ce n'est pas la même chose pour ceux d'entre nous qui avons nos familles avec nous. Ils ont quitté leurs êtres chers pour venir nous aider. C'est dur pour eux, mais ce sont des gens bien. Nous sommes unis par les mêmes attentes. »

« En moment où nous souffrons des mêmes problèmes de harcèlement que ceux qu’ils endurent depuis 60 ans, nous pensons que nous pouvons les résoudre ensemble, en restant unis, grâce à notre profonde amitié », conclut le patient alors que l’image de Che Guevara nous vient clairement à l’esprit.


http://fr.granma.cu/mundo/2018-11-06/des-yeux-pour-voir-le-che

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