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Mexique : Les implications immédiates de la victoire d'Andrès Manuel Lopez Obrador

08 Juil 2018
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Mexico. Dimanche 8 juillet 2018. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Avec plus de 53% des voix, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a été élu dimanche 1° juillet président du Mexique. Presque 24 millions de voix en ont fait le président élu avec le plus grand nombre de voix dans l'histoire du pays. Il a été pour la première fois candidat à la présidence de la République en 2006, la seconde fois en 2012, et enfin pour la troisième fois ce 1° juillet. L'énorme différence de plus de 30 points a rendu impossible la répétition de la fraude électorale qui l'avait empêché de gagner les 2 fois précédentes.

Ce qui a été décisif, c'est non seulement son insistance à vouloir être président du Mexique mais le fait qu'il a fait un travail politique constant, a créé son propre parti appelé MORENA, a incorporé peu à peu dans sa campagne des dirigeants sociaux de divers secteurs. Il a été actif et offensif en tant que critique des présidents de service mais surtout de ce que représentaient leurs projets.

Cette persévérance active est un bon exemple pour d'autres acteurs de la région comme Gustavo Petro en Colombie car il trace la route d'une opposition qui se renforce face à l'establishment.

Ais en ces temps marqués par un retour de la Doctrine Monroe dans la région, il faut rester prudent, administrer les attentes et se battre pour la plus grande objectivité possible pour analyser les résultats.

La réalité crue du Mexique

Le Mexique est actuellement l'exemple typique du « narco-Etat,» même plus que la Colombie.

Aucun pays n'est visiblement autant contrôlé par le trafic de drogues que le Mexique. Bien qu'il soit considéré comme al seconde économie de la région, sa frontière avec le plus grand consommateur de drogues du monde s'est renforcée en tant que meilleure place pour les cartels de la drogue qui, peu à peu, se sont déplacés vers le Mexique et contrôlent aujourd'hui une grande partie du territoire du pays, l'économie, la politique, et évidemment, ont banalisé la violence, le terrorisme, les assassinats sélectifs, des disparitions et le déplacement forcé.

La gigantesque économie mexicaine a aujourd'hui une croissance liée aux économies parallèles qui ne rapportent pas d'impôts et les inégalités dans la répartition du PIB parmi sa population en fait le pays le plus inégal de l'OCDE et l'un des plus inégaux de la région.

71 années de dictature ininterrompue du parti PRI qui n'a été affaiblie que par l'élection de l'ex-employé de Coca Cola, Vicente Fox, en 2000 mais est revenue avec le retour de Peña Nieto à la présidence en 2012, ont accumulé de graves violations des droits de l'homme du peuple mexicain dont la plus connue est peut-être le massacre de Tlatelolco en 1968.

A cause de cette longue frontière qu'il a avec les Etats-Unis, le Mexique n'est pas soumis à la juridiction du Commandement Sud mais est le seul pays de l'hémisphère dont le contrôle civil et militaire est dans les mains du Commandement Central des Forces Armées des Etats-Unis. L'éventualité que le géant du Nord décide d'attenter à la vie d' AMLO avant qu'il puisse accéder à la présidence continue à être dans l'air selon que ses annonces s'opposent ou non aux intérêt qui continuent de dominer le pays.

Seulement au cours de cette campagne électorale, 130 des personnes qui se présentaient à des charges qui devaient être pourvues aux élections de ce dimanche ou faisaient partie de l'équipe de campagne, ont été assassinées. Le dernier jour des élections, on a rapporté l'assassinat d'activistes des partis qui présentaient des candidats et des attaques armées de bureaux de vote. Ce qui augmente ce chiffre terrible.

Le nouveau Gouvernement mexicain face aux pouvoirs factuels

Les résultats officiels de ces élections ne seront pas connus avant le 8 juillet, selon ce qu'a annoncé le INE, c'est à dire une semaine après les élections. Pourtant, on a annoncé les résultats de ce qu'on appelle « un décompte rapide » et déjà ses 2 principaux adversaires et divers Gouvernements du monde ont reconnu la victoire d'AMLO. MORENA a réussi à constituer un nouveau pouvoir exécutif très favorable pour gouverner.

Il obtient, selon ce « décompte rapide » 52% des sièges du Sénat, 70% de ceux de la chambre des Députés et 6 des postes de gouverneurs les plus importants du pays, même la mairie de la capitale avec Claudia Sheinbaum qui devient ainsi la première femme à occuper ce poste.

