Venezuela : Bloomberg confirme que les Etats-Unis planifiaient un coup d'Etat militaire au Venezuela

06 Juil 2018
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Caracas. Vendredi 6 juillet 2018. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Ce journal financier a publié un reportage basé sur un soi-disant rapport judiciaire dans lequel il révèle une opération militaire coordonnée par les Etats-Unis et la Colombie qui allait être exécuté par un groupe d'officiers vénézuéliens. Dans ce plan raté destiné à renverser et à faire juger le président Maduro apparaissait María Corina Machado à l'intérieur et une partie de l' establishment de Washington et de la Colombie à l'étranger.

L'Opération Constitution

Le journal de New York a publié hier un reportage sur ce qu'on appelle « l'Opération Constitution. » ses objectifs étaient d'empêcher les élections présidentielles du 20 mai dernier, d'enlever le président Nicolás Maduro et de le juger (une question que nous analyserons plus loin).

On suppose que le coup d'Etat devait être réalisé par des militaires vénézuéliens de différents rangs avec l'aide d'officiers colombiens mais il n'a pas réussi : « Alors, quelque chose a raté, » écrit Bloomberg. A la mi-mai, et cela a été confirmé à ce moment-là par le Président de la République, une douzaine de militaires et 2 civils ont été arrêtés à cause de leurs liens avec un coup d'Etat et un magnicide. Selon le journal, les conspirateurs pensent qu'ils ont été trahis par un agent double.

Les correspondants qui ont rédigé cet article ne donnent pas les noms des conspirateurs et leur accorde le bénéfice journalistique de l'anonymat.

Ils mentionnent que certains militaires vénézuéliens « anonymes » disent que « le seul espoir d'un retour à la stabilité (du pays), c'est de remplacer Maduro par la force. Cela semble peu probable après l'échec du coup d'Etat. »

Selon le journal, Maduro a pris note de la « déception » de certains groupes militaires par rapport au Gouvernement et exige la loyauté de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) envers lui en tant que commandant en chef.

Le reportage situe les précédents de cette tentative de coup d'Etat dans des réunions secrètes présumées entre officiers de la FANB à Caracas suite à la formation de la cellule paramilitaire de l'ex-policier Oscar Pérez. Cela serait utilisé pour « inspirer » le coup d'Etat militaire raté.

Ce n'est pas la première fois qu'on neutralise une tentative de ce niveau au Venezuela. Ce qu'on appelle « l'Opération Jericho » (2015), également ratée, était en relations directes avec les Etats-Unis. La défection d'officiers putschistes vénézuéliens qui se regroupent autour d'un plan de coup d'Etat en relations directes avec des dirigeants de l’opposition est habituellement soutenu par l'establishment étasunien. Raúl Baduel lui-même a raconté qu'in intermédiaire de la Maison Blanche lui a offert des biens immobiliers et des millions de dollars s'il se joignait à la cause étasunienne du côté de l'armée.

Et nous savons comment s'est achevée l'histoire de Baduel et même d'autres militaires qui ont décidé de travailler aux côtés de Washington, comme Leamsy Salazar.

Il faut souligner le moment auquel est publié cet article qui centre une partie de son argumentation sur la personne de María Corina Machado, qui, selon les informations données par la journaliste Sebastiana Barráez, serait aussi impliquée dans la conspiration.

La vision de María Corina Machado

En effet, Bloomberg parle de María Corina Machado de 2 façons dans son article : d'une part, il prend ses propres mots, dans une interview exclusive, pour dire qu'elle n'a pas de relations avec cette affaire : « Ils veulent faire taire ma voix parce que je les ai qualifiés de « narco-dictature. » Je veux être claire : je souhaite que Nicolás Maduro quitte le pouvoir aujourd'hui même mais je le veux vivant pour qu'il puisse ainsi affronter la justice que son régime a refusée aux Vénézuéliens. »

Ensuite, il cite une soi-disant enquête du service de renseignement sans préciser lequel, qui dirait que Machado est fortement approuvée par les officiers de la FANB.

