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Venezuela : La création de Juan Guaidó: comment les laboratoires étasuniens ont créé le dirigeant du coup d'Etat (II)

12 Fév 2019
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Caracas. Mardi 12 février 2019. CCN. Le soi-disant complot de la « Fête Mexicaine » a dérivé vers un autre plan de déstabilisation révélé dans une série de documents produits par le Gouvernement vénézuélien. En mai 2014, Caracas a publié des documents qui détaillent un plan d’assassinat contre le président Nicolás Maduro. Les révélations ont identifié l'anti-chaviste de ligne dure María Corina Machado – aujourd'hui le principal pion du sénateur Marco Rubio – comme étant à la tête de ce plan. Fondatrice de SÚMATE, un groupe financé par la NED, Machado a fait office de lien international pour l'opposition en rendant visite au président George W. Bush en 2005.

« Je crois que c'est le moment d'unir nos efforts, lancez les appels nécessaires et obtenez un financement pour anéantir Maduro et le reste s'effondrera, » a écrit Machado dans un courrier électronique à l'ex-diplomate vénézuélien Diego Arria en 2014.

Dans un autre courrier, Machado affirmait que le plan violent a eu la bénédiction de l'ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, Kevin Whitaker. « Je me suis décidée et cette lutte se poursuivra jusqu'à ce que ce régime soit renversé et nous le faisons avec tous nos amis du monde. Si je suis allée à San Cristóbal et que je me suis exposée devant l'OEA, je ne crains rien, Kevin Whitaker a déjà réaffirmé son soutien et signalé les nouvelles étapes. Nous avons un carnet de chèques plus fort que celui du régime pour rompre le cercle de sécurité international. »

Guaidó monte sur les barricades

En février, les étudiants manifestants, agissant comme une force de choc de l'oligarchie exilée, ont érigé des barricades dans tout le pays, transformant les quartiers contrôlés par l'opposition vénézuélienne en forteresses violentes connues sous le nom de guarimbas. Alors que les médias internationaux décrivaient cette agitation comme une protestation spontanée contre le Gouvernement de Maduro, il a été largement prouvé que Volonté Populaire orchestrait ce programme.

« Aucun des manifestants dans les universités ne portaient leur chemise d'étudiants, tous portaient des chemises de Volonté Populaire ou Primero Justicia (D'abord la Justice) » a dit l'un des participants aux guarimbas à ce moment-là. « Ca pourrait avoir été des groupes d'étudiants mais les conseils étudiants sont affiliés aux partis politiques de l'opposition et sont responsables devant ceux-ci. »

Quand on lui demande qui étaient les leaders, l'un des participants répond : « Bon, pour être totalement honnête, ces types, maintenant, sont députés. »

Environ 43 personnes sont mortes pendant les guarimbas de 2014. 3 ans plus tard, elles ont éclaté de nouveau, causant d'énormes destructions aux infrastructures publiques, l'assassinat de partisans du Gouvernement et la mort de 126 personnes parmi lesquelles beaucoup étaient chavistes. Dans plusieurs cas, les partisans du Gouvernement ont été brûlés vifs par des bandes armées.

Guaidó était directement impliqué dans les guarimbas de 2014. en effet,il amis sur Twitter une vidéo sur laquelle il se montrait lui-même portant un casque et un masque ancien, entouré d'éléments masqués et armés qui avaient barré une rue sur laquelle ils affrontaient violemment la police. A propos de sa participation à « Génération 2007, » il a proclamé : « Je me rappelle qu'en 2007, nous criions : « Etudiants ! » Maintenant, nous crions : « Résistance ! Résistance ! »

Guaidó a éliminé cette vidéo, ce qui montre qu'il est apparemment inquiet pour son image de défenseur de la démocratie. 

Le 12 février 2014, à l'apogée des guarimbas de cette année-là, Guaidó a rejoint López à la tribune d'un meeting de Volonté Populaire et de Primero Justicia. Pendant une longue diatribe contre le Gouvernement, López a appelé instamment la foule à marcher sur le bureau de la procureure générale Luisa Ortega Díaz. Peu après, le bureau de Díaz a été attaqué par des bandes armées qui ont essayé de l'incendier. Celle-ci l'a dénoncé et l'a qualifié de « violence planifiée et préméditée. »

Dans une apparition à la télévision en 2016 , Guaidó a qualifié de « mythe » les morts causées par les câbles, une tactique utilisée dans les guarimbas qui consiste à tendre un câble d'acier en travers d’une rue pour blesser ou tuer les motocyclistes. Ses commentaires ont blanchi une tactique mortelle qui a tué des civils désarmés comme Santiago Pedroza et décapité un homme du nom d'Elvis Durán, parmi beaucoup d'autres.