Mais le véritable défi d'AMLO sera d'affronter le trafic de drogues, la corruption privée qui a porté atteinte à l'Etat et le poids des entreprises transnationales dans la destinée économique du Mexique. Le nouveau président est un nationaliste et parler de nationalisme dans le pays qui a plus de 3 000 kilomètres de frontière avec les Etats-Unis suffit pour dire que les intérêts stratégiques mondiaux s'opposent.

Les pouvoirs factuels du Mexique encouragés par les Etats-Unis dont le pouvoir économique sur le Mexique est indéniable rendront difficile chaque décision politique et économique. A cause de cela, la position économique d'AMLO sera décisive pour ses relations avec le Gouvernement Trump.

S'il continue à appliquer le modèle «  libéral financier » qui a prédominé jusqu'à présent au Mexique, favorable à la mondialisation, l'affrontement avec le modèle de Trump peut se poursuivre mais s'il opte pour une économie libérale plus conservatrice, nationaliste, il peut trouver une alliance nouvelle avec le président des Etats-Unis, selon l'analyste politique Daniel Estulín.

Implications éventuelles pour le Venezuela et pour la région

Bien qu'AMLO soit un homme progressiste, rien ne le dépeint comme un véritable homme de gauche. Ses propositions économiques sont proches de celles que Trump a faites pour accéder à la présidence. A la base, on peut les trouver dans son désaccord sur les traités de libre commerce qui affaiblissent l'économie du pays, son engagement à stimuler la production du pays, la baisse des impôts et la création d'emplois comme intérêts suprêmes de sa campagne. AMLO a même envisagé de réviser les accords récents avec la Chine qui, à son avis, sont au désavantage du Mexique.

C'est à dire que les 2, au moins de façon discursive, s'opposent à la tendance néolibérale qu'ont imposé le PRI et le PAN au Mexique, toujours au service des intérêts étasuniens avant les intérêts mexicains. Mais les 2 discours économiques semblent coïncider dans un point de vue néolibéral plus conservateur. La pression économique annoncée a déjà commencé avec une légère chute du peso lundi, attribuée à sa victoire. 

Hier, après que Trump ait félicité publiquement le nouveau président et ait exprimé sa volonté de travailler avec lui en disant qu'il voit beaucoup à faire en faveur des 2 pays, le président Maduro lui a envoyé ses félicitations et l'a invité à renforcer les relations bilatérales mais en insistant que la non ingérence dans les affaires intérieures et le respect de l'autodétermination des peuples.

Ensuite, le 2 juillet dans la soirée, la première communication directe entre Donald Trump et Andrés Manuel López Obrador a eu lieu. Selon ce qu'on en sait, ce dernier a envisagé la nécessité de signer des accords qui provoqueraient des créations d'emplois au Mexique pour faire baisser l'émigration vers les Etats-Unis. Cela montre l'importance que le Gouvernement de Trump accorde à cette victoire et sa course rapide pour l'aligner.

Pendant sa campagne, López Obrador a dit que la meilleure politique étrangère est la politique intérieure. C'est une définition très importante qui rend compte de l'importance qu'il accordera au développement du pays et à la résolution de ses conflits intérieurs. Sur la même ligne, il a parlé du respect de la souveraineté et de la non ingérence dans les affaires intérieures des autres pays et il a même cité José Martí et son idéal Notraméricain.

Cela marquerait une rupture avec la politique étrangère du Gouvernement de Peña Nieto qui a été très agressif envers le Venezuela en impliquant son pays dans ce qu'on appelle le Groupe de Lima, en votant des résolutions contre le Venezuela à l'OEA, au Sommet des Amériques et en prenant position, en général, dans son discours, contre le Gouvernement vénézuélien.

Avec le départ d'Enrique Peña Nieto, le Groupe de Lima perd un autre de ses membres. Et l'aile interventionniste du Congrès et la Maison Blanche, pour leur part, semblent perdre un puissant allié économique et financier pour renforcer le siège du Venezuela. La même chose se produira avec Luis Almagro et l'OEA, où Peña élevait toujours la voix contre le Venezuela.

Ce qui serait positif pour le Venezuela. Si en plus, AMLO contribue au renforcement des mécanismes d'intégration réels et se centre sur les affaires intérieures pour laisser de côté la pression sur le Venezuela, le changement du rapport de force en faveur de la paix dans la région et dans notre pays pourrait être important.

AMLO sera investi en décembre de cette année. Presque 6 mois pendant lesquels beaucoup de choses peuvent arriver au Mexique, aux Etats-Unis et sur le continent.

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CCN

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