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Brésil : Bolsonaro menace de fermer Folha de Sao Paulo, le journal le plus important du Brésil

07 Nov 2018
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Brasilia. Mercredi 7novembre 2018; CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Pour le président élu du Brésil, le néofasciste Jair Bolsonaro, il ne suffit pas d'attaquer les médias critiques presque quotidiennement sur les réseaux sociaux. Quand il prendra ses fonctions, son intention est d'atteindre son objectif final.

Alors qu'il y aura 500 millions de dollars de budget pour la publicité dans le secteur public à sa discrétion, il menace de couper sa publicité aux groupes de médias qui lui sont opposés et attaque ainsi les fondements financiers de la presse libre du Brésil.

Après une campagne au cours de laquelle Bolsonaro a condamné les reportages d'investigation, les a qualifiés de fausses informations inventées par un système corrompu et au cours de laquelle ses partisans ont persécuté les journalistes, ses menaces commencent à inquiéter les salles de rédaction du pays.

 

Quand on lui a demandé lors d'une interview télévisée sur TV Globo,la semaine dernière, s'il respecterait la liberté de la presse y compris pour le journal qui est le plus critique envers lui, Folha de Sao Paulo, le journal qui circule le plus au Brésil, la réponse de Bolsonaro a été brève.

Ce journal est fini, a-t-il soutenu et en ce qui me concerne, pour la publicité officielle, la presse qui agit ainsi, qui ment ouvertement, n'aura aucun soutien du Gouvernement fédéral.

Bien que les fonds publics ne représentent qu'une fraction des revenus de la plupart des principaux groupes de médias, la perspective d'un président qui châtie la couverture de l'information hostile envers lui a mis beaucoup de reporters à bout.

Des journalistes expérimentés qui travaillent pour les entreprises d'information les plus importantes du Brésil ont dit à Reuters qu'ils ont commencé à édulcorer leurs critiques par crainte des représailles d'un Gouvernement Bolsonaro et de la violence de ses sympathisants.

Les organismes qui supervisent la presse brésilienne ont dit qu'il y a eu une escalade des menaces et des agressions contre les reporters. Le groupe de journalisme d'investigation Abraji a commencé à rechercher les incidents pendant les élections les plus polarisées depuis le retour à la démocratie en 1985, après 20 ans de dictature militaire.

La plupart des attaques contre des journalistes ont été l'œuvre de partisans de Bolsonaro, selon Abraji qui a enregistré plus de 150 cas de reporters menacés. Dans environ la moitié des cas, il y eu de la violence physique et dans les autres cas, il s'agissait de campagnes de haine sur Internet.

Traiter la presse comme un opposant n'est pas une tactique nouvelle mais le ton agressif et la fréquence des attaques de Bolsonaro sont très inquiétants, a dit la coordinatrice du groupe, Marina Atoji.

Les partisans de Bolsonaro ont dit que les médias ont un penchant gauchiste et et ont dû recourir aux réseaux sociaux pour avoir des informations sur lui.

Le pire a été qu'ils ont cherché à crucifier Bolsonaro pour ses déclarations controversées sur les femmes, les gays et les Noirs, a dit Emilio Kerber, major de l'Armée de l'Air, candidat au Congrès pour la petite coalition de Bolsonaro. Mais il a des millions d'amis sur les réseaux sociaux et il a gagné de toute façon.

Les conseillers de presse du futur président n'ont pas répondu à une demande de commentaire. Bolsonaro a condamné les partisans qui recourent à la violence et a déclaré qu'il respecte la liberté de la presse et ne demande que qu'elle s'exerce de façon responsable.

A la rédaction de Folha, la sensation de siège est palpable.

L'éditeur exécutif, Sergio Dávila, a déclaré lors d'une interview que le journal a pris des mesures de sécurité pour protéger ses reporters après la cataracte de critiques sur les réseaux sociaux de la part des partisans de Bolsonaro après al publication d'un reportage sur l’utilisation de la plateforme de messagerie WhatsApp pendant la campagne.

C'est l'élection récente la plus tendue que nous ayons eue parce que l’utilisation massive des réseaux sociaux a fait que les journalistes ont été plus exposés aux partisans des candidats, a-t-il dit.

Les électeurs de Bolsonaro sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, a signalé Dávila et il a ajouté qu'il n'avait jamais vu tant de critiques dirigées contre des journalistes sur des histoires particulières.

Après sa victoire aux élections, Bolsonaro a dit que les groupes de médias qui ont diffusé des mensonges n'auront pas de publicité du Gouvernement fédéral qui a alloué 487 millions de dollars en 2017 avec les annonces des entreprises d'Etat.

TV Globo, qui domine depuis longtemps les médias brésiliens et a donné forme au débat public grâce à sa large audience, reçoit moins de 4% de ses ressources en fonds du Gouvernement, a indiqué le groupe dans un communiqué. Folha a dit que la publicité du secteur public est inférieure à 5% de ses revenus.

Malgré tout, beaucoup de groupes de médias plus petits ont fait des interviews plus amicales de Bolsonaro et ont réalisé une couverture moins agressive. Cela a ravivé les tensions à certains endroits.

A Radio Guaiba, dans la ville de Porto Alegre, le vieil animateur Juremir Machado a quitté le studio à la fin d'une interview de Bolsonaro en l'accusant de censure. Il a dit qu'il ne lui a pas permis de poser des questions et il a quitté l'émission.

Après qu'Edir Macedo, magnat des médias et prédicateur ait soutenu Bolsonaro, son réseau Record TV a augmenté la couverture des meetings de celui-ci, les critiques contre son rival de gauche, Fernando Haddad, se sont intensifiées et des histoires de corruption au Parti des Travailleurs sont sorties, a dit un ex-employé qui a demandé l'anonymat par crainte des représailles. 

Le Groupe Record n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Sa chaîne a attiré l'attention 3 jours avant le premier tour des élections en diffusant une interview exclusive de Bolsonaro au moment où la chaîne rivale TV Globo diffusait un débat présidentiel auquel celui-ci avait refusé de participer pour raisons médicales. Ce soir-là, le journal de Record TV a eu la meilleure audience de l'année.

D'autres médias sont en train de découvrir qu'il y aune audience pour une couverture plus agressive. Dávila a dit que pendant ces dernières semaines, Folha a augmenté son nombre d'abonnements. 

« Ce n'est pas quelque chose que nous avons demandé. Ca n'a pas été une campagne. A la base, le public considère que Folha fait du journalisme critique. Bolsonaro attaque le journal, ils décident de s'abonner par solidarité, » a-t-il déclaré.

(Avec des informations de La Jornada)A

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