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Venezuela: Directv se retire du Venezuela

23 Mai 2020
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Sede de Directv en Caracas. Foto: Agencias Sede de Directv en Caracas. Foto: Agencias

Fort-de-France. Samedi 23 mai 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. L'entreprise étasunienne AT&T a annoncé mardi sur le compte Twitter officiel de Directv Venezuela « la fermeture des opérations de Directv Amérique Latine au Venezuela avec effet immédiat. »

Le communiqué indique que « les sanctions du Gouvernement des Etats-Unis au Venezuela » ont causé une divergence entre les lois étasuniennes et les lois vénézuéliennes qu'AT&T a décidé de résoudre en fermant ses opérations au Venezuela car, à son avis, il est « impossible » de « respecter les conditions légales des 2 pays. » Et il affirme que « l'équipe de direction aux Etats-Unis » a pris a décision « sans aucune participation de Directv Venezuela et sans qu'elle ait été prévenue. »

Il indique d'autre part que les « sanctions » du Gouvernement des Etats-Unis empêchent Directv de transmettre les signaux des chaînes Globovisión et PDVSA TV car ce sont des entreprises « sanctionnées » par le Gouvernement des Etats-Unis. Selon certains analystes proches de l'opposition, cela est en contradiction avec les lois du Venezuela qui exigeraient que des chaînes nationales comme Globovisión soient transmises obligatoirement par des opérateurs de câble. Cette soi-disant divergence entre les lois des Etats-Unis et celles du Venezuela, selon ces analystes, serait la raison pour laquelle AT&T aurait décidé d'arrêter ses opérations dans le pays.

Le communiqué indique qu' AT&T aux Etats-Unis a pris a décision « sans aucune participation de Directv Venezuela et sans qu'elle ait été prévenue, » ce qui semblerait indiquer que Directv Venezuela n'a pas discuté avec CONATEL ou d'autres institutions vénézuéliennes à propos de ce conflit légal pour essayer de trouver une solution. La presse vénézuélienne ne mentionne aucune réunion entre Directv et CONATEL à ce sujet. Cela attire beaucoup l'attention car Directv a presque 2 000 000 d'abonnés dans le pays (45% du marché de la télévision par abonnement) et possède des actifs estimés à 1 100 000 000 de $ parmi lesquels son centre de transmission par satellite qui couvre toute l'Amérique Latine.

Pourquoi Directv n'a pas essayé de rencontrer le Gouvernement vénézuélien pour résoudre ce problème ? Le Venezuela possède une Assemblée Nationale Constituante qui aurait pu modifier la loi ou le règlement cause du conflit. Et, étant donné la nécessité d'informer la population pendant la pandémie de coronavirus et d'offrir des divertissements pendant la quarantaine, le Président Nicolás Maduro avait déjà émis un décret ordonnant aux entreprises de télévision par abonnement de continuer à opérer, ce qui donne à entendre qu'il aurait été prêt à rencontrer l'entreprise et à faire le nécessaire pour qu'elle continue à opérer au Venezuela.

Cette mesure n'a pas touché de la même façon tous les usagers de l'entreprise de télévision par abonnement. Jusqu'à mardi soir, de nombreux abonnés ont pu voir toutes les chaînes de la grille de Directv sauf les chaînes vénézuéliennes comme les chaînes d'Etat VTV et Telesur, les chaînes privées Venevisión et Televen, ou la chaîne russe RT en espagnol. Selon les journalistes spécialisés, comme Fran Monroy,c'est temporaire et à tout moment, ils peuvent cesser de voir ces chaînes. D'autres abonnés, par contre, disent qu'ils ne peuvent plus déjà voir aucune chaîne sauf la chaîne 804 (la chaîne éducative).

Genèse du plan

Le site d'investigation La Tabla a publié sur son compte Twitter plusieurs antécédents de cette information :

Le 8 janvier 2019, le Bureau de contrôle des Actifs Etrangers (OFAC) du Département du Trésor des Etats-Unis a inclus la chaîne privée Globovisión dans un groupe de 23 entreprises vénézuéliennes sanctionnées pour « corruption. »

Le même jour, l'OFAC a accordé à Globovisión l'autorisation N° 6 qui lui permettait d'opérer pour 1 an de plus et ensuite, le 7 janvier 2020, il a émis une nouvelle autorisation 6A pour 2 semaines de plus. « Le même 7 janvier de cette année, « l'ambassadeur » de Guaidó à Washington, Carlos Vecchio, a rappelé la « sanction » et affirmé que la chaîne « traîtresse » allait sortir de la grille de Directv. Evidemment, il attendait avec impatience la fin du délai pour exécuter a sanction, » rappelle La Tabla en citant le twitt de Vecchio.

Le 21 janvier 2020, Globovisión devait quitter les fréquences de Directv mais des twitts signalent que la chaîne était encore active en février et en mars. Il y a eu une forte pression sur Twitter pour que la chaîne quitte les fréquences de de Directv.

