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Haïti. Irma met à nu les faiblesses de notre première ligne de protection

11 Sep 2017
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Port-au-Prince. Lundi 11 septembre 2017. Lenouvelliste/CCN. L’ouragan Irma s’est retenu. Il n’a pas laissé dans son sillage la désolation dans des terres clichées de cartes postales de la Caraïbe comme St-Martin ou St-Barthelémy, mais il a mis à nu la faiblesse de beaucoup de municipalités, la première ligne de protection des populations.

A Malfeti, 2e section communale de Fort-Liberté où vivent 6 000 habitants, quelque 350 maisons ont été inondées. La rivière Marion, en crue, a quitté son lit. Les pieds dans l’eau, 3 050 personnes ont dû trouver refuge dans un abri provisoire à l’école nationale, a confié au journal le maire de Fort-Liberté, Louis Jacques Etienne, vendredi 8 septembre 2017. En première ligne dans la prise en charge des sinistrés, le maire galère. « Je quémande et emprunte pour faire ce qu’il faut pour venir en aide aux sinistrés », a-t-il craché, incapable de vérifier pour le moment si la somme de 400 000 gourdes promise par le ministère de l’Intérieur a déjà été transférée sur le compte en banque de la mairie.

Malfeti n’est pas seule sur la liste des quartiers et sections communales inondées. Ce n’est pas qu’à Malfeti qu’un maire se casse la tête. A Gaillard, des inondations sont également signalées. Sur le terrain, l’ingénieur Frantz Verella, qui s’est rendu jusqu’à Dajabon, côté dominicain, a souligné que l’ouragan Irma n’a pas déversé beaucoup d’eau sur le grand Nord. Il ne s’est rien passé à Dajabon, à Canongo, à Monte Christi. Côté haïtien, il y a eu des inondations parce qu’on a construit dans des zones où l’on ne devait pas. L’autre problème, c’est qu’il n’y a pas d’ouvrages de protection sur les rivières, a souligné l’ingénieur Frantz Verella. Les travaux de drainage en cours sur la rivière de Trou du Nord sont très utiles, a-t-il indiqué, estimant, au regard de ses observations, qu'il est indispensable d’être « prévoyant ».

En ce sens, a souligné l’ingénieur Frantz Verella, les municipalités doivent être en première ligne. Chaque municipalité doit avoir un plan de prévention des risques d'inondation. Associé à ce plan, il doit disposer d’un plan de protection qui indique les actions à entreprendre en cas de réelles inondations. Il faut prévenir et ensuite agir, a illustré l’ingénieur Frantz Verella, ex-ministre des TPTC. Il reconnaît cependant que la grande majorité des municipalités n’a pas les ressources financières et techniques pour le faire. Il faut, a-t-il appelé, des fonds publics, dans le cadre de budget pour que les municipalités puissent remplir leurs missions. L’ingénieur Frantz Verella a, d’un autre côté souligné que globalement, l’Etat est faible dans le pays et les citoyens et citoyennes pas assez informés.

Pour l’économiste Kesner Pharel, il faut être prévoyant. Il a déploré l’absence d’une mise en place d’une gouvernance de désastre naturel inspirée des expériences passées. Les catastrophes sont des laboratoires d’expérimentation pour les municipalités, la société civile, l’université, l’Etat. Pour tout le monde. C’est dommage que cela ne soit pas le cas en Haïti où l’on oublie que gérer c’est prévoir, a expliqué Kesner Pharel, soulignant que l’on avait systématisé, appris des expériences, que des maires du grand Sud, impliqués dans la gestion de Matthew en 2016, devraient pouvoir partager leurs expériences avec leurs pairs du Nord.

Heureusement qu’Irma n’a pas causé autant de dégâts en Haïti, comme c’est le cas pour St-Martin, St-Barthelemy et Barbuda. Les maigres ressources allouées aux municipalités les empêchent de faire leur travail, a expliqué Kesner Pharel, qui croit qu’il faut mutualiser les risques liés à la météo. Il faut penser à prendre une assurance pour trouver des ressources permettant à une ou plusieurs municipalités d’agir en cas de catastrophe. L’expérience a fait ses preuves. Des pays de la Caricom avaient pris une assurance pour Haïti. Cette somme, mise à la disposition du gouvernement, a été utilisée, a expliqué Kesner Pharel.

Le sénateur Willot Joseph, avant le vote du projet de budget, avait exigé que des fonds plus importants soient alloués aux municipalités pour que celles-ci puissent remplir leurs missions. « La loi fait des députés et sénateurs des contrôleurs de l’action gouvernementale. Ils sont là aussi pour légiférer. Ils doivent faire leur travail et arrêter d’empiéter sur le rôle de responsables de collectivités territoriales. De plus, les parlementaires ont leur allocation dans le budget. Ils doivent donc cesser de convoiter les fonds mis à la disposition des maires », avait balancé Willot Joseph. Ce dernier avait invité les maires, Asecs, Casecs et délégués de ville à se rendre au Sénat la semaine dernière, aux fins d’assister au vote des pères conscrits sur le budget 2017-2018. « Il faut les contraindre de voter dans l’intérêt de la population », avait-il exigé. Le sénateur du Plateau central avait menacé de prendre les armes pour lutter contre ce qu’il appelle une mafia qui impose et qui s’incruste partout au sein de l’Etat.

Pourtant, à travers la FENAMH, les municipalités ont renforcé leur présence dans les espaces de décisions. Pour le moment, les résultats escomptés ne sont pas encore au rendez-vous pour l'allocation de ressources financières et techniques adéquates pour servir les communautés.

 

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