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Venezuela : Ce qui est arrivé en Bolivie, ne se passera jamais au Venezuela

01 Juil 2020
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Caracas. Mercredi 1 juillet 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez.Interview accordée par Ernesto Villegas, homme politique, journaliste et ministre de la culture du Venezuela à Alejandro López Canorea pour le site espagnol En Déchiffrant la Guerre.

 

Cette culture politique de type social et interventionniste, plus keynésienne, est en recul en Amérique Latine après les victoires néolibérales au Brésil, en Uruguay ou en Equateur. Considérez-vous que ce « socialisme du XXI° siècle, » comme ils l'appelaient, est en train de disparaître ?

Ernesto Villegas : Non. Regarde, les temps historiques sont beaucoup plus longs que les temps journalistiques. Tu peux avoir un certain moment dans lequel un cadre électoral peut représenter une victoire temporaire pour un courant déterminé de pensée mas cela ne veut pas dire, d'aucune façon, que l’histoire s'arrête là et que cette photo est le film complet. Je dois aussi dire 2 choses. Une, le keynésianisme n'est pas le « socialisme du XXI° siècle. » Le keynésianisme est plus une forme du capitalisme. Et je dois dire que le keynésianisme est de retour. Et c'est ni plus ni moins que monsieur Trump qui le prouve avec ses politiques et ses annonces. Le keynésianisme est comme ces récipients dans lesquels se trouvent les extincteurs d'incendies sur lesquels il est écrit : « briser en cas d’urgence. » Pour le capitalisme, le keynésianisme est un extincteur d'incendies. Et là, nous l'avons vu. Les capitalistes ne sont pas gênés par la fait d'avoir encouragé le libre commerce et maintenant, de briser la vitre pour essayer d'éteindre l'incendie avec le protectionnisme et l'interventionnisme. Mais ce ne sont pas nécessairement des victoires ou des défaites du « socialisme du XXI° siècle » qui, parce qu'il est socialisme, n'est pas capitalisme. Il peut s'exprimer de façons très particulières. Je dirais que la victoire du peuple vénézuélien face au chantage des sanctions est l'expression d'une conscience socialiste. La conscience avec laquelle on a tenu à distance le coronavirus est aussi l'expression d'une conscience sociale, différente de l'individualisme exacerbé. Quand tu te protèges toi pour défendre ton prochain, tu fais aussi la démonstration d'une conscience différente de celle de l'être individuel que le néolibéralisme met en avant. Je pense que cette bataille est en plein développement. Si les idées du socialisme avaient échoué, je ne comprends pas pourquoi, alors, du président des Etats-Unis jusqu'en bas, ils sont en guerre permanente contre le socialisme. C'est vraiment un phantasme qui fait très peur, s'il est mort.

Mais le Venezuela est un pays capitaliste parce que la Constitution établit que l'Etat encourage l'initiative privée, parce que la plus grande partie du Produit Intérieur Brut est dans des mains privées, parce qu'il y a une forte présence du capital privé dans la banque et dans d'autres secteurs stratégiques comme celui de l'alimentation et qu'ils paient peu d'impôts. Tout cela est-il compatible ?

