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Venezuela: Discours de Samuel Moncada, Représentant du Venezuela à l'OEA

13 Jan 2019
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Caracas. Dimanche 13 janvier 2019. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Monsieur le Président,

1.La résolution présentée aujourd'hui est un non-sens juridique, un abus de pouvoir, une agression et un coup d'Etat. Tout cela dans le but d’organiser le chaos et une intervention militaire étrangère qui détruirait la paix non seulement au Venezuela mais dans toute la région. Cette résolution est un plan criminel qui amènera la douleur et la honte pour satisfaire la convoitise de quelques-uns.

2.Cette affirmation peut sembler exagérée et doit être expliquée parce que je suis sûr que beaucoup d'Etats ici présents sont conscients du danger que représente pour le Venezuela et pour eux-mêmes le fait qu'aujourd'hui soit établi un précédent aussi dangereux.

 

3.Le premier grand problème de cette résolution est qu'elle cherche, sans en avoir la capacité, à dire qui est le gouvernant légitime du Venezuela. La légitimité, c'est l'acceptation volontaire de l'autorité sans menace d'utilisation de la force. Dans le cas d'un pays, la source de la légitimité ne se trouve que dans la citoyenneté qui est sous les ordres du Gouvernement dans ce pays et jamais en territoire étranger.

4.Dans les démocraties, le peuple est souverain et les gouvernants n'ont que le pouvoir que leur peuple leur donne. La souveraineté populaire signifie que le pouvoir réside dans le peuple et que celui-ci le remet volontairement aux gouvernants grâce à leur vote.

5.Comment un Etat souverain pourrait-il accepter que la légitimité de son Gouvernement soit déterminée par d'autres Etats qui n'ont aucune autorité sur leurs affaires intérieures et qui sont juridiquement ses égaux ? Impossible !

6.Quelle capacité un Etat étranger a-t-il pour s'exprimer sur la légitimité concernant un peuple qu'il ne gouverne pas ? Evidemment aucune. La question même est absurde, un non-sens. Seuls les citoyens d'un pays peuvent s'exprimer sur la légitimité de ses gouvernants, personne d'autre.

7.Quand on envisage que les Etats de ce Conseil puissent décider de qui est le Président du Venezuela, on demande quelque chose qui, par définition, est impossible. Ce Conseil ne possède pas ce pouvoir, c'est une attribution qu'il n'a pas, une faculté qui n'existe pas. Cette compétence revient au peuple vénézuélien et ce Conseil usurperait la volonté des millions de Vénézuéliens qui ont voté le 20 mai pour élire le Président.

8.Mais ce délire est aussi un abus de pouvoir, ces Etats savent qu'ils sont en train d'inventer quelque chose qui n'existe pas dans les lois internationales. Ils commettent une prévarication parce qu'ils violent la loi délibérément, la distordent et la manipulent en créant une fiction pour détruire la souveraineté de notre pays.

9.Dans le cas du Venezuela, la Constitution dit dans son article 5 : « La souveraineté ne peut être transférée, elle réside dans le peuple qui l'exerce directement sous la forme prévue dans cette Constitution et dans la loi et indirectement, grâce au vote, par l'intermédiaire des organes qui exercent le Pouvoir Public. Les organes de l'Etat émanent de la souveraineté populaire et lui sont soumis. »

10.Aucune puissance étrangère ne peut déterminer qui détient le pouvoir légitime dans notre pays.

11.En 2002, le Gouvernement des Etats-Unis a décidé de ne pas reconnaître la légitimité du Président Hugo Chávez et a reconnu le dictateur Carmona comme le Président légitime du Venezuela. La Commission Inter-américaine des Droits de l'Homme de l' OEA a fait la même chose quand elle a appelé le dictateur Carmona « Président. » Quel a été l'impact de ces actions au Venezuela? Aucun ! Le peuple du Venezuela savait qui était son  Président la légitimité du pouvoir au Venezuela ne se décide pas à Washington.

12.En 2005, le Gouvernement des Etats-Unis a déclaré qu'il ne reconnaissait pas les résultats des élections à l'Assemblée Nationale du Venezuela, alléguant que l'opposition n'y avait pas participé. L'effet de cette condamnation sur l'Assemblée a été nul parce que la légitimité de nos élections ne se décide pas à Washington.

