Venezuela : Henrique Capriles

12 Fév 2018 CCN
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Caracas. Lundi 12 Février 2018. Bolivarinfos/CCN. A la différence des autres dirigeants d'opposition comme Leopoldo Lopez ou Maria Corina Machado, issus d'anciennes familles de l'oligarchie, Henrique Capriles Radonski (Caracas, 11 juillet 1972) est issu d'une famille dont la fortune est relativement récente, faite dans les affaires immobilières, le secteur des services, les chaînes de cinéma et les médias avec des ramifications dans d'autres pays du monde, en particulier en Espagne.

 

Licencié en Droit de l'Université Catholique Andrès Bello bien qu'il y ait toujours eu des doutes sur la légitimité de son titre, il commence sa carrière politique à 26 ans à peine en tant que député national. A ce moment-là, on le considère comme un représentant typique de son clan, une chose très habituelle dans a droite vénézuélienne, sans mérite propre au-delà de son appartenance à sa famille. Il a été le plus jeune président du Congrès du Venezuela en 1998, dans une chambre qui n'a duré qu'un an et a été dissoute pour convoquer l'Assemblée Nationale Constituante qui marquera la fin de la IV° République et ouvrira la voie à la République Bolivarienne du Venezuela.

 

En 2000, avec d'autres dirigeants comme Leopoldo Lopez, Julio Borges ou Juan Carlos Caldera, il a fondé Primero Justicia (D'abord la Justice). Comme tant d’autres dirigeants de l'opposition, il s'est implanté dans les zones de la classe moyenne haute de Caracas et d'autres grandes villes du Venezuela, occupant la mairie de Baruta de 2000 à 2008. En 2012, i a participé à la tentative d'attaque de l'Ambassade de Cuba, pendant le coup d'Etat contre Chavez. En 2008, il a été élu gouverneur de Miranda, un état qui englobe une partie des municipalités de la Grande Caracas, un poste qu'il occupe toujours.

 

Son jour de gloire est arrivé quand il a été désigné comme candidat de la Table de l'Unité Démocratique (MUD) pour affronter Chavez aux élections présidentielles de 2012. A ce moment-là, il a montré qu'il était le membre de l'opposition qui avait le mieux assimilé la nécessité d'un nouveau langage pour une nouvelle époque. Sa campagne a été un modèle du genre. Il a refusé la confrontation directe avec Chavez et s'est concentré sur les soi-disant déficiences de la gestion (électricité, eau, assainissement, etc...) Il n'a pas contesté les réussites du chavisme mais a certifié qu'elles étaient épuisées et s'est proposé comme une alternance possible sans recourir à aucune étiquette idéologique importante, en s'attribuant les positions toujours agréables du centre-gauche ou de la démocratie sociale. Il en est même arrivé à défendre les Missions (les grands projets socialistes du chavisme) et à promettre qu'il les inclurait dans la Constitution pour garantir leur survie au-delà des différents Gouvernements. Les dénonciations d'autoritarisme ou de violations des Droits de l'Homme ne faisaient pas partie de son discours mas il faisait allusion constamment à la soi-disant corruption des fonctionnaires chavistes à l'exception de Chavez à qui il s'est bien gardé de s'attaquer.

 

Capriles a caché ses énormes déficiences sur le plan intellectuel avec un discours très court, d'à peine 40 minutes et en répétant constamment quelques idées de base. Grâce à ce montage, il a pu se vanter d'être le dirigeant d'opposition qui a eu le meilleur résultat face à un animal politique comme Chavez avec une défaite par 11 points d'écart(6 ans plus tôt, Manuel Resales avait perdu par 26 points).

 

La mort d'Hugo Chavez, le 5 mars 2013, conduisit à de nouvelles élections. Capriles se présenta à nouveau comme candidat de l'opposition, cette fois contre Nicolas Maduro. Dans cette campagne, il a utilisé un discours plus extrémiste.

 

Vaincu par 225 000 voix, Capriles n'a pas reconnu les résultats et à appelé ses partisans à se mobiliser. A partir de ce moment-là, il a engagé une stratégie incohérente, convoquant des manifestations qu'il a annulées ensuite, demandant une position active aux militants pour ensuite les menacer en leur disant de laisser la direction agir. Alors, dans les rues, furent assassinés 11 militants chavistes et plusieurs centres de soins ambulants furent incendiés dans les quartiers populaires.

 

Capriles a perdu une bonne partie de son prestige. Les opposants les plus radicaux le considèrent comme un doux. Les plus modérés le voient comme un dirigeant peu fiable. La reconnaissance de la victoire de Maduro par toute la communauté internationale l'a isolé dans ses accusations de fraude. Le reste des partis de la MUD – une alliance fragile d'intérêts opposés seulement unie par le désir d'expulser le chavisme, a manoeuvré pour le déloger. De plus, il avait déjà la honte de 2 défaites consécutives.

 

Les mobilisations de rues de 2014 stimulées par Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma ont remis en évidence la tactique floue de Capriles. Au début, il est même arrivé à aller à une manifestation – avec un accueil tiède et même la franche hostilité des militants de Volonté Populaire, le parti de Lopez, qui étaient très majoritaires dans les manifestations et dans leur organisation. Ensuite, il s'est démarqué complètement de cette stratégie et est revenu à son discours sur l'issue électorale.

 

En 2016, il a fait une tournée dans tout le pays pour défendre le referendum révocatoire comme mécanisme légitime pour déloger Nicolas Maduro face à d'autres projets comme l'amendement de la Constitution pour raccourcir le mandat du président, une nouvelle Constitution ou même des issues anticonstitutionnelles.

 

Au début de 2017, il a organisé une première manifestation contre le Gouvernement, le 23 janvier. Une date qui coïncide avec les plus récentes découvertes de soi-disant liens du gouvernement de Miranda avec l'affaire Odebrecht, une accusation pour laquelle Capriles a déjà été cité à comparaître par l'Inspection Générale du Venezuela.

 

Actuellement, Henrique Capriles Radonski n'a pas renoncé à ses aspirations à la présidence. Il le dit sans arrêt dans les interviews pendant lesquelles il consacre la moitié de son temps à critiquer le chavisme et l'autre moitié à dénoncer ce qu'il considère comme son exclusion par le reste des partis de l'opposition et les médias qui en sont proches.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

Banque de Développement Economique et Social du Venezuela (BANDES), 2017

(Bulletin El Chilito Décembre 2017-janvier 2018)

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/venezuela-henrique-capriles.html

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