Ce mépris affiché de la vie humaine définit son parti, Volonté Populaire, aux yeux d'une grande partie du public dont de nombreux opposants à Maduro.

Mesures énergiques contre Volonté Populaire

A mesure que la violence et la polarisation s'intensifiaient dans tout le pays, le Gouvernement a commencé à agir contre les dirigeants de Volonté Populaire qui ont aidé à l'alimenter.

Freddy Guevara, le Vice-président de l'Assemblée Nationale et second dirigeant de Volonté Populaire, a été le principal dirigeant impliqué dans les troubles de rue de 2017. Etant donné qu'il devait être jugé pour son rôle dans ces violences, Guevara s'est réfugié à l'ambassade du Chili où il se trouve encore.

Lester Toledo, député de Volonté Populaire pour l'état de Zulia, a été recherché en septembre 2016 pour financement du terrorisme et planification d'assassinats. On a dit que les plans ont été mis en place avec l'ex-président colombien Álvaro Uribe. Toledo a fui le Venezuela et a fait plusieurs tournées avec Human Rights Watch, Freedom House (une organisation soutenue par le Gouvernement étasunien), le Congrès d’Espagne et le Parlement Européen.

Carlos Graffe, un autre membre de « Génération 2007 » entraîné par Otpor et qui dirigeait Volonté Populaire, a été arrêté en juillet 2017. Selon la police, il était en possession d'un sac plein de clous, d'explosifs C4 et d'un détonateur. Il a été remis en liberté le 27 décembre 2017.

Leopoldo López, le populaire dirigeant de Volonté Populaire, est aujourd'hui assigné à résidence, accusé d'avoir tenu un rôle important dans la mort de 13 personnes pendant les guarimbas de 2014. Amnesty International a fait son éloge en tant que « prisonnier de conscience » et a critiqué son transfert de la prison chez lui comme « pas assez bon. » Pendant ce temps, les familles des victimes des guarimbas ont déposé une plainte avec plus de charges contre López.

Yon Goicoechea, l'enfant emblème des frères Koch, une organisation soutenue par les Etats-Unis, a été arrêté en 2016 par les forces de sécurité qui affirmaient avoir trouvé un kilo d'explosifs dans sa voiture. Dans un article d'opinion publié par le New York Times, Goicoechea a protesté contre les charges, selon lui, « falsifiées » et a affirmé qu’il avait été emprisonné simplement parce qu'il « rêve d'une société démocratique, libéree du communisme. » Il a été libéré en novembre 2017.

David Smolansky, un autre membre de « Génération 2007 » entraîné par Otpor, est devenu le plus jeune maire du Venezuela quand il a été élu en 2013 dans le quartier de banlieue d'El Hatillo, à Caracas. Mais il a été démis de ses fonctions et condamné à 15 ans de prison par le Tribunal Suprême pour avoir fait de l'agitation au moment des guarimbas violentes.

Quand il a vu qu'il allait être arrêté, Smolansky s'est rasé la barbe, s'est mis des lunettes de soleil et il a fui au Brésil déguisé en prêtre avec une bible à la main et un rosaire autour du cou. Maintenant, il vit à Washington DC où il a été choisi par le Secrétaire de l'Organisation des Etats Américains (OEA), Luis Almagro, pour diriger le groupe de travail sur la crise des migrants et des réfugiés vénézuéliens.

CE 26 juillet, Smolansky a déclaré qu'il a appelé à « une réunion cordiale » avec Elliot Abrams, condamné dans l'affaire Irán-Contras qui a été nommé par Trump envoyé spécial des Etats-Unis au Venezuela. Abrams est connu pour avoir supervisé la politique secrète des Etats-Unis destinée à former des escadrons de la mort d'extrême-droite dans les années 1980 au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala. Son rôle dans le coup d'Etat au Venezuela a ravivé les craintes qu'une autre guerre sanglante pourrait être en train d'être mise en place.

4 jours auparavant, Machado a hurlé une autre menace violente contre Maduro en disant que « s'il veut sauver sa vie, il doit comprendre que son temps est fini. »

Un pion dans son jeu

L'effondrement de Volonté Populaire, provoqué par le poids de la violente campagne de déstabilisation qu'il a mise en place l'a éloigné de grands secteurs du public et une grande partie de sa direction a fini en exil ou sous surveillance. Guaidó continue à être une figure relativement sans importance après avoir passé la plupart de ses 9 ans de carrière à l'Assemblée Nationale en tant que député suppléant. Originaire de l'un des états les moins peuplés du Venezuela, Guaidó a occupé la seconde place aux élections législatives de 2015, avec seulement 26% des voix requises pour s'assurer un siège au Parlement. En effet, ses fesses ont sans doute été plus connues que son visage.

