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Venezuela : 15° anniversaire de la mission Barrio Adentro (Au cœur du quartier)

06 Mai 2018
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Caracas. Lundi 7 mai 2018. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. La lumière apportée par les blouses blanches. La mission Barrio Adentro (Au cœur du quartier) qui a été déployée par Hugo Chavez au Venezuela dans des communautés laissées à l’abandon a fêté son 15e anniversaire le 16 avril. Trois de ses bénéficiaires nous ont livré leurs témoignages

« Nous avons vu comme une lumière, un espoir pour nous, les pauvres. Les premiers Cubains sont arrivés à Loma Alta. Nous les avons logés ici et ils donnaient leurs consultations dans des petites maisons. Mercedes Quintero Bravo, une Vénézuélienne, réceptionniste au Centre de Diagnostic intégral (CDI) Rafael Urdaneta, à Catia, paroisse de Sucre de la capitale, raconte avec émotion son histoire de 15 ans au sein de la mission Barrio Adentro.

« J'ai appris que les commandants Fidel et Chavez avaient décidé de les engager, car ici nous manquions de médecins, de prise en charge de notre communauté. Les humbles, les "patas en el suelo" (les bouseux), comme on nous appelle, nous n’avions pas de clinique, et au niveau hospitalier, nous manquions de beaucoup d'attention médicale », nous dit-elle.

La lumière de Mercedes avait des visages humains : « La première Cubaine que j'ai vue, c’était la Dr Lania, accompagnée du Dr Lazaro et de son épouse. Le Dr Benedicto est arrivé ensuite, suivi d’un cardiologue, d’un infirmier.... Nous avons installé l'équipement dans les maisons, le laboratoire au lycée Julio Carcaño, la cardiologie, la stomatologie... tout ensemble, c'est ainsi que tout a commencé », dit-elle.

Sur le champ, l'humilité des Cubains l’a conquise : « Ce n'était pas une relation de médecin-patient ; nous étions comme des frères, des amis, ils se montraient très amicaux. Nous n'avions jamais vécu cette relation entre le médecin et la population. Ils se comportaient comme nous, je peux même dire qu’ils étaient toujours disponibles : "Allons chercher cela, allons chez untel..."C’était toujours comme ça. »

Ce furent des mois tendus : « Au début, les gens fermaient leur porte, aussi bien à eux qu’à nous. Mais peu à peu nous avons fini par entrer, en frappant aux portes, en apportant des médicaments.... jusqu'à ce qu'ils finissent par ouvrir, nous les avons conquis. Tout le monde a vu qu'il y avait une alternative », dit-elle avec satisfaction.

Vous avez hébergé Lania. Comment avez-vous vécu le fait d'avoir un étranger chez vous ? « Je ne vois pas les Cubains comme des étrangers. Il y en a un que j'appelle "fils", un autre m'appelle "sœur", ou "mère" Ils sont amicaux, bien élevés. J'apprécie leur discipline, les Cubains sont de très bonnes personnes. Ils sont ainsi : Cuba a opéré mon neveu, mon beau-frère et mon petit-fils. Ils m'aident, ainsi que toute la population. C’est ce que je vois dans Barrio Adentro. Oh, non, cela n’a rien à voir avec loger un étranger chez moi, non, non, non, jamais de la vie. »

La Dr Lania a grandi, puis elle a quitté la maison, tout comme ce programme de santé s'est développé. À quoi ont servi 15 années de Barrio Adentro au Venezuela ? « La mission s’est installée au fond de notre cœur, elle est avec nous, avec les gens, avec les humbles. Barrio Adentro nous a apporté la santé, le savoir et l'expérience. Je vois que même nos médecins formés à Cuba adorent leur spécialité. La mission Barrio Adentro nous a beaucoup apporté et elle doit encore nous apporter encore plus. »

APPRENDRE À GRANDIR

À l’époque de la création de Barrio Adentro en 2003, Mara Cardenas Reinoso a reçu chez elle, seulement pour trois nuits, quelques médecins cubains : Alejandro, Inés et Blanca, « trois beaux petits Cubains », dit-elle.

Le temps a passé et le gouvernement bolivarien a donné une nouvelle maison à Mara, serveuse du CDI Urdaneta, qui n'oublie pas les impressions de cette rencontre. « Ils n'aimaient pas les arepas (crêpes vénézuéliennes). Nous les leur cuisinons, mais avec du sucre. Ils mangent enfin des pâtes, ce qu'ils ne faisaient pas au début. Ils ne voulaient que du "congris" (plat traditionnel cubain de riz et haricots) », dit-elle en souriant.