Ernesto Villegas : Oui, c'est sûr. Parce que c'est la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999. Ce n'est pas une Constitution socialiste. Ce n'est pas la Constitution d'un pays avec ce qu'on appelle le « socialisme réel » ou une version classique d'une Constitution socialiste. En fait, ici, les formes économiques continuent à être fondamentalement capitalistes. C'est un processus en développement dans la construction du socialisme qui a des expressions d'avancées et de retour en arrière dans différents domaines. Cela doit être la construction, en outre, de la nation vénézuélienne. Ici, l'un des grands apports du Commandant Chávez a été de rompre avec la notion classique des manuels et d'ouvrir la voie à des processus politiques, économiques et sociaux qui restent encore à conclure. Notre propre histoire à la recherche de l'indépendance au Venezuela est pleine de ces contradictions. Par exemple, la junte qui s'est installée à Caracas pour remplacer le capitaine général Vicente Emparan en 1810, certainement celui qui ne le sait pas pourrait en rire, mais c'était une junte conservatrice des droits de Fernando VII. C'est à dire que cette junte n'envisageait pas expressément la recherche de l’indépendance par rapport à l'Espagne, c'était une junte conservatrice des droits de Fernando VII, qui défendait Sa Majesté le Roi d'Espagne. Et cette junte, en 1810 a ouvert la voie pour que, le 5 juillet 1811, l’indépendance du Venezuela soit déclarée. Cette Constitution bolivarienne de 1999 ouvre la voie pour que se développent les pouvoirs créateurs de notre peuple et que nous puissions construire une société d'inclusion et non d'exclusion. Le Commandant Chávez, en 2007, a tenté une réforme de la Constitution vers l'expression du caractère socialiste de la Révolution vénézuélienne et regarde, quel paradoxe, cette réforme n'a pas été approuvée lors d'un référendum populaire et a été la première défaite électorale de la Révolution Bolivarienne Ce qui ne veut pas dire que cette même Constitution ne permet pas de grandes avancées dans la construction d'une société plus juste. Nous, nous l'appelons le « socialisme bolivarien du XXI° siècle » qui aura encore beaucoup à faire mais certainement, dans la société vénézuélienne, nous ne pouvons pas dire qu'il existe un socialisme définitif sous une forme renforcée. C'est une contradiction qui existe toujours.

Dans le socialisme, les positions nationalistes et la culture « bolivarienne du XXI° siècle » dont vous parlez s'opposent. Souvent, on utilise le terme « nation » peut-être avec trop de véhémence. Considérez-vous que vous faites partie d'un Gouvernement socialiste ou nationaliste ?

Ernesto Villegas : Le termes peuvent avoir une acception déterminée qui dépend de l'endroit et du lieu où on les emploie. Par exemple, pour Simón Rodríguez, le libéralisme était quelque chose de différent de ce qu'on entend aujourd'hui par libéralisme. En Espagne, parler de socialisme, si c'est celui du PSOE, cela peut signifier une chose mais à Cuba, cela peut en signifier une autre. Ou en Albanie. C'est pourquoi, ce que tu dis du nationalisme a aussi ses bémols parce que notre Constitution a, par exemple, la reconnaissance des droits des peuples indigènes et donne le rang d'idiomes à leurs langues. Imagine un nationalisme si étrange. Nous, nous considérons que nous sommes, oui, nationalistes mais pas dans le sens que donne Franco, par exemple, à ce mot en Espagne. Il a une explication différente de la nation, pour nous, cela signifie autre chose. Nous, nous reconnaissons la nation wayuu. Nous sommes Vénézuéliens mais nous comprenons que notre peuple indigène wayuu, qui possède un territoire binational puisqu'il est en partie au Venezuela et en partie en Colombie, et qui a une histoire antérieure à l'existence même du Venezuela et de la Colombie, est aussi une nation. Regarde, une contradiction. Nous, nous nous sentons comme la Bolivie qui est plurinationale. Nous sommes nationalistes mais nous acceptons aussi la plurinationalité. Est-ce une contradiction ? Oui, c'est une contradiction. Que celui qui n'a pas de contradictions nous jette la première pierre.

Nous pouvons considérer que vous, bien qu'il y ait une contradiction, êtres plus préoccupé par la classe ouvrière de n'importe quel territoire que d'une lutte au Venezuela pour des territoires ou des identités ?Non ?

