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Venezuela : L'alliance avec l’Iran ou comment les victimes des sanctions défient les Etats-Unis

09 Jui 2020 Par Alberto Rodríguez García
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Caracas. Mardi 9 juin 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Ce mois de juin a débuté par l'arrivée au Venezuela des bateaux iraniens qui, défiant le blocus et les sanctions coercitives imposées par les Etats-Unis, ont approvisionné la République Bolivarienne en combustible. Et cela va contre le « diviser pour régner ». L'union des faibles et des victimes des abus contre l'agresseur suffit.

Après l'arrivée en territoire vénézuélien du dernier bateau chargé d'essence envoyé par l’Iran, le porte-parole du Ministère iranien des Affaires Etrangères, Abás Musaví, a déclaré que malgré le verbiage nord-américain et les sanctions, son pays enverra à nouveau du combustible parce que les 2 pays, le perse et le latino-américain, continueront à faire du commerce. « L’Iran pratique le libre commerce avec le Venezuela et nous sommes prêts à envoyer encore des bateaux si Caracas le demande. »

Depuis que Donald Trump s'est retiré unilatéralement du Plan d'Action Intégral Conjoint – connu sous le nom « d'accord nucléaire » pour pouvoir appliquer des sanctions à la République Islamique d'Iran, les relations entre les 2 pays n'ont pas cessé de se détériorer jusqu'à en arriver à une quasi confrontation directe début 2020. La guerre économique contre Téhéran et la campagne de plus forte pression de Trump, cependant, n'ont pas atteint leurs objectifs. 

A l'intérieur du pays, le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Mike Pompeo, s'est bien montré comme le belliciste qu'il est, redoublant les sanctions et refusant une bouffée d'oxygène aux victimes de la pandémie de COVID-19 malgré la demande d’organisations aussi peu suspectes d'être proches de « l'axe de Résistance » que Veterans Against the War, Peace Action ou le Center for Constitutional Rights. A l'étranger, les politiques agressives du cabinet de Trump ont été incapables de forcer l’Iran à la retraite sur aucun de ses fronts. Et maintenant, à Washington, de son bunker, Donald Trump observe, impuissant, la décadence de son empire.

La politique de sanctions internationales destinées à isoler des pays, à porter atteinte à leur économie et à provoquer une crise humanitaire, aussi cruelle ou même plus que les sièges médiévaux, a un sens quand tu ne sanctionne pas la moitié du monde. L’Iran et le Venezuela le savent et c'est pourquoi 2 pays sanctionnés, 2 pays qui traversent une grave crise, ont décidé de s'unir. Parce qu'ils n'ont plus rien à perdre, un nouveau paquet de sanctions contre l’Iran et le Venezuela, tout simplement, ne changerait rien au gel de leurs fonds à l'étranger et à l’absence d'entreprises qui osent faire du commerce avec eux de crainte d'être sanctionnées.

L’Iran ne peut vendre son pétrole ou son essence nulle part à cause des sanctions unilatérales imposées par la Maison Blanche. Le Venezuela souffre d'une pénurie d'essence qui a touché plus de 1 000 stations, y compris celles de Caracas, et son économie est à terre. Et les 2 pays sont en étroites relations depuis l'arrivée d'Hugo Chávez au pouvoir en 1999. C'est pourquoi ils ont décidé d’ignorer les sanctions pour s'entraider. Selon les estimations de TankerTrackers.com, l’Iran a envoyé au Venezuela 1 530 000 barils d'essence et d'additifs destinés au raffinage du pétrole et à l'obtention de plus d'essence.

Sous prétexte de soi-disant opérations contre le trafic de drogues, les Etats-Unis ont déployé une flotte dans les Caraïbes et bien qu'ils aient voulu empêcher les bateaux d'arriver par des menaces, celles-ci n'ont servi pratiquement à rien : bien que cela ennuie certains, il n'est pas légal d'attaquer des bateaux dans les eaux internationales comme de vrais pirates. Les Etats-Unis l'ont déjà fait mais maintenant, ils savent qu'ils n'auraient sans doute pas le soutien de leurs alliés en Europa, plus préoccupés par leurs problèmes internes que de s'impliquer dans l'aventure étasunienne. Un pays qui impose son modèle en essayant de renverser des Gouvernements, alors qu'il est incapable de maintenir la stabilité à l'intérieur de ses frontières, où des troubles raciaux comme ceux qui ont lieu après la mort de George Floyd sont cycliques et de plus en plus communs dans une société complètement brisée. Simplement, le monde se préoccupe de moins en moins de ce que souhaitent les Etats-Unis.

Dans un développement médiatique ayant pour but d'envoyer un message de défi à la Maison Blanche, la République Bolivarienne du Venezuela a reçu avec des patrouilleurs et des avions de combat pour escorte, le premier bateau iranien, le Fortune, le 23 mai. 

Quelques jours plus tard, en essayant de sauver leur image, « des officiels étasuniens » ont annoncé sur Fox News qu'ils avaient arrêté des bateaux iraniens qui se dirigeaient vers le Venezuela après les avoir menacés de sanctions. Le ridicule, cependant, s'est produit à peine quelques jours plus tard, quand le 1° juin, le pétrolier Clavel, le dernier des 5 pétroliers iraniens qui transportaient du combustible au Venezuela, est entré à 3:23 du matin dans les eaux territoriales de la République Bolivarienne après le Fortune (23 mai), le Forest (25 mai), le Petunia (26 mai) et le Faxon (28 mai).

Avec l'essence iranienne, le Gouvernement vénézuélien a augmenté le prix du litre combustible à 5 000 bolivars (à peine 2 centimes d'euro), et ce prix sera subventionné pendant 90 jours pour ceux qui sont affiliés au Système Patrie. Le combustible iranien aidera le Gouvernement à se rétablir peu à peu après le naufrage de PDVSA provoqué par les sanctions et la perte d'acheteurs qui l'a suivi en remettant en marche la production de pétrole ( le Venezuela est le pays qui a les plus importantes réserves « d'or noir » du monde bien qu'il ne soit pas de la meilleure qualité), à reconstruire et à réactiver ses raffineries.

Et alors, les victimes passent à l'action

Bien qu'il ne reste plus aux porte-parole de la Maison Blanche qu'à lancer des exhortations sur Twitter ou à leurs apologistes à brandir des menaces, alors que le ‘shérif du monde’ a de plus en plus de problème de popularité, le président iranien, Hasán Rohaní, se permet de s'adresser tranquillement à l'Union Européenne pour remettre en place le Plan d'Action Intégral Conjoint ou de menacer les Etats-Unis de conséquences s'ils abordent leurs bateaux. Son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro, bien que la DEA ait mis sa tête à prix, se permet de continue à défier Washington, d'abord en annonçant qu'il a pensé se rendre à Téhéran et ensuite en comparant la pression que le Gouvernement étasunien fait peser sur le Venezuela à l'assassinat de George Floyd, sachant que cet événement a provoqué une grande tension sociale à l'intérieur du pays.

Pendant que le bastion du capitalisme libéral se consacre à chasser des adversaires des marchés, à dire à ses partenaires avec qui ils doivent ou ne doivent pas faire de commerce et menace ceux qui croient dans le libre commerce entre nations souveraines non soumises à son drapeau, l’Iran et le Venezuela ont signé une nouvelle alliance. Ils ont signé l'alliance des victimes des sanctions qui, fatiguées, ont décidé de cesser d'être sur la défensive. Ils ont signé l'alliance des nations qui ont décidé de défier un empire déjà décadent.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

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