Dans ses contacts avec les Cubains elle a appris des nouveaux mots, certains « que l'on ne peut pas dire », signale-t-elle avec espièglerie, tout en ajoutant plus sérieusement qu’elle considère ses collègues du CDI comme d'autres Vénézuéliens. « Ils sont très corrects, très disciplinés. Leur comportement est différent. Je suis moi-même très désordonnée et ils m'ont aidée. J'ai suivi le cours d’aide-soignante et j'aide à faire des piqûres, je m'entends bien avec les patients parce que j'aime aider. La Dr Dolores, qui est repartie pour Cuba, m'a beaucoup appris, même si je suis toujours serveuse. »

Barrio Adentro a permis à cette femme pauvre de réaliser sa vocation, – ce qui jusqu’alors était impossible – alors qu’elle est « déjà vieille », mais qu’elle veut aller de l'avant. « Je prends toujours des notes. Je me mets à faire quelque chose, je vais chercher de la gaze.... ils m'aident à faire un point. Je fais des radios et tout ce qu’ils me demandent. Même quand je fais le ménage, ils me traitent avec affection. S'ils ont besoin de moi, je suis présente, si j'ai besoin d'eux, ils sont prêts à me donner n'importe quoi.»

La solidarité, c’est bien plus qu’un uniforme : l'un des frères de Mara a souffert d’un accident cardio-vasculaire et les Cubains ont même partagé avec eux leur repas du soir pour qu’ils se sentent moins seuls.

Pour aller plus loin le journaliste demande : Qu'est-ce que ce programme a fait dans les quartiers ? « Il a beaucoup, beaucoup aidé, grâce à mon commandant et aux Cubains. Avant, les quartiers étaient tenus à l'écart ; personne ne grimpait les collines pour venir jusqu’à nous. Ce fut merveilleux de vous avoir ici. Les premiers mois, cela nous a choqués, mais quand nous avons compris vos intentions, nous vous avons acceptés, à tel point que nous refusions de vous voir partir. »

Que peut donner une petite île à un pays comme le Venezuela ? « Son amour, qui est la chose la plus importante. Des médicaments. Avant, nous devions acheter les médicaments, maintenant ils sont gratuits. Les lunettes sont gratuites, les consultations et les soins sont merveilleux. »

« Qui a apporté la mission José Gregorio Hernandez ? Les Cubains. Les lunettes ? Les Cubains ! Les soins aux femmes enceintes et aux personnes âgées ? Les Cubains ! 

« C'est cela Barrio Adentro. Personne ne pensait qu’on allait s’intéresser à eux. Les Cubains sont les seuls sur le terrain. Ils ont fait en sorte que les gens sortent et se laissent examiner. Je les ai accompagnés et nous avons rencontré beaucoup de cas que jamais aucun médecin n’avait pris en charge auparavant. Mais ils se sont bougés et ils ont appris à croire. »

DES COEURS COMBLÉS PAR BARRIO ADENTRO

« Grâce à leur l'unité, ils m'ont sauvé la vie deux fois, à l’occasion de deux crises cardiaques. Dans une clinique privée, je serais mort.

» Il y a des milliers de Vénézuéliens dans ce cas, même si certains membres de l'opposition sont des ingrats ». C'est la première idée qui vient à l’esprit de Rigoberto Gutiérrez Pereira sur Barrio Adentro et le personnel de santé cubain, une opinion littéralement qui lui est « sortie du cœur ».

Quel genre de cœur ces médecins qui ont sauvé deux fois le vôtre doivent-ils avoir ? « D’abord un cœur plein de modestie, d'affection et d'amour, trois qualités primordiales de l'être humain. Un médecin cubain respire la modestie. Ici, certains, une fois leur diplôme de médecine en poche, ne voulaient même plus nous toucher. »

À ce moment-là l'assistant du service général du CDI voit passer le Dr José Arias Riquenes – le José Gregorio Hernandez (médecin vénézuélien dénommé "le médecin des pauvres" –, comme il a habitude de l’appeler, et dit : « vous voyez, lui, c'est un grand exemple de dévouement. N’importe qui peut se tromper à son sujet parce que c’est médecin modeste, mais cet homme surveille tous les CSI de Caracas.

Rigoberto n'a pas hébergé de médecins au début du Barrio Adentro, mais dans des situations difficiles, lorsque la droite a lancé le coup d'État manqué contre Chavez, il en a ramené certains d'entre eux chez lui « pour éviter qu’on s’en prennent à eux ».

Que conservez-vous de cette expérience ? « Eh bien, c’est que Cuba n'est plus (seulement) Cuba. Regardez ce que vous réalisez sur une île assiégée par un blocus ! Vous avez des sportifs, des médecins, des intellectuels, des scientifiques dans 80 pays… La modestie vous a rendus grands, vous avez subi un blocus et vous vous êtes encore plus grands. Ce qu’ils nous font, vous l'avez déjà vécu et c'est une expérience pour beaucoup d'entre nous. Certains ne l'acceptent pas et émigrent, mais je ne quitte pas ma Patrie. C’est ici que je dois mourir. »

Vous dites mourir ? Ces médecins qui l'ont sauvé deux fois n’accepteront pas de le laisser mourir, parce que c'est ce qu'ils font de mieux : lutter contre la mort.

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CCN

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