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Guadeloupe. Centenaire de l'abolition de l'engagisme (1917-2017) : Capesterre, ville de mémoire par excellence

30 Mar 2017
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Capesterre. Jeudi 30 mars 2017. Lemauricien/CCN. Une série de manifestations ont été organisées par le GOPIO-Guadeloupe pour marquer le Centenaire de l'abolition de l'engagisme à Capesterre. La cérémonie guadeloupéenne est indubitablement la toute première du centenaire. 

La Guyane britannique le célébra le 5 mars et Trinidad organisera une conférence à la fin de ce mois. Avant un retour sur cet événement riche en enseignements, faisons un bref rappel historique… Remontons le temps avec notre compatriote Khal Torabully, poète, qui a eu l'honneur de représenter l'UNESCO lors de la célébration du 28 janvier 2017.

L'engagisme fut officiellement aboli par la Grande-Bretagne en 1917. A cette date, il fut interdit de déporter des Indiens endettés pour être engagés hors de l'Inde. C'est aussi en 1917 que l'Empire britannique capitula devant les revendications des nationalistes indiens et des ligues anti-émigration britanniques. La même année, les Etats-Unis aussi mirent fin à l'engagisme des Asiatiques, en annexant Hawaï. La Californie mit fin au coolie trade la même année. Notons aussi que c'est en 1920, voire après, que l'engagisme s'arrêta dans les faits dans certains pays.

C'est le GOPIO-Guadeloupe, sous la férule de son président Michel Narayaninssamy, qui organisa cet événement historique. C'est aussi cette organisation qui mit sur pied la construction du Mémorial des engagés à Capesterre, ville de mémoire par excellence. Minutieusement pensé, ce monument dépouillé conjoint des éléments architecturaux du Nord et du Sud de l'Inde, pour marquer la diversité culturelle et ethnique de ces Indes qui sont le terreau des diversités avant, pendant et après le voyage océanique des coolies. Cet aspect est désormais fondamental dans la perception développée par le GOPIO (Groupe de personnes d'origine indienne) par rapport à l'engagisme dans sa philosophie de réseautage diasporique et nous nous en félicitons.

Michel Narayaninssamy, maître des cérémonies, annonça les grandes lignes de l'Histoire de l'arrivée des engagés dans son île natale. Il rappela leurs contributions à l'économie de l'île et leurs apports tant culturels, linguistiques, botaniques que gastronomiques et philosophiques. Puis, il rappela les efforts consentis par les donateurs privés qui ont contribué à élever le monument de Capesterre pour les « z'indiens » :

« Ce monument est la résultante des efforts de l'équipe du GOPIO et des personnes qui ont voulu que les « z'indiens sortent en bas feuilles », pour dire leur histoire, leur attachement à leur pays et il n'est pas, comme certains l'ont dit, un « butin d'indiens ».

Quelques précisions s'imposent en regard des propos de cet homme persévérant. Sortir les Indiens de « dessous les feuilles » signifie que les descendants d'engagés ont été mis sous silence, rendus invisibles, dans le concert « interculturel » des plantocraties. Dans la nature « divisive » des sociétés hiérarchisées des systèmes esclavagistes et engagistes, cette règle était de mise. Les émancipés et les nouveaux arrivants coolies se retrouvèrent dans une situation de concurrence pour le prix de la main-d'œuvre et cet état de fait fut instrumentalisé par les propriétaires des cannaies et des usines ou des mines pour diviser ces masses d'hommes et des femmes. En les mettant en concurrence, on cassait les revendications des émancipés pour des salaires en adéquation avec leur juste valeur et on affaiblissait, aussi les revendications des engagés pour de meilleures conditions de travail. Cette situation de coexistence en « chiens de faïence » a travaillé la fondation culturelle, sociale, économique et politique dans de nombreuses terres, des Antilles à Fidji ou Maurice, où cela a favorisé le communalisme.

Il était donc salutaire que la commémoration fût placée sous le signe de « l'humanisme de la diversité et de la nouvelle route internationale des engagés » entérinés par l'UNESCO, fidèle à son message de promotion de la culture de la paix. Il est fondamental de ne pas opposer les histoires et les mémoires et d'aider à rapprocher deux pages d'une Histoire souvent maintenues séparées. Pays où les deux populations issues de l'esclavage et de l'engagisme ont beaucoup à échanger dans un avenir commun.

M. Ramdini, du Conseil Départemental, parla de la fierté des Indo-Guadeloupéens de commémorer le centenaire de l'abolition et de se sentir totalement intégrés au sol de l'île. Il exprima sa reconnaissance à l'UNESCO d'avoir accordé une importance solennelle à cette commémoration. Pour lui, l'avenir sera fait de ce type de rencontres où tous les Guadeloupéens sont amenés à parler de leur passé, mais aussi de leur avenir, dans la concorde et le respect.

L'esclavage et de l'engagisme ont beaucoup à échanger dans un avenir commun.

Nous verrons dans la deuxième partie de cet article que l'engagisme, comme l'esclavage, démontre que le respect et la valorisation de la culture et de l'identité des engagés sont une dimension essentielle du développement durable.

« Les migrations du travail font partie d'un mouvement vital et irrépressible de l'humanité et c'est la construction d'un monde plus solidaire qui pourra favoriser l'émergence d'une planète qui a besoin de se penser de façon plus mature et moins violente. »

La mondialisation participe, indéniablement, à la remise en cause des repères identitaires et idéologiques. Nous voyons dans le même temps des mouvements de replis communautaires. C'est pourquoi la culture des engagés est essentielle, c'est un pilier pour permettre aux citoyens de devenir pleinement acteurs du développement de leur pays dans toutes ses dimensions. L'engagisme s'inscrit bien dans une perspective humaniste au moment où les tentations sectaires se développent.

« L'engagisme prône un monde de la rencontre avec le Divers duquel il est issu. »

Il faut renforcer sans cesse son unité dans le respect de sa diversité, de son interculturalité et de son intraculturalité.

 

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