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Venezuela : Washington a fabriqué la crise de l'essence pour déstabiliser la Révolution

03 Jui 2020
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Caracas. Mercredi 3 juin 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Le délégué de la Maison Blanche pour le Venezuela, Elliott Abrams, a affirmé en février de cette année : J'espère que « certaines des activités  de Repsol vont changer, » en parlant de ses relations avec PDVSA. Abrams dirige les pressions contre les compagnies pétrolières européennes pour qu'elles ne fassent pas de commerce avec le Venezuela.

En août 2017, la Maison Blanche a ouvert le feu pour la première fois contre la compagnie pétrolière d'Etat PDVSA grâce à l'Ordre Exécutif 13808.

Cet instrument a fixé le cadre de l'attaque dont souffraient déjà l'économie vénézuélienne et les finances publiques depuis les années 2015 et 2016 quand la fermeture des comptes de l'Etat vénézuélien à l'étranger commençait à être le pilier opérationnel d'une stratégie destinée à restreindre les importations du Venezuela et à isoler le pays du commerce mondial.

Sur le papier, cet Ordre Exécutif se limitait à restreindre les opérations financières de la compagnie pétrolière d'Etat, c'est à dire bloquait l'achat et la vente des bons et empêchait de souscrire une nouvelle dette dans l'avenir. Au milieu d'un cycle de prix bas du pétrole, cette restriction signifiait que PDVSA ne pourrait pas recourir à des sources de capital étranger pour améliorer ses infrastructures et même ses raffineries.

En janvier 2018, le Département d'Etat célébrait le fait que la stratégie de blocus financier général, mise ne place à partir du cadre juridique de l'Ordre Exécutif 13808, était en train d'être efficace.

« La campagne de pressions contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées (…) ont obligé le Gouvernement à commencer à tomber en défaut aussi bien en ce qui concerne la dette souveraine qu'en ce qui concerne la dette de PDVSA, sa compagnie pétrolière. Et ce qui va arriver (…) c'est une effondrement économique total au Venezuela. Alors, notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons, » affirmait une communication du Département présentée anonymement. Après, son enregistrement dans les médias a été effacé.

Mais en réalité, la stratégie a une responsabilité partagée. La coalition de partis anti-chavistes qui se plient aux directives de Washington, a stimulé les mesures de blocus en profitant de leur position de direction du Parlement, en particulier pendant l'année 2017, quand le président de l'époque, Julio Borges, consacrait la totalité de son ordre du jour à encourager l'imposition de sanctions de plus en plus féroces contre le Venezuela. 

Alors pendant que Washington construisait e cadre juridique pour une guerre économique prolongée qui augmenterait en fonction de la situation politique, Julio Borges et les partis d'opposition, par dessous, se chargeaient de la gestion de la communication de ces mesures et du soutien institutionnel grâce à l'Assemblée Nationale.

Il s'agissait de faire croire que « les Vénézuéliens en général » demandaient des sanctions pour soutenir le « rétablissement de la démocratie » et que le Gouvernement Trump, en étant très engagé envers la « noble » volonté de changement politique de la « société » était à l'avant-garde en adoptant des mesures de blocus économique.

2 ans plus tard, ce récit ne peut plus justifier la recrudescence des sanctions, il n'y a plus « d'objectifs nobles. »

En 2018, la route vers l’effondrement énergétique du Venezuela a pris la forme d'une stratégie générale qui comprend l'importation des aliments et des médicaments, les transactions commerciales et financières de l'Etat vénézuélien et la fourniture d'additifs et de produits chimiques destinés au raffinage de l'essence.

Le déploiement frénétique de sanctions contre des dizaines de fonctionnaires et les principales entreprises, banques et institutions politiques du pays ont forcé, d'un côté, l'isolement commercial et financier du Venezuela et de l'autre, causé des dommages à la réputation du pays qui décourageaient les relations commerciales aves les entreprises et les pays.

Mais l'auto-proclamation de Juan Guaidó comme président du Venezuela, investi de l'autorité par un twitt de Donald Trump en janvier 2019,a provoqué un tournant de 180 degrés. Quelques jours plus tard, la compagnie pétrolière d'Etat a été par le Département du Trésor dans la liste des « compagnies désignées » par incluse dans l'Ordre Exécutif 13850, ce qui, de fait, a bloqué le marché énergétique des Etats-Unis et a eu une influence négative sur son réseau d'acheteurs et de fournisseurs à l'échelle mondiale.

A partir de ce moment, au début de 2019, acheter de l'essence oud es additifs pour la produire dans les raffineries vénézuéliennes, est devenu, pour la compagnie pétrolière , une opération très coûteuse, compliquée, passant à présent par la triangulation et la création de nouveaux réseaux de commerce pour réaliser les importations et ainsi échapper au système de surveillance, presque militaire, du Département du Trésor.

Washington a utilisé ses instruments de pouvoir géopolitique pour transformer les importations vitales du pays (et de l'industrie pétrolière qui le soutient) en une sorte de délit que commettraient les pays et les entreprises qui auraient des relations avec le Venezuela. Le récit du soi-disant « Etat en faillite » vénézuélien des cycles (armés) de changement de régime de 2014 et de 2017 a créé les armes de destruction téléguidées sous forme de sanctions que les Etats-Unis utiliseront ensuite contre le pays.

L'économie est devenue un champ de bataille central de la guerre non conventionnelle infiltré par une logique de répression judiciaire et financière qui émanait de 7 ordres exécutifs mis en place dans tous les secteurs stratégiques du pays. 

Entre avril et septembre 2019, en réponse à l’effondrement de l'image de Guaidó, le Département du Trésor a opté pour une escalade et a ajouté à la liste de l'OFAC plus de 30 bateaux et pétroliers de PDVSA (ou utilisés par la compagnie d'Etat) chargés du transport de pétrole, de l'essence et des produits dérivés pour la raffinage.

