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Venezuela : l’envoyé spécial de Trump complice de crimes de guerre et de génocide ?

12 Fév 2019
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Caracas. Mardi 12 février 2019. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Dans le cadre de la poursuite des efforts déployés par le gouvernement des Etats-Unis pour renverser le président vénézuélien Nicolas Maduro, le vice-président Mike Pence a rencontré mardi dernier des membres de l’opposition dupays sud-américain à la Maison-Blanche, aux côtés du nouvel envoyé spécial de Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams. Elliott Abrams est un faucon de la droite américaine qui a été condamné en 1991 pour avoir menti au Congrès lors du scandale Iran-Contra (il a ensuite été gracié par le président George H.W. Bush). Abrams a défendu le général-dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt alors qu’il dirigeait une campagne d’extermination massive et de tortures contre les peuples indigènes du Guatemala dans les années 1980 (il sera jugé et reconnu coupable de génocide en 2013). Abrams est également lié au coup d’État qui a tenté de renverser Hugo Chávez en 2002. Nous examinons les antécédents d’Abrams avec le journaliste d’investigation Allan Nairn, qui s’intéresse à ce personnage depuis plus de trois décennies.

AMY GOODMAN : Vous êtes sur Democracy Now! [democracynow.org]; je suis Amy Goodman. Alors que nous continuons de nous intéresser à la crise qui secoue le Venezuela, nous reprenons notre conversation avec le renommé journaliste d’investigation Allan Nairn. Je lui ai demandé de parler davantage d’Elliott Abrams, le nouvel envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela.

ALLAN NAIRN : Abrams était l’homme clé pour l’Amérique centrale dans la politique de l’administration Reagan à l’époque où cette administration était complice au Guatemala de ce qu’un tribunal a récemment qualifié de génocide, où les États-Unis soutenaient l’armée du Salvador qui perpétrait toute une série de massacres et d’assassinats avec des escadrons de la mort, et où les États-Unis envahissaient le Nicaragua avec les groupes armés “Contras” qui n’hésitaient pas à s’en prendre à ce qu’un général américain a décrit comme des “cibles vulnérables”, c’est-à-dire des civils.

Abrams revient plus tard aux affaires en rejoignant le Conseil de sécurité nationale sous l’administration de George W. Bush, où il joue un rôle clé dans la mise en œuvre de la politique américaine de soutien aux attaques israéliennes contre Gaza, lorsque les États-Unis refusent d’accepter les résultats des élections qui voient le Hamas battre le Fatah. Abrams et ses acolytes soutiennent alors une opération militaire pour renverser le résultat des élections, en appuyant les forces de Mohammed Dahlan.

Certains commentateurs ont déclaré: “Abrams ne fait pas partie de la bande de Trump : c’est en fait un représentant classique de la politique étrangère américaine traditionnelle et bien établie.” C’est tout à fait ça. Le problème, c’est que cette politique a consisté à aller jusqu’à encourager des génocides lorsque les États-Unis le jugent nécessaire.

Dans le cas du Guatemala, Abrams et l’administration Reagan approuvaient l’envoi d’armes, d’argent, de soutient en matière de renseignements et la fourniture d’une couverture politique à l’armée du Guatemala alors qu’elle balayait les hautes terres mayas du nord-ouest, détruisant 662 villages ruraux (d’après les propres calculs de l’armée), décapitant des enfants, crucifiant des gens… des agissements qu’aujourd’hui nous pourrions associer à Daech. Il y a eu le cas particulier, en 1985, d’une militant des familles des disparus, Rosario Godoy, qui a été enlevée par l’armée. Elle a été violée, son corps mutilé a été retrouvé à côté de celui de son bébé dont les ongles avaient été arrachés. L’armée guatémaltèque, interrogée sur cette atrocité, a dit : “Oh, ils sont morts dans un accident de la route.” Lorsqu’on a interrogé Elliott Abrams au sujet de cet accident, il a également affirmé qu’ils étaient morts dans un accident de la circulation. Cette militante violé et mutilée, ce bébé avec les ongles arrachés, Abrams a dit que c’était un accident de la route.

Tout ça reste dans la même ligne que la position prise par Abrams à propos du Panama. Lorsque les forces de Noriega (le dictateur panaméen soutenu par la CIA et impliqué dans le trafic de drogue et que les États-Unis ont ensuite décidé de renverser) ont enlevé l’opposant panaméen Hugo Spadafora et lui ont coupé la tête avec un couteau de cuisine, [le sénateur républicain de Caroline du Nord, NDT] Jesse Helms -et ce fut le seul- a essayé de mener une enquête au Congrès américain, et Elliott Abrams l’a arrêté en disant, “Non, nous avons besoin de Noriega. Il fait du très bon travail. Il travaille avec nous.”

