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Guadeloupe. Rokhaya Diallo : “Pour moi, c’est vraiment une réaction identitaire”

16 Nov 2016
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Baie-Mahault. Mercredi 16 novembre 2016. CCN. La célèbre journaliste et scénariste s’est rendue aux Etats-Unis pour couvrir l’élection présidentielle. Comme de nombreuses personnes, elle a été très surprise du résultat ! Lors de son passage en Guadeloupe, l’auteur du livre “Afro” (Ed. Les Arènes) et de la BD “Pari(s) d’amies” (Ed. Delcourt) était l’invité du festival Caribulles où elle a, entre autre, donné une conférence sur le fait de porter ses cheveux naturels. Elle a accepté de nous donner son ressenti suite à cette élection et de partager ses idées concernant la politique française.

 

CCN : Quelle a été votre réaction suite à l’élection de Donald Trump ?

 

Rokhaya Diallo : Il se trouve que j’étais au Etats-Unis pour l’élection présidentielle puisque je voulais la couvrir et j’ai eu la surprise comme beaucoup d’assister, en fait, à l’élection de Donald Trump. J’étais à New-York qui est une ville assez libérale, démocrate donc le choc a été vraiment très intense. J’ai vu beaucoup de pleurs et de visages décomposés autour de moi. C’était frappant ! Moi, j’interprète cela comme une réaction communautaire de la part d’une population blanche qui se sent en insécurité par rapport à l’augmentation numérique des minorités et au fait qu’il y ait eu un président noir pendant huit ans. Pour moi, c’est vraiment une réaction identitaire. N’oublions pas que Donald Trump n’a pas de programme. Ce qui est fou c’est qu’il n’a absolument pas de programme, il a juste un projet de société qui est le retour à l’époque où l’Amérique était plus grande. Mais qu’est-ce que ça signifie en fait ? Si on considère l’Amérique par son passé, il n’y a aucun moment où l’Amérique a été meilleure qu’aujourd’hui pour les femmes et pour les minorités. Donc forcément, les seules personnes qui ont été en meilleure position aux Etats-Unis ce sont les hommes blancs. Donc c’est nécessairement une régression pour toute personne qui n’est pas un homme blanc. Si on prend l’Amérique il y a 5, il y a 10 ans, il y a 100 ans, c’était la ségrégation donc pas le droit de vote pour les femmes ou les noirs. Quelque part c’est le retour à une Amérique idéalisée parce qu’elle était bénéfique à ceux qui étaient en position de domination donc majoritairement les hommes blancs.

 

CCN : Beaucoup font le parallèle avec la France et se disent que cela peut donner de l’espoir à Marine Le Pen. Est-ce que vous pensez que les Français aussi pourraient élire un candidat au discours raciste affiché ?

 

R. D. : C’est clair que cela donne de l’espoir à l’extrême-droite. Marine Le Pen a été l’une des premières leaders politiques européennes à avoir félicité Donald Trump. Dès la campagne, elle s’était positionnée en sa faveur sans pour autant aller jusqu’à le soutenir mais en disant qu’Hillary Clinton ne pouvait être sa candidate. Ce que j’ai constaté sur les réseaux sociaux c’est qu’il y a eu beaucoup de soutien de Trump de la part de la « fachosphère » française et des réactions assez virulentes. J’ai le sentiment que cela a décomplexé des gens, en tout cas sur internet. Après, ce qu’a montré l’élection de Donald Trump c’est que les médias pouvaient se tromper et pouvaient parfois négliger l’inscription d’un phénomène dans le paysage politique. Je pense qu’il ne faut pas négliger la possibilité que Marine Le Pen accède au pouvoir en 2017. Je pense que la leçon de Donald Trump c’est que tout est possible et que parfois les gens qui vont voter pour les extrémistes ne le disent pas. Et puis les médias sont dans une logique un peu libérale, qui n’est pas forcément celle de Marine Le Pen donc ils ont leur point de vue, leur cercle qui ne reflète pas nécessairement celui d’une grande partie de la population française. Vu le taux de popularité de François Hollande, vu la droite qui n’est quand même pas très très engageante, la seule chose qui puisse paraître nouvelle et défier ce système qui est vraiment honni par les Français, c’est malheureusement Marine Le Pen. Je pense qu’il faut se préparer à combattre correctement la possibilité de la montée de Marine Le Pen et pas sur le plan moral.

 

CCN : La semaine dernière Rama Yade est venue dans le cadre de sa campagne, que pensez-vous de sa candidature ?

 

R. D. : (Soupirs…) Je ne sais pas quoi penser de la candidature de Rama Yade. En tout cas, je trouve courageux de se présenter hors parti sachant que les parrainages ne sont pas garantis. C’est vrai que la France est un pays qui fonctionne avec le système des partis qui y est quand même prédominant. Après Rama Yade n’est pas de mon bord politique, moi je me situe plutôt à gauche donc c’est pas quelqu’un que je soutiendrai par un bulletin de vote. Cependant c’est toujours intéressant de voir le système politique se diversifier, se rajeunir. Moi j’aimerais bien voir en position éligible dans les partis davantage de femmes, davantage de femmes non blanches qui soient en mesure de prétendre à l’investiture présidentielle car depuis Christiane Taubira en 2002, on a jamais vu ça.

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