Les mesures de l'OFAC, aujourd'hui appliquées à la flotte de transport de l'industrie pétrolière, interdisent en principe les relations commerciales ou financières des entreprises ou des citoyens étasuniens avec le Venezuela. Mais il s'agit d'une juridiction qui a le bras long. Les Etats-Unis ont ont appliqué leurs mesures au-delà des limites de leur territoire en faisant pression sur des tiers, que ce soient des Gouvernements ou des entreprises, pour briser toute relation avec le Venezuela pour en leur disant qu'ils pourraient être touchés, soumis à des amendes ou pénalisés par le Département du Trésor. 

Cette mondialisation du blocus du Venezuela a été officialisée le 5 août par l'Ordre Exécutif 13884 qui comprend tous les actifs vénézuéliens aux Etats-Unis. La perte irrémédiable de CITGO, la filiale de PDVSA aux Etats-Unis grâce à laquelle le pays avait pu importer de l'essence, des pièces de rechange importantes et des additifs chimiques pour l'industrie dans les premières années de sanctions, était confirmée.

Cet ordre exécutif facilitait ce qu’on appelle les « sanctions secondaires » appliquées à des entreprises hors de la juridiction étasunienne et à des pays tiers. L’impact s'en ferait sentir rapidement.

Bloomberg faisait savoir en septembre que “Shipowners’ Club, la compagnie d'assurances des compagnies maritimes internationales a conseillé à ses membres de prendre des précautions s'ils avaient des relations avec le Venezuela. Le groupe dit que « si un membre est sanctionné, on peut bloquer sa propriété et le club peut restreindre ou suspendre l'assurance. »

A l'impossibilité de contacter les compagnies maritimes et de contracter les assurances dont il a besoin pour exporter son pétrole (base de 90% des revenus du pays) s’ajoutent les complications pour obtenir de l'essence.

Bloomberg rapportait à la fin de l'année dernière que, « avant octobre, les bateaux apportaient la plupart du temps l'essence européenne directement au Venezuela sans escale. Mais ensuite, certains opérateurs, y compris la filiale d'expédition d'Exxon Mobil Corp SeaRiver et l'entreprise chinoise UNIPEC ont dit qu'elles ne fréteraient ps de bateaux qui seraient allés au Venezuela. »

« Même si la fourniture d'essence n'est pas affectée en particulier par les sanctions des Etats-Unis, celles-ci ont rendu difficile la vente de combustible au Venezuela, » conclut le média financier étasunien.

L'année 2020 a débuté avec une image de Guaidó affaiblie et un climat de stabilité politique qui luttait pour rétablir l'économie. A difficulté pour importer des dérivés ou de l'essence directement rapportée par Bloomberg a contraint a réorganiser le réseau de commerce dans lequel la compagnie pétrolière Rosneft a eu une grande importance.

En mars, Washington a répondu à cette nouvelle situation en punissant avec des sanctions les filiales de Rosneft, Rosneft Trading (Suisse) et TNK Trading International pour essayer de provoquer l'effondrement de l'approvisionnement du pays en essence. Les mesures illégales contre les filiales russes se basaient sur la coopération établie avec le Venezuela pour réactiver la vente de brut et l'importation d'essence que les Etats-Unis avaient interdite en 2017. 

La porte-parole de la chancellerie russe a raison d'affirmer que les Etats-Unis pensent que la Russie et le Venezuela sont des provinces étasuniennes o la Maison Blanche peut exercer sa domination légale.

Le 8 avril, l'agence Reuters relatait les impacts de ces mesures avaient sur la disponibilité d'essence au Venezuela : « Depuis fin 2019, les fonctionnaires étasuniens ont demandé à la plupart des fournisseurs de combustible du Venezuela de ne plus envoyer d'essence au pays touché par la crise. Lors de la dernière ronde d'appels, début mars, entre les fonctionnaires étasuniens et les compagnies pétrolières, ils ont réitéré cette interdiction malgré l'aggravation des conditions humanitaires dans le pays, adit l'une des sources. » 

Reuters a fait savoir que l'entreprise italienne Eni, l'espagnole Repsol et l'indienne Reliance Industries continuent à exporter de l'essence vers le Venezuela mais les fonctionnaires yankees cités par l'agence n'étaient pas très à l'aise avec les envois et les relations avec PDVSA. « Ils ont insisté sur le message qu'il n'y a pas d'essence dans les échanges de pétrole, » rapporte Reuters, ce qui montre que Washington se mobilise pour couper les lignes d'approvisionnement du pays. 

La seconde quinzaine d'avril, au Venezuela, a été marquée par la quarantaine sociale ordonnée par le Gouvernement vénézuélien pour faire baisser la courbe de contagion de la pandémie de COVID-19 mais aussi par la pénurie d'essence à cause des sanctions destructrices des Etats-Unis destinée à étayer le coup d'Etat perpétuel.

Leur onde de choc a fait obstacle au transport des aliments, des médicaments et des produits de base, accéléré l'inflation, paralysé l'économie (le sang du dollar parallèle) et créé le chaos dans la vie sociale et économique du pays. Plus la violence des sanctions augmente, plus on a la preuve irréfutable qu'elles causent des dommages au pays.

En octobre 2018, l'ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, William Brownfield, affirmait dans une interview : « Si nous sanctionnons PDVSA, ça aura un impact sur tout le peuple, sur l'homme de la rue (…) En ce moment, la meilleure solution serait d'accélérer l'effondrement même s'il y a une période de plus grande souffrance pendant quelques mois ou peut-être quelques années. » 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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