13.En 2013, le Gouvernement des Etats-Unis n'a pas reconnu le résultat des élections présidentielles. L'effet de cette condamnation sur le Président Nicolás Maduro a été nul parce que la légitimité de nos élections en se décide pas à Washington. En 2018, le Gouvernement des Etats-Unis a fait la même chose et le résultat a été le même parce que la légitimité du pouvoir au Venezuela ne se décide pas à Washington.

14.L'absurdité est telle que maintenant, un groupe de pays ose déclarer que des messieurs qui se réunissent à Miami sont le Tribunal Suprême « légitime » du Venezuela, la plus haute autorité en matière judiciaire dans notre pays, qui juge les conflits entre les pouvoirs publics et qui interprète la Constitution. Croyez-vous que notre peuple accepte volontairement l’autorité de ces messieurs de Miami ? La question est offensante mais c'est la soi-disant capacité que ces pays s'imaginent avoir sur notre peuple. Ils pensent qu'il peuvent nous imposer de Miami un gouvernement pantin. Il n'y a pas de loi internationale qui puisse soutenir cela, ce n'est qu'un délire d'un groupe d'Etats hors-la-loi qui cherchent à piétiner la volonté du peuple vénézuélien.

15. « Le pouvoir d’administrer la justice émane des citoyens et s'attribue au nom de la République par l'autorité de la loi. » Encourager un groupe d'usurpateurs à Miami à se considérer comme un Tribunal Suprême, c'est faire un coup d'Etat contre la République vénézuélienne. Ce groupe de pays le fait impunément, témérairement. Ils veulent faire la même chose maintenant avec l'Assemblée Nationale. Non seulement ils ôtent la légitimité de l'étranger mais ils redonnent la légitimité de l'étranger. Tout cela est aussi faux, aussi insultant, aussi barbare que dangereux et criminel. Leur manipulation juridique et politique met en danger la paix du Venezuela.

Monsieur le Président,

16.Le second grand problème de cette résolution est qu'elle cherche à faire plier la volonté du peuple vénézuélien par la coercition. L'article 20 de la Charte de l'OEA affirme: « Aucun Etat ne pourra appliquer ou encourager de mesures coercitives de caractère économique et politique pour forcer la volonté souveraine d'un autre Etat et obtenir de celui-ci des avantages de quelque nature que ce soit. »

17.Les Nations Unies condamnent tous les ans les mesures coercitives en tant que violations des Droits de l'Homme, de la souveraineté nationale, de l'autodétermination des peuples et de toutes les règles du Droit International. Cependant, la Résolution contre le Venezuela propose ouvertement des châtiments et des agressions destinés à morceler et à affaiblir les 3 piliers de tout Etat : sa population, son Gouvernement et son territoire.

18.Les Etats-Unis ont proposé un programme d'asphyxie économique contre notre peuple pour que la souffrance collective s'exprime par le chaos social. Cette agression criminelle a le soutien du Secrétariat de cette Organisation et d'un groupe de pays.

19.Ils appellent « crise humanitaire » les pires dommages provoqués et veulent se faire passer pour les sauveurs d'une situation qu'ils ont créée eux-mêmes. Le processus de destruction de l'économie est célébré à Washington comme une victoire et ils prennent le peuple vénézuélien en otage pour faire plier la volonté de notre Gouvernement.

10.La résolution utilise la « crise humanitaire » comme prétexte pour en pas reconnaître le Président Maduro. Et maintenant, je vous demande : il y a 2 jours, le Président des Etats-Unis a déclaré une crise humanitaire et de la sécurité sur la frontière sud de son pays pour justifier la construction d'un mur. Ce Conseil va-t-il accepter qu'on ne reconnaisse pas les gouvernements du sud de la frontière parce que le Président des Etats-Unis l'a déclaré ? Ils ne comprennent pas que le langage qui est utilisé contre le Venezuela est le même qui est utilisé contre les Latino-américains pour les discriminer et les humilier. Il s'agit de diviser pour mieux régner et c'est ce que nous dénonçons.

21.Le processus de démolition de la République passe par toutes les opérations clandestines de subversion destinées à provoquer un coup d'Etat militaire violent au Venezuela. Le journal The New York Times a dénoncé le 9 septembre la façon dont les Etats-Unis ont rencontré à plusieurs occasions des militaires vénézuéliens pour qu'ils renversent le Gouvernement constitutionnel du Venezuela. Le Président Trump a même affirmé publiquement que les Etats-Unis soutiendraient un Coup d'Etat au Venezuela.

22.Les appels au coup d'Etat ont un écho chez le Secrétaire de cette Organisation qui répète fidèlement les instructions données par le Gouvernement des Etats-Unis, agissant ainsi contre les lois internationales, son obligation de travailler pour la paix et son intégrité de fonctionnaire international. 

