Equateur : Les Etats-Unis ne veulent pas une base mais quelque chose de plus dévastateur

12 Avr 2018
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Quito. Jeudi 12 avril 2018. CCN/Bolivarinfos. Les Etats-Unis ne veulent pas récupérer une base militaire en Equateur. Elles sont très coûteuses, impliquent des dépenses en personnel militaire, de la maintenance et des investissements dans l'infrastructure.

Pour cette raison, le rapprochement entre l'Ambassade nord-américaine et le Gouvernement de Lenín Moreno est le signe de quelque chose de plus dévastateur : une nouvelle phase d'ingérence directe et indirecte dans les Forces Armées, la Police Nationale et la souveraineté nationale.

Le stratagème a débuté le 27 janvier 2018 à San Lorenzo, près de la frontière nord avec la Colombie quand le pays a subi l'explosion d'une voiture piégée. Tandis que les réponses du Gouvernement étaient faibles et sans aucune coordination, en 2 jours, une délégation du Bureau Fédéral d'Investigations (FBI) des Etats-Unis est arrivée en Equateur. 

Ce qui a été déterminant dans cette situation, c'est que face au « premier grand défi de sécurité, la réaction du Gouvernement a été de faire venir les Etats-Unis, » comme l'a signalé Guillaume Long, ex-ministre des Relations Extérieures et de la Mobilité Humaine. L'attentat terroriste a ouvert la voie à une augmentation des attaques et à une présence parallèle des Nord-américains dans les sphères militaires et gouvernementales.

L'explosion d'une bombe artisanale dans es locaux de la Marine à Borbón et les attaques de militaires et de policiers à El Pan, el Alto Tambo et Mataje sur la frontière nord avec la Colombie ont déchaîné la réponse dirigée par la droite oligarchique et certains groupes d'intérêts. Le discours partagé a été de rendre responsable de ces agressions le départ de la Base de Manta en 2009.

Pour le maire de Guayaquil, Jaime Nebot, la solution serait une base militaire avec la présence des Nord-américains. A quoi a fait écho l'ex-candidat à la présidence, le général de réserve Paco Moncayo qui a conclu que « enlever la Base de Manta et ne rien avoir pour la remplacer a été fou et irresponsable. » Même des membres de la presse équatorienne se sont joints à la propagande en arguant que la sécurité nationale a à nouveau besoin d'une présence militaire étrangère.

En d'autres termes, ils cherchent à justifier l'injustifiable. La perte de la souveraineté nationale, la présence de l'armée la plus dangereuse du monde en Equateur et le non respect de la Constitution sont des questions secondaires. Mais à leur grand regret, les Etats-Unis ne veulent pas une base militaire en Equateur et même s'ils le voulaient, ils ne pourraient pas, ce serait anticonstitutionnel.

L'article 5 de la Grande Charte de 2008 indique qu'on « ne permettra pas l'installation de bases militaires étrangères ni d'installations étrangères à but militaire. Il est interdit de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères. » alors, que cherchent les Yankees en Equateur ?

L'ambassadeur Todd Chapman a donné un élément de réponse lors de la célébration des 154 ans de vie institutionnelle de la Police Nationale. Le diplomate a expliqué que les Etats-Unis veulent être un « bon partenaire » pour le pays et que leur « engagement est de donner la sécurité à l'Equateur » et de coopérer avec les institutions de l'Etat liées à la sécurité nationale.

La coopération offerte comprend l'apport de formation de renseignement, d'échange d'informations et l'accès à des collèges militaires dans lesquels des officiers équatoriens pourraient se former à nouveau. Un souvenir terrifiant qui remonte au fonctionnement de l'Ecole des Amériques, une institution d'endoctrinement militaire et idéologique des Etats-Unis chargée de « former et de de diplômer » les escadrons de torture et de la mort dans toute l'Amérique Latine dans les années 70, 80 et 90.

Cette dé-formation idéologique qu'implique la soi-disant formation militaire est une menace pour les Equatoriens et les Latino-américains puisqu'elle porte atteinte directement à la démocratie et à la souveraineté des Forces Armées et des forces de sécurité nationales. L'expérience récente avec des forces de sécurité dans les pays envahis d'Iraq et Afghanistan le démontre.

Alors, ce n'est pas un hasard si Moreno a supprimé le Secrétariat National du Renseignement (SENAIN). Démanteler des institutions et promouvoir, avec le soutien des médias, un discours sur la façon dont on a « diminué » les Forces Armées fait partie de la stratégie d’ingénierie sociale habituelle aux Nord-américains.