Ernesto Villegas : Evidemment. Mais regarde. Il y a un livre très intéressant que je te recommande en tant que chercheur : « La fin de la modernité juive, » d'Enzo Traverso. Des notions comme l'internationalisme prolétaire de Marx ont des racines culturelles dans le cosmopolitisme juif parce que Marx était un Juif non-juif. C'était à dire que c'était un Juif qui a transcendé le religieux, il était athée mais culturellement, il était Juif.Peut-être sans s'en rendre compte comme Trotski qui était aussi un Juif non-juif et un autre passionné de l'internationalisme de la révolution permanente. Il exprimait culturellement dans ses idées politiques sa notion du cosmopolitisme qui est une vision très propre au peuple juif. Pour nous, il ne se passe pas la même chose. Nous, évidemment, nous voyons que les frontières réelles sont des frontières de classe. Les frontières sont celles de al classe sociale, c'est sûr. Mais en même temps, nous reconnaissons comme création culturelle l'idée de nation. Quand le néolibéralisme prétend limiter les racines de nos corps pour diluer votre identité et mieux vous dominer, nous, nous trouvons dans l'identité nationale un élément de cohésion. Chávez a été un maître en cela. Et plus encore avec le peuple colombien. Nous, non seulement nous nous reconnaissons Vénézuéliens, nous nous reconnaissons héritiers d’une idée bolivarienne qui, à l'origine, était mirandienne, de Francisco de Miranda, dans le cadre de ce projet qui était la Grande Colombie. Nous savons que ce peut être une contradiction verbale pour celui qui nous écoute mais pour nous, c'est très clair. Notre nature a autant de poids dans notre conception du monde qu'une idée orthodoxe au sujet de l'existence des classes sociales, la lutte qu'elles se livrent entre elles et la nécessité de les abolir en tant que fierté et compréhension de nos origines. En plus, elle a aussi à voir avec l'expérience de l'échec du socialisme sous d'autres latitudes qui a discrédité le sujet des nationalités dans beaucoup de cas et a imposé des formes qui ne sont pas enracinées dans les peuples où elles ont été essayées. Il ne peut y avoir de création aérienne d'un socialisme dépendant des réalités culturelles des peuples qui doivent le construire. Et là où nous en sommes, c'est le grand apport de Chávez. Chávez réunit autour du projet du « socialisme bolivarien du XXI° siècle » des personnes qui ont une croyance religieuse marquée (des chrétiens évangéliques) et des athées militants, il réunit des gens liés au monde de l'armée et des gens qui viennent des rangs de la guérilla, qui ont été ennemis dans les années 60. Chávez a eu la capacité de former un casse-tête assez impensable auparavant.

Puisque vous parler de frontières de classe en conservant encore l'élément national, je comprends que vous n'accorderez aucune importance à la revendication de l'Esequibo, ou je me trompe ? Parce que le Venezuela va amener le litige avec le Guyana à la Cour Internationale de Justice le 30 juin.

Ernesto Villegas : La politique du Commandant Chávez et le politique du président Maduro a été un rapprochement avec le peuple guyanais, étant entendu que cet affrontement a été basée sur les projets impérialistes aussi bien des Etats-Unis que de l'Angleterre à son époque. Nous, pendant les années du Commandant Chávez, avons développé une coopération importante avec le peuple et le Gouvernement du Guyana. Maintenant, il y a eu une attitude hostile, en particulier de la part du président Granger, qui a obligé le Venezuela à défendre ses droits. Il y a aussi des intérêts entremêlés des grandes compagnies pétrolières transnationales qui ont signé aves le Gouvernement guyanais des accords qui peuvent porter atteinte aux intérêts du Venezuela. Ce litige n'est pas réellement un litige avec le peuple du Guyana, c'est réellement un affrontement avec les élites et en particulier avec les transnationales qui dont les mains trempent dans ce conflit.

Respecterez-vous la décision de la Cour Internationale de Justice si elle ne reconnaît pas la souveraineté du Venezuela sur ce territoire ?

Ernesto Villegas : Si je me souviens bien, parce que je ne se suis pas occupé directement de ce sujet, nous, nous avons insisté pour que la figure du médiateur soit maintenue aux Nations Unies et nous avons souhaité que toute décision soit le produit d'une entente amicale, écartant toujours le scénario de la guerre qui l'un de ceux par lesquels l'impérialisme nord-américain a réussi à imposer son hégémonie. Ils ont favorisé des guerres entre nos pays pour échapper à la leur. Moi, en ce moment, en tant que Ministre de la Culture, je dois m'abstenir d'exprime rune opinion sur toute sentence des instances internationales sur l'Esequibo parce que ce problème a des connotations qui ne concernent que notre Chancellerie. Mais je peux donner des éléments qui pourraient aider à comprendre mieux ce conflit. Ce n'est pas que le Venezuela, égoïstement et refusant de reconnaître les droits du peuple guyanais, cherche à commettre un quelconque abus. Au contraire. Rappelons que la carte du Venezuela incluait ce territoire comme une partie intégrante de la Capitainerie Générale du Venezuela.