Nous devons rappeler qu'aussi bien celle-ci qu'Antonio Ledezma, tous 2 membres de la coalition Soy Venezuela, ont été accusés d'être les représentants politiques de « l'Opération Jericho » (suite du « Coup d'Etat bleu »). Ceci est un antécédent qui fait tomber la double suspicion qui pèse sur eux dans le contexte de « l'Opération Constitution, » au-delà de ce qui est dit concernant leurs relations avec le coup d'Etat raté.

En réunissant ces points, nous ne pouvons pas non plus oublier que dans ce contexte de conspiration, en mai dernier, on a divulgué un enregistrement audio de Machado dans lequel elle incitait les militaires vénézuéliens à « sauver l'honneur militaire, » une autre façon de dire « coup d'Etat. »

Que Bloomberg ait donné tant d'importance à la dirigeante de Soy Venezuela ne semble pas dû au hasard, surtout au moment où son image monte dans une campagne de victimisation promue par certains présidents de la région (Iván Duque), ex-présidents réunis dans le Groupe IDEA, porte-parole de la classe politique étasunienne comme Marco Rubio qui trouve en María Corina Machado son miroir au Venezuela, en plus de la chancelière canadienne Chrystia Freeland. 

Essayer de lui donner ce rôle de victime suggère aussi que probablement, ils étaient au courant de l'opération et maintenant, ils s'agitent rapidement pour contrôler les dégâts une fois le plan neutralisé.

L'ascendance et la réaction violente sont les marques de Machado. Sachant alors qu'elle était en train de s'imposer dans les médias comme une sorte de chef de l'opposition (dans l'énorme vide de ce secteur ), l'ascension de son image vient répondre aux besoins du putschisme militaire que les Etats-Unis cherchent à cristalliser.

Les Etats-Unis sortent de l'ombre

Dans le contexte de ce qu'on appelle un coup d'Etat au sein de la FANB organisé par de hauts fonctionnaires étasuniens, Machado était en train de s'élever pour diriger l'aile « civile » de « l'Opération Constitution. » Le reportage de Bloomberg suggère que des agents étrangers cherchaient à coordonner les actions au sein de l'armée.

La tournée de Rex Tillerson dans certains pays d'Amérique Latine réunis dans le Groupe de Lima, à peine quelques jours avant qu'il soit démis par Trump de son poste de plus haut représentant diplomatique de la Maison Blanche n'a donc pas été un hasard. Cette tournée était centrée sur la « situation vénézuélienne » dans un contexte dans lequel l'opposition vénézuélienne intérieure était incapable politiquement d'organiser un scénario de « changement » et où une grosse dispute se déroulait entre les Etats-Unis et les alliés euro-asiatiques, la Chine et la Russie, pour les ressources de la région.

A cette occasion (février de cette année), il a invité la FANB à se soulever contre le chavisme comme il l'avait fait en 2017.

Ces déclarations de l'ex-secrétaire d'Etat, en 2017, avaient été soutenues par Todd Robinson, jusqu'à il y a 2 mois, chargé d'affaires des Etats-Unis au Venezuela qui, en février, a dit à Runrunes : « Il est évident que le secteur militaire a beaucoup d'influence sur l'avenir du pays s'ils peuvent aider, nous n'allons pas dire non. »

Des mots qui traduisent le désir d'impliquer la FANB dans le changement de régime souhaité au Venezuela. C'est ce qu'a dénoncé à l'époque Delcy Rodríguez.

En février, Marco Rubio a aussi écrit sur Twitter que « le monde soutiendrait les Forces Armées (sic) en Venezuela si elles décident de protéger le peuple et de rétablir la démocratie grâce à l'élimination d'un dictateur. »

A toutes ces déclarations, qui composent l'aspect politique de l'appel que les Etats-Unis lancent à la FANB, on doit ajouter les acteurs colombiens liés à cette affaire.