Dans le cas du Salvador, après le massacre d’El Mozote, où un bataillon entraîné par les États-Unis a massacré plus de 500 civils, n’hésitant pas à trancher les gorges des enfants, Abrams a mené la riposte en niant qu’une telle chose s’était jamais produite. Plus tard, il a décrit les résultats de la politique de l’administration Reagan au Salvador, c’est-à-dire sa politique, comme une formidable réussite. Il a maintenu cela même après que la Commission de la vérité du Salvador eut publié un rapport indiquant que plus de 85 % des atrocités avaient été commises par les forces armées et leurs escadrons de la mort, lesquels avaient pour pratique particulière de couper les organes génitaux de leurs victimes, de les mettre dans leur bouche et de les exposer à la vue de tous sur les routes du Salvador.

Lorsque j’ai participé à l’émission de télévision Charlie Rose face à Elliott Abrams, j’ai suggéré qu’il soit traduit devant un tribunal de type Nuremberg et jugé pour son rôle de facilitateur de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il a répondu qu’il s’agissait d’une idée “ridicule”, mais il n’a nié aucun des faits. Il a dit que tout cela était nécessaire et à prendre en compte dans le contexte de la guerre froide. Voilà donc qui est Elliott Abrams, qui est maintenant chargé des principaux aspects de la politique américaine à l’égard du Venezuela. (…)

AMY GOODMAN: Ecoutons ce que le secrétaire d’État Mike Pompeo a dit lorsqu’il a annoncé qu’Elliott Abrams serait la personne en charge du dossier vénézuélien.

[Secrétaire d’Etat Mike Pompeo] : « La passion d’Elliott pour les droits et les libertés de tous les peuples fait de lui une personne idéale et un ajout précieux et opportun. (…) Elliott sera un véritable atout pour notre mission d’aider le peuple vénézuélien à rétablir pleinement la démocratie et la prospérité dans leur pays. »

Qu’avez-vous à dire face à ces propos ?

ALLAN NAIRN: Et bien Abrams avait effectivement de la passion, et même beaucoup. Et il est aussi très intelligent. Ainsi, lorsque les États-Unis soutenaient l’armée guatémaltèque dans ce qui est maintenant considéré comme un génocide, lorsqu’ils aidaient à soutenir, entraîner et même -dans certains cas- mener des interrogatoires conjointement avec les escadrons de la mort que les États-Unis avaient crées, alors oui Abrams était très passionné… Tout comme lors de ses fréquentes interventions sur les plateaux de télévision, comme dans l’émission Nightline, où il écrasait les démocrates un peu moux qui débattaient contre lui. Car Abrams défendrait toujours avec une grande conviction ce qui était, de fait, un soutien américain envers des massacres et des génocides en Amérique centrale. (…)

Donc oui, on peut dire qu’il a toujours été très passionné et engagé. Mais engagé pour quoi ? Engagé en faveur des massacres de masse au service de ce que l’on pourrait définir comme les intérêts américains. Où même des caprices américains, car en fait, même si Abrams et d’autres disaient à l’époque qu’il s’agissait d’une bataille pour empêcher le Salvador, le Guatemala et le Nicaragua de devenir des ramifications de l’Union soviétique, quiconque connaissait la réalité du terrain savait à quel point ces arguments étaient ridicules. Ce n’était pas du tout ce qui était en jeu. Ce qui était vraiment en jeu, c’était une bataille entre les oligarchies locales, qui poussaient les paysans pauvres et la majorité de la petite classe ouvrière de ces pays au bord de la famine, et dans certains cas au bord du précipice. A l’époque, la moitié des enfants des zones les plus pauvres mouraient avant l’âge de 5 ans. Ceux qui osaient s’élever contre les oligarques qui imposaient ces conditions de vie, ou contre l’armée étaient enlevés, kidnappés par les escadrons de la mort soutenus par les États-Unis.

L’homme qui a mis en place le système des escadrons de la mort au Salvador, le général Chele Medrano, m’a décrit tout ça en détail, au cours de 13 heures d’entretiens. D’ailleurs il m’a même montré une médaille qui lui a été remise dans le Bureau ovale [de la Maison Blanche] pour « service exceptionnellement méritoire » qui avaient débuté sous l’administration du président Lyndon Johnson et qui se poursuivirent jusqu’à l’ère d’Abrams. C’est ainsi qu’agissaient les États-Unis, et c’est ce qu’il défendait avec tant de passion. Et cela n’avait rien à voir avec la défense des libertés des gens. Il s’agissait plutôt de défendre les libertés des généraux, des multinationales et des dictateurs. (…)

Traduit de l’anglais par Luis Alberto Reygada (@la_reygada) pour le Journal Notre Amérique

Source : Democracy Now

 

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