Cela fonctionne en créant et en présentant un problème (thèse) pour provoquer une réaction (antithèse) et de cette façon présenter une solution (synthèse) qui, dans une situation normale, non induite, ne serait pas acceptée par la grande majorité.

Toutes ces mesures sont liées au but principal qui est d'obtenir l'ingérence indirecte intervenant dans la prise de décision et dans la gestion des influences à l'intérieur des Forces Armées et de la Police équatoriennes.

C'est à cause de cette sorte d'intrusions que Rafael Correa a expulsé les diplomates étasuniens, une ambassadrice et presque 20 fonctionnaires du Pentagone qui travaillaient en Equateur. Une des cas les plus emblématiques est celui de Mark Sullivan, ex-premier secrétaire de l'ambassade qui, en 2009 a été expulsé pour avoir interféré dans les affaires de la police et dans les affaires intérieures.

Sullivan a menace de couper l'aide étasunienne à la police dont le Gouvernement équatorien avait changé le chef de l'Unité de Renseignement Spécial sans consulter les Etasuniens, selon un rapport du commandement de la Police. Les visites de l'actuel ambassadeur étasunien aux différents ministères de l'Etat montrent qu'ils reprendront leur rôle de « conseillers. »

De même, ils ont besoin de rétablir la relation directe avec les Forces Armées en oubliant les canaux officiels et légaux. Une tactique qu'ils utilisaient habituellement comme plusieurs câbles de l'ambassade révélés par Wikileaks l'ont prouvé.

Dans l'un d'eux qui date de 2009, Heather Hodges, ex-ambassadrice en Equateur, déclare qu'ils avaient développé « une stratégie pour maintenir l'inter-action avec les Forces militaires en Equateur. En utilisant notre expérience de coopération avec la Police Nationale équatorienne, nous allons faire que la pression contre la direction politique du Gouvernement de l' Equateur vienne des forces militaires... »

Un autre, de 2005, précise comment les Etats-Unis offraient « des cadeaux » aux officiers équatoriens des Forces Armées pour qu'ils « fassent pression sur leurs supérieurs pour obtenir des cadeaux similaires » et ainsi réussir à les inciter à signer des accords qui étaient dans l'intérêt des Etats-Unis.

Cette violation du droit international, de la diplomatie et des institutions démocratiques a un but : créer une cinquième colonne à l'intérieur des Forces Armées et de la Police Nationale. Une fin que les Nord-américains poursuivent, pas avec une base militaire mais avec l'accès sans discrimination aux institutions sur lesquelles s'appuie la sécurité nationale. 

Face à cela, la justification publique continue à être la lutte contre le trafic de drogues. Mais si la présence des Etasuniens sur des bases ou grâce à la coopération a été efficace, pourquoi après plus de 20 ans du Plan Colombie, 7 bases nord-américaines en territoire colombien et plus de 10 000 millions de dollars (2016) dépensés dans la coopération, les cultures de coca en Colombie ont-elles augmenté jusqu'à atteindre 146 000 hectares en 2016, revenant à peu près au même niveau que pendant les premières années duPlan en 2001? 

La réponse est que lutter contre le trafic de drogues n'est pas leur priorité ou ils se consacreraient à le combattre sur leur propre territoire. Leur but, en tant qu'empire basé sur le pouvoir guerrier, est d’augmenter leur présence militaire dans la région pour assurer leurs « intérêts dans l’hémisphère », renforcer, grâce à des faveurs politiques, un bloc régional contre le Venezuela et justifier leur présence dans la zone puisqu'avec les dialogues de Paix, ils ne pourront pas continuer à opérer comme ils l'ont fait pendant presque 20 ans.

Selon les mots de Joseph Disalvo, sous-commandant du Commandement du Sud, « nous devons penser à une stratégie nouvelle qui, plus qu'un Plan Colombie, soit un Plan Amérique du Sud, où tout le monde puisse combiner ses efforts et ainsi lutter contre (le trafic de drogues). »

Ce Plan Amérique du Sud de caractère néocolonial prouve que pour eux, ce continent est à eux et l'Amérique Latine leur « colonie. » Pour réussir cette mission, ils manipulent les politiques faibles de sécurité nationale et profitent de la soumission à l'étranger des Gouvernements actuels de la région. Et c'est pourquoi la présence militaire renouvelée ne met pas en danger un seul pays mais la souveraineté et l'avenir de toute l'Amérique Latine.

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