23.La Cour Internationale de Justice a jugé en 1986 qu'il n'existe pas dans le droit international de droit général d'intervention pour soutenir l'opposition politique dans un autre Etat. Reconnaître comme représentant légitime d'un peuple un seul secteur de l'opposition constitue même une violation du principe de non intervention dans les relations internationales. La Cour a décidé dans le cas de l'agression du Nicaragua par les Etats-Unis. Aujourd'hui, ils veulent faire la même chose aussi ben au Venezuela qu'au Nicaragua.

24.La tentative d'assassinat du Président de la République, le 4 août 2018, a été aussi notoire et criminelle qu'ignorée par cette Organisation, ses organisateurs sont sur le territoire des Etats-Unis, protégés.

25.C'est une stratégie destinée à dissoudre la personnalité de l'Etat, à fragmenter les pouvoirs publics, à affaiblir la possibilité de gouverner le pays et à détruire la paix sociale. C'est la stratégie du chaos et de la destruction.

26.Ainsi, l'article 19 de la Charte de l'OEA stipule : « Aucun Etat ou groupe d'Etats n'a le droit d'intervenir directement ou indirectement et quel que soit le motif, dans les affaires intérieures ou dans les affaires étrangères d'un autre Etat. Ce principe exclut non seulement la force armée mais aussi toute autre forme d'ingérence ou d'action qui porte atteinte à la personnalité de l'Etat, des éléments politiques, économiques et culturels qui le constituent.

Monsieur le Président,

En violation complète de cet article, nous arrivons au plus grave : la menace finale est la guerre. C'est ce qu'ont dit le Président des Etats-Unis, son Vice-président, le directeur de la CIA et l'ambassadeur des Etats-Unis à l'OEA. C'est ce qu'ont dit l'ambassadeur de la Colombie à Washington et l’actuel Vice-président du Brésil.

27.Le Secrétaire Général en tant que partie du complexe industriel et militaire qui fait des affaires avec la guerre pour vendre des armes et dépouiller le Venezuela de ses ressources naturelles se joint à cette machinerie de la mort et de la destruction. C'est un plan macabre destiné à profiter aux intérêts des plus grandes corporations des Etats-Unis comme Exxon Mobil. C'est le même plan de guerre pour le pétrole qui a été utilisé en Iraq et en Libye.

28.L'asphyxie économique, la fragmentation de l'unité de l'Etat et la prétention de s'approprier les ressources naturelles sont les bases matérielles de l'atrocité juridique que représente cette résolution. Il n' s'agit pas de démocratie ou de paix, il s'agit de la destruction de la souveraineté populaire et nationale, d'annuler l'indépendance de la nation et d'imposer une tutelle grâce à des Gouvernements fantoches sans racines dans notre peuple ni sur notre territoire.

29.Pour finir, nous sommes aux portes d'une nouvelle phase d'agression destinée à justifier l'imposition de l'étranger d'un Gouvernement avec appels à un coup d’État militaire et à présenter les auteurs et les instigateurs de ce crime comme les sauveurs qui vont utiliser leurs forces armées pour empêcher la guerre au Venezuela.

30.Sous prétexte de sauver le Venezuela, leurs actions ont pour but de détruire sa population, son Etat et son territoire. Nous sommes aux portes d'un situation semblable à celle de 1965 quand l'OEA a servi d'instrument pour envahir la République Dominicaine. Quelle honte !

31.Nous lançons un appel aux Etats de al région pour qu'ils comprennent le danger que représente le fait de soutenir la désintégration de l'Etat vénézuélien, l'application de mesures coercitives illégales qui violent les Droits de l'Home de notre peuple et les menaces de guerre que d'irresponsables trafiquants de la mort font en toute impunité. Aujourd'hui, c'est le Venezuela, demain, ce sera le Nicaragua, et ensuite n'importe lequel d'entre vous.

32.Nous lançons un appel au peuple du Venezuela à rester uni en cette heure de danger. Seule l'unité nationale ont pu vaincre les agressions les plus brutales de ces 100 dernières années. Nous lançons un appel à tous les Vénézuéliens, de tous les partis, de toutes les opinions, à défendre notre souveraineté, notre territoire, notre indépendance et notre droit à la paix.

Merci beaucoup, Monsieur le Président,

Samuel Moncada

Représentant du Venezuela à l'OEA. 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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