L'axe Washington-Bogotá agit pour plusieurs raisons :

Les tournées de hauts fonctionnaires comme Tillerson et le vice-président Mike Pence ont eu comme point central leurs visites en Colombie. Ce pays est le principal « partenaire » des Etats-Unis dans la région. L'alliance diplomatique et politique entre les 2 est vitale pour la concrétisation de la déstabilisation du Venezuela, comme l'a récemment souligné le président Maduro.

Le lien militaire entre le Pentagone et l'armée colombienne est très étroit, au point que la Colombie a 9 bases militaires étasuniennes et récemment est entrée à l'OTAN, une institution dirigée aussi par les Etats-Unis, en tant que « partenaire mondial. »

L'ambassadeur yankee en Colombie a déclaré en août 2017 que « depuis le début de la crise vénézuélienne par la faute des Bolivariens, on a vu la possibilité d'une aventure militaire de la part des Vénézuéliens contre ses voisins, » une déclaration suspecte si on tient compte du fait que le pays voisin a l’habitude de monter des faux drapeaux (également appels faux positifs).

L'élargissement des sanctions des Etats-Unis envers le Venezuela prend appui sur la Colombie avec la formation d'un « groupe de travail stratégique » qui suppose l'institutionnalisation par la voie diplomatique du blocus financier non seulement dans le pays voisin mais dans le Groupe de Lima dans son ensemble. Il y a déjà eu un premier cas de mise sous embargo par le Gouvernement de Santos de 25 000 caisses destinées aux CLAP à cause de cet accord.

A Bogotá, la capitale colombienne, il y a eu une audience dirigée par le Tribunal Suprême de Justice fictif « en exil » lors de laquelle on a accusé Maduro sans aucune preuve d'être impliqué dans le scandale de corruption Odebrecht. C’était en avril dernier. L’utilisation de cette ville comme siège pour cette sorte d'actions pourrait répondre à l'allusion faite par Bloomberg disant que « l'Opération Constitution » a été planifiée à Bogotá.

En Colombie, ils ont le soutien d'Iván Duque qui vient d'être élu président du pays pour le parti uribiste (ennemi juré du chavisme dans la région). Duque a rencontré María Corina Machado sur la frontière colombo-vénézuélienne lors d'une réunion très médiatisée dans laquelle le président, qui était alors candidat, adit : « Nous allons travailler sans repos pour qu'entre tous les pays d'Amérique Latine, nous traquions diplomatiquement la dictature et que le Venezuela puisse faire une transition vers la démocratie. »

Cela est intimement lié à la dénonciation du président Maduro qui a dit ces jours-ci qu'on prépare une opération de faux drapeau depuis la Colombie pour incriminer le Gouvernement du Venezuela dans de soi-disant crimes contre l'humanité : « Ils montent de faux positifs, depuis Bogotá, pour troubler la paix du Venezuela et ils ont une poignée de traîtres, de politiciens traîtres, de militaires à la retraite traîtres qui ne respectent pas la façon d'être vénézuélienne. »

Pour le coup d'Etat militaire raté, l'axe Bogotá-Washington a travaillé ensemble pour cristalliser les intérêts des Etats-Unis. Ils ne pensaient pas que la structure de sécurité et du renseignement vénézuéliens puisse neutraliser ce plan et que la FANB, aujourd'hui, se montre unie autour de la stabilité politique et sociale du Venezuela.

Le fait que parmi les objectifs de ce coup d'Etat, il y ait eu un procès contre Maduro attire l'attention au moment où un dossier se prépare à l' OEA pour faire juger le président vénézuélien pour crimes contre l'humanité par la Cour Pénale Internationale de La Haye. Il est clair qu'on cherche non seulement à renverser le chavisme mais à le faire juger pour détruire ainsi son image au niveau international, dans le style de ce qui a été fait en Serbie.

Ce qu'a fait Bloomberg, en tout cas, c'est d'avoir montré les Etats-Unis comme le principal agent du coup d'Etat au Venezuela. Certainement, d'autres tentatives de cette sorte viendront, par lesquelles on cherchera à pénétrer le corps de la FANB face à l'inefficacité politique de l'opposition pour concrétiser un changement de régime.

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CCN

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