Guaidó est connu comme président de l'Assemblée Nationale dominée par l'opposition mais il n'a jamais été élu à ce poste. Les 4 partis d'opposition qui composent la Table de l'Unité Démocratique à l'Assemblée Nationale avaient décidé d'instaurer une présidence tournante. Le tour de Volonté Populaire allait arriver mais son fondateur, López, était assigné à résidence. Pour sa part, son second, Guevara, s'était réfugié à l'ambassade du Chili. Un personnage du nom de Juan Andrés Mejía était le suivant dans la ligne de commandement mais, pour des raisons qui ne sont claires que maintenant, on a choisi Juan Guaidó.

« Il y a une logique de classe qui explique l'ascension de Guaidó, » observe Sequera, l'analyste vénézuélien. Mejía fait partie de la classe haute, il a étudié dans l'une des universités privées les plus chères du Venezuela et ne pouvait pas être facilement vendu au public de la même façon que Guaidó. D'un côté, Guaidó a des traits métis communs comme la plupart des Vénézuéliens et ressemble plus à un homme du peuple. En outre, il n'avait pas été sur-exposé dans les médias, c'est pourquoi on pouvait en faire presque n'importe quoi. »

En décembre 2018, Guaidó a passé la frontière et s'est rendu à Washington, en Colombie et au Brésil pour coordonner le plan des manifestations de masse pendant l'investiture du président Maduro. Le soir de la veille de la cérémonie de prestation de serment de Maduro, le vice-président Mike Pence et la ministre des Affaires Etrangères du Canada, Chrystia Freeland, ont appelé Guaidó pour l'assurer de leur soutien.

Une semaine plus tard, les sénateurs Marco Rubio et Rick Scott et le représentant Mario Díaz-Balart, tous des parlementaires appartenant au lobby de l'exil cubain résidant en Florida, ont rencontré le président Trump et le vice-président Pence à la Maison Blanche. A leur demande, Trump a décidé que si Guaidó se proclamait lui-même président, on le soutiendrait. 

Le Secrétaire d'Etat Mike Pompeo a rencontré personnellement Guaidó le 10 janvier, selon le Wall Street Journal mais Pompeo n'est pas arrivé à prononcer le nom de Guaidó quand il a parlé de lui lors d'une conférence de presse le 25 janvier : il a dit “Juan Guido”.

Pour le 11 janvier, la page Wikipedia de Guaidó a été éditée 37 fois, ce qui soulignait la lutte pour donner forme à l'image d'un personnage anonyme qui était devenu un cadre à la hauteur des ambitions de Washington en ce qui concerne un changement de Gouvernement. A la fin, le contrôle éditorial de sa page a été remis à l'élite du conseil des « bibliothécaires » de Wikipedia, qui l'ont qualifié de président de Venezuela « en litige. »

Guaidó a pu être une figure obscure mais sa combinaison de radicalisme et d'opportunisme satisfait les besoins de Washington. « Cette pièce interne manquait, » a dit un membre du Gouvernement de Trump. « C'était la pièce dont nous avions besoin pour que notre stratégie soit cohérente et complète. »

« Pour la première fois, » Brownfield, l'ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, s'est adressé au New York Times : « Vous avez un dirigeant de l'opposition qui dit clairement qu'il veut maintenir les forces armées et la police aux côtés des anges et avec les bons gamins. »

Mais le parti Volonté Populaire de Guaidó a formé les troupes d'assaut des guarimbas qui ont causé la mort de policiers et de citoyens ordinaires. On a même parlé de sa propre participation à des troubles de rues. Et maintenant, pour conquérir les cœurs et les esprits des militaires et de la police, Guaidó a dû gommer cette histoire sanglante.

Le 21 janvier, la veille du début du coup d'Etat, la femme de Guaidó a envoyé une vidéo sur laquelle il exhortait les militaires à se soulever contre Maduro. Son action manquait d'enthousiasme et d'inspiration, ce qui souligne les perspectives politiques limitées de son mari. 

4 jours plus tard, lors d’une conférence de presse devant des sympathisants, Guaidó a annoncé sa solution à la crise : « Autoriser une intervention humanitaire ! »

Alors qu'il attend l'assistance directe, Guaidó continue à être ce qu'il a toujours été : le projet favori de cyniques forces étrangères : « Peu importe si on explose ou si on brûle après toutes ces malheurs, » a dit Sequera à propos du coup d'Etat, « pour les Etasuniens, ça n'a pas d'importance. »

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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