Une partie de l'opposition vénézuélienne extrémiste considère Globovisión comme « une chaîne  traîtresse » car, même si elle continue d'être de tendance d’opposition, elle n'a pas conservé la ligne éditoriale extrémiste qui l'a caractérisée de 2001 à 2010. elle lançait alors des appels quotidiens à renverser le président de l'époque, Hugo Chávez. Beaucoup de ses anciennes références comme Carla Angola, Alberto Federico Ravell, Nitu Pérez Osuna ou Leopoldo Castillo, vivent aujourd'hui à l'étranger et sont les principaux promoteurs d'une intervention militaire dans le pays.

Des réunions aux Etats-Unis pour faire pression sur Directv

Le 17 janvier 2020, le journaliste Joshua Goodman, d'Associated Press, a publié l'article «Dure divergence de DirectTV et d'AT&T au Venezuela» dans lequel il révèle qu'en décembre dernier, des fonctionnaires du Département d'Etat ont rencontré à Washington des membres d'AT&T et « les ont exhorté à aider à freiner la machinerie de propagande de Maduro, selon 5 personnes au courant de ce qui s'est dit, » en réponse à la décision du Président vénézuélien d''ordonner la suspension des transmission des télévisions CNN en Espagnol et BBC en Espagnol.

« La rencontre s'est produite après plusieurs mois de contacts entre AT&T et l'opposition vénézuélienne, selon ces 5 individus, » a affirmé AT&T à ce moment-là. « Avec un plan qui encourage la coordination avec le Gouvernement étasunien DirectTV, l'opératrice de télévision le plus importante du Venezuela, récupèrera dans ses programmes 5 chaînes d'information internationales que les régulateurs vénézuéliens avaient interdites récemment, selon les sources. »

La Tabla signale que cela ferait partie d'un plan et d'une « provocation » destinés à obliger le « régime » à agir contre l'opérateur de TV par satellite.

Selon la note d' AP, le secrétaire d'Etat nord-américain Mike Pompeo «  a été informé de ces démarches et a donné son soutien initial aux plans destinés à recruter DirectTV pour qu'elle aide à saper le Gouvernement de Maduro, selon es informateurs au courant de ces conversations. » La note signale que « plusieurs options étaient considérées pour faire pressions sur Maduro. »

Il faut rappeler que CNN en Espagnol a été sanctionnée par CONATEL en février 2017, quand ils ont mis en place une émission intitulée « Passeports de l'ombre » dans laquelle ils accusaient Venezuela d'être derrière un soi-disant réseau de vente de passeports à des terroristes pour faire un attentat aux Etats-Unis. CONATEL a affirmé que cette émission incitait à la haine des Vénézuéliens et était destinée à justifier une intervention militaire contre le Venezuela. 

D'autres chaînes comme NTN24 ont été sorties des fréquences vénézuéliennes en 2017 pendant les «guarimbas» ou protestations violentes de l'opposition de cette année-là qui ont fait plus de 100 morts dans tout le pays, beaucoup à cause d'attaques d'opposants contre des partisans de Nicolás Maduro ou contre des installation gouvernementales. Ces chaînes de télévision ont été accusées d'instigation à la haine et d'encourager ces protestations violentes.

AP a signalé en janvier que « AT&T a une décision difficile à prendre : respecter ce que dit e Gouvernement de Maduro, que les Etats-Unis ne reconnaissent plus et à qui ils ont imposé de sévères sanctions ou se plier au plan de l'opposition et s'exposer à la confiscation de ses installations et à la perte de sa licence, ce qui mettrait quelques 700 personnes au chômage. »

Censurer les chaînes d'Etat vénézuéliennes ?

D'autre part, les fonctionnaires étasuniens et l'opposition ont fait pression sur DirectTV pour « être en train d'être utilisée pour propager les programmes de Maduro qui critiquent ses rivaux politiques qui n’ont pas la possibilité de répondre, » selon la note d'AP qui critique les chaines d'Etat vénézuéliennes comme Telesur ou Venezolana de Televisión. Selon la note d'AP, l'opposition a également critiqué la chaîne privée Globovisión pour « propagation de fausses informations. » Il faut noter que Globovisión a une ligne éditoriale principalement d’opposition avec des journalistes comme Vladimir Villegas, Kico Bautista ou Eleazar Figallo, ouvertement critiques envers le gouvernement vénézuélien.

Le problème est qu'au moment où j'écris cette note, beaucoup de décodeurs de Directv continuent à diffuser des chaînes de sa grille commerciale mais que des chaînes comme Telesur ou VTV, ou même la chaîne russe RT ont été coupées. On ne sait pas si c'est temporaire ou si ce sera permanent. Enfin, on ne sait pas si le peuple vénézuélien continuera à recevoir les chaînes internationales mais pas les chaînes vénézuéliennes ou si simplement, il ne recevra plus aucune chaîne.

