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Amérique Latine : Pourquoi la corruption est le thème central du VIII° Sommet des Amériques

15 Avr 2018
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Lima. Dimanche 15 avril 2018. CCN/Bolivarinfos/ Françoise Lopez. La naissance du Sommet des Amériques en 1994 fixe les coordonnées politiques précises de cet événement affilié au réseau des institutions panaméricaines mis en place par les Etats-Unis dans la région à partir de son navire amiral, l'Organisation des Etats Américains (OEA).

Ce premier sommet qui a lieu à Miami, avec Bill Clinton comme président devait être la première instance de consensus de la région pour la concrétisation de la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA), l’uni-polarité ayant triomphé avec la chute de l'Union Soviétique au début des années 90. Plus de 20 ans plus tard, le VIII° Sommet des Amériques de Lima, Pérou, se situe dans un contexte totalement différent concernant la politique étrangère des Etats-Unis en Amérique Latine.

En 2005, la ZLEA a été enterrée au Sommet des Amériques de Mar del Plata, Argentine, et avec les années, l'influence s'est détériorée à tel point qu'au début de cette décennie, les organismes panaméricains ont perdu une grande partie de leur pouvoir en tant qu’expression des institutions du pouvoir de Washington en Amérique Latine. Tant et si bien que leur stratégie commerciale a dû être ré-élaborée pour stimuler la ZLEA à partir de l'alliance du Pacifique, une plateforme de libre commerce mise en place par la Colombie, le Mexique, le Panamá et le Chili. 

Dans cette nouvelle réalité, le VIII° Sommet des Amériques exprime l'intention des Etats-Unis de remettre en place une nouvelle structure de contrôle en Amérique Latine : étant donné qu'ils ont besoin de renforcer l'expulsion des Gouvernements progressistes de pays de la taille du Brésil et de l'Argentine et de protéger leurs intérêts économiques de l'avancée de la Chine et de la Russie en tant que nouveau binôme d'influence grâce à leurs investissements commerciaux qui, dans le cas du géant asiatique, promettent des revenus de 750 000 millions de dollars, selon le Commandement Sud lui-même.

L'Amérique Latine témoigne d'une concurrence féroce entre les puissances qui, dans d'autres régions, prend un tour dramatique et imprévisible comme aujourd'hui en Syrie avec la menace de bombardements faite par le président étasunien Donald Trump. Paradoxalement, son absence du Sommet des Amériques s'explique par la nécessité de rester à la Maison Blanche pour contrôler cette nouvelle série d'actions militaires qui tient en haleine tous ceux qui ont conscience du moment dangereux dans lequel se trouvent les puissances mondiales au moment de mesurer leurs forces dans l'arène internationale.

Dans ce contexte, le VIII° Sommet des Amériques a pour thème principal «  la possibilité de gouverner démocratiquement face à la corruption » qui coïncide avec la politique que le Gouvernement Trump déploie dans la région. Traité comme l'un des problèmes les plus importants, ce thème fait déjà partie, avec le trafic de drogues et le terrorisme, des menaces que les Etats-Unis utilisent pour intervenir en Amérique Latine pour mettre sous tutelle de façon plus efficace la puissance politique et institutionnelle de l'Amérique Latine.

Ce Sommet est la présentation à la société d'un nouveau modèle de contrôle « anti-corruption" pour la région.

Sur la base de cette thèse, les Etats-Unis ont mis en place une série de structures judiciaires à l'intérieur des pays latino-américains qu'ils utilisent comme une forme de contrôle sur la classe politique. Parmi ces structures se détachent le réseau visible judiciaire et policier du Lava Jato au Brésil qui vient de condamner Lula, la Commission Internationale contre l'Impunité au Guatemala, la Mission de Lutte contre la Corruption au Honduras et la relation de symbiose du Département d'Etat et de la Justice avec les Ministères Publics et les Bureaux des Procureurs Généraux de la République dans la plupart de l'Amérique Latine. Pour cela, les Etats-Unis ont investi 100 millions de dollars seulement au Guatemala, un tiers de ce qui est consacré par le Département d'Etat aux programmes concernant la justice jusqu'en 1999.

Le VIII° Sommet des Amériques devient l'espace dans lequel cet ordre du jour avance vers un engagement commun entre les participants pour faire des réformes judiciaires importantes, l'un des objectifs centraux de la Stratégie de Sécurité Nationale du Gouvernement Trump. Destinée à donner plus d'autonomie au pouvoir judiciaire en tant que nouvel arbitre de la politique intérieure des pays de la région comme les militaires le faisaient avant, à la fin du XX° siècle. Un consensus que les Etats-Unis ont construit grâce à une campagne culturelle agressive et une série d'opérations qui font pratiquement de ce caramel empoisonné un remède nécessaire contre une « maladie endémique » présentée à la convenance des intérêts étasuniens.

Cependant, dans la classe politique de droite même est alimentée une animosité contre cette intention des les éliminer en tant qu'intermédiaires. Malgré ses bonnes intentions, la lutte contre la corruption institutionnalisée par Washington trouve de sérieux adversaires dans les pays les plus avancés dans ce processus comme le Guatemala, le Brésil et le Honduras où Jimmy Morales, Michel Temer et Juan Orlando Hernández affrontent frontalement la caste judiciaire qui enquête sur eux pour des affaires de corruption.

Même avec des dérivations trop profondes dans des dossiers comme celui du réseau de pots-de-vin d'Odebrecht qui permettent l'ascension de mouvements et de partis politiques « anti-corruption » dans des pays gouvernés par des forces politiques opposées comme la République Dominicaine. Une variante d'un même emballage qui, de plus, cherche à « citoyenniser » la corruption de façon intéressante pour que les sociétés latino-américaines adoptent cet ordre du jour comme le leur en faisant de l'Amérique Latine un laboratoire à ciel ouvert de cette nouvelle façon d'intervenir.

C'est dans ce contexte qu'a lieu le VIII° Sommet des Amériques, dans un pays où récemment, Pedro Pablo Kuczynski a été destitué pour avoir touché des pots-de-vin d'Odebrecht. Un accident de l'histoire qui, cependant, met à nu la fibre humaine et intime que touche cette politique dans les présidents de la région. Le sénateur nord-américain Marco Rubio a dit : « Kuczynski était quelqu'un qu'ils pouvaient manipuler et sur lequel ils pouvaient faire pression – si nécessaire – pour qu'il continue à agir contre le Venezuela. » Une phrase qui révèle le nœud central grâce auquel les Etats-Unis agissent sur la classe politique latino-américaine : l'extorsion.

Une autre donnée politique essentielle est que, même avec dette coercition comme principe de relation diplomatique, les Etats-Unis ne peuvent montrer une coalition totalement alignée sur leur politique d'agression permanente du Venezuela. C'est pourquoi face à cette situation, le principal actif d'un Sommet des Amériques avec plus de présidents absents est justement de présenter à la société ce nouveau modèle de contrôle de la région. C'est pourquoi il est plus que révélateur que l'emballage dans lequel on le vend soit celui de «  la possibilité de gouverner démocratiquement face à la corruption. »

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CCN

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