Des milliers de personnes dans les quartiers et les secteurs populaires vénézuéliens ont pris un abonnement à Directv et, dans ces secteurs, il n'y a pas d'opérateurs »de câble » (entreprises de TV par câble) qui sont plus économiques. D'autres systèmes de télévision par satellite comme Movistar TV sont lus chers que Directv. Le service CANTV par Satellite, offert par le Gouvernement vénézuélien a cessé de fonctionner début mars à cause d'une panne grave du satellite Simón Bolívar qui ne fonctionne plus définitivement.

Enfin, en supposant que Directv continue à fonctionner sans les chaînes vénézuéliennes (ce qui serait une violation des lois en vigueur) beaucoup de ses utilisateurs qui souhaitent voir VTV, Telesur ou les chaînes commerciales devront déconnecter leur décodeur et reprendre l'antenne traditionnelle pour voir les chaînes d'Etat et ensuite reconnecter leur décodeur pour voir les chaînes de Directv. Beaucoup en e feront pas à cause du travail que ça leur causerait et cela deviendrait une nouvelle forme de censure.

Directv Colombie?

Sur les écrans de certains utilisateurs vénézuéliens de Directv apparaît un message qui les incite à se mettre en communication avec Directv Colombie.

Le fait que, selon l'article d'AP, Directv « n'a pas besoin d'avoir une présence physique au Venezuela pour émettre dans ce pays attire aussi l'attention. Elle peut le faire depuis des centres de transmission situés en Argentine, au Brésil ou en Californie, selon ces documents. » Mardi, la rumeur a couru que ce serait Directv Colombie qui continuerait à prendre en charge les utilisateurs vénézuéliens mais cette information n'a pas pu être comfirmée ni démentie.

Selon l'expert en technologie Fran Monroy, « il est faux qu'en réinitialisant le décodeur, le signal de la Colombie arrive. Ils n'ont pas de centre de transmission comme en a le Venezuela, » affirme Monroy sur un enregistrement audio repris par plusieurs médias.

Directv a un centre de transmission par satellite à Los Caobos (Caracas) a partir duquel elle transmet pour toute Directv Panaméricaine. « Une des choses qui se discutent en ce moment est ce qui va se passer avec le centre de transmission, » dit Monroy.

Ce n'est pas la première fois

C'était en 2002, quand les secteurs patronaux vénézuéliens, avec la complicité des gérants de la compagnie pétrolière d'Etat PDVSA ont tenté de faire une grève pétrolière et patronale pour faire plier le président de l'époque Hugo Chávez. La grève avait débuté le 2 décembre et avait le soutien total des médias privés de l'époque, en particulier des 4 chaînes de télévision nationales RCTV, Venevisión, Televen et Globovisión. Nous parlons de télévisions généralistes qui diffusent des films, des feuilletons, des dessins animés pour les enfants, du sport, des concours de beauté et une infinité de programmes de divertissement ainsi que des informations.

C'est un pays dans lequel – à ce moment-là – la grande majorité de la population n'avait pas la télévision par câble. Pour soutenir la grève, ces chaînes ont suspendu complètement tous leurs programmes de divertissement : les feuilletons, les films, les dessins animés pour les enfants, les concours et en particulier le base-ball, le sport national vénézuélien qui paralyse pratiquement le pays entre octobre et février. Même les publicités ont été suspendues.

Ils les ont remplacés par 24 heures d’informations par jour, des interviews et des conférences de presse des dirigeants de l'opposition, la couverture des marches, des protestations, des attentats, des attaques, des accusations malveillantes contre le chavisme qui était présenté quotidiennement de façon très négative. Tout cela a affecté très négativement l'esprit de nombreux Vénézuéliens pendant les 62 jours qu'a duré cette grève.

L'élimination du divertissement pour affecter l'esprit d'une population semble faire partie du manuel des guerres de basse intensité et être l'un des mécanismes de pression utilisés par les empires pour mettre à genoux un pays et forcer ses habitants à se rendre. 

En 2002 et 2003, l'Empire étasunien et ses partisans ont échoué. Silencieusement, les médias qui ont participé à la grève ont commencé à diffuser des films, des dessins animés et des feuilletons et même des publicités début février 2003. Les dirigeants politiques qui, jour après jour, excitaient les gens pour qu'ils sortent protester, disparurent silencieusement. Personne n'a levé la grève. Personne n'a été tenu pour responsable des dégâts faits au pays ni à l'esprit du peuple vénézuélien.

Reste à voir si à nouveau, le peuple vénézuélien va sortir victorieux de ce nouvel ensemble de menaces. Celui qui écrit cette note pense personnellement que ce sera probablement le cas.

Et s'il en est ainsi, reste à voir si un beau jour, Directv reviendra simplement dans le pays la queue entre les jambes, silencieusement, pour essayer de regagner le peuple vénézuélien comme l'ont fait à cette époque Venevisión, Globovisión, RCTV et Televen. 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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