A propos de l'impérialisme dont vous parlez, récemment, Luis Almagro a été réélu à la tête de l'Organisation des Etats Américains (OEA), une des organisations dont vous dites qu'elles collaborent avec l'impérialisme. Et avec le soutien du représentant du Venezuela qui n'est pas reconnu par son Gouvernement. L'Organisation des Etats Américains est-elle légitime pour contrôler les politiques et les processus électoraux de la région ?

Ernesto Villegas : L'OEA n'a fait que se discréditer elle-même.Mais elle l'a fait en élisant une fois de plus monsieur Almagro comme son secrétaire général. Imagine-toi qu'il n'a pas ouvert la bouche pour condamner les violations des Droits de l'Homme aux Etats-Unis. Il n'a absolument rien dit. Il n'a pas compris ce qui s'est passé, cette rébellion populaire face au racisme et à l'injustice, la-bas, aux Etats-Unis. C'est vraiment, comme disait le Che Guevara, le Ministère des colonies. C'est une institution faite à l'image et à la ressemblance des intérêts des Etats-Unis. C'est pourquoi il est triste qu'il y ait eu cette convergence de Gouvernements de droite comme tu l'as remarqué, qui mettent des obstacles sur le chemin du renforcement de l'UNASUR (Union des Nations Sud-américaines). Une instance comme l'UNASUR, où les Etats-Unis et son allié le Canada ne sont pas présents, a plus de légitimité latino-américaine pour aborder nos problèmes. Mais dans les conditions actuelles, chaque jour qui passe, l'OEA se discrédite un peu plus parce que simplement elle est destinée à atteindre des objectifs de la politique étrangère étasunienne. 

Précisément, cette semaine, on a publié un rapport qui remet en question la soi-disant fraude électoraleen Bolivia en 2019. Des entités comme le Groupe de Puebla ont déjà demandé à Jeanine Áñez de rendre le pouvoir. Du point de vue du Gouvernement du de Venezuela, monsieur Villegas, qui devrait être aujourd'hui président ou présidente de la Bolivie? SN3 P4 L4

Ernesto Villegas : L'OEA est un instrument de la politique étrangère étasunienne. Et la politique étrangère étasunienne avait pour objectif de renverser le président Evo et c'est ce qu'elle a fait. Ainsi, elle a réussi et c'est à cela qu'a travaillé Almagro. Et pour ça, il a gagné le prix du meilleur employé du mois. Ce prix lui a servi à être réélu. Dans le cas d' Evo, je vais te proposer une comparaison. Je ne sais pas si tu te souviens du 23 février de l'année dernière, quand a été donné à Cúcuta ce concert populaire qui était le prélude à une incursion étrangère au Venezuela déguisée en aide humanitaire. A cette occasion, j'ai publié sur mon compte Twitter des vidéos que m'ont fournies des camarades de Colombie, de chaînes de télévision colombiennes, sur lesquelles on voit clairement que les bombes incendiaires lancées du côté colombien anti-chaviste ont été celles qui ont incendié les camions qui transportaient la soi-disant aide humanitaire. En plus, on a découvert que les marchandises étaient très pauvres. Mais il s'est passé, j'estime, 15 jours ou 1 mois avant que le New York Times publie une étude confirmant que cette soi-disant aide humanitaire avait été brûlée comme je te l'ai dit. C'est à dire qu'elle avait été brûlée par les opposants à Maduro. Mais tous ces jours et toutes ces nuits sont passées avant que le New York Times le publie.

Maintenant, il se passe la même chose avec Evo et c'est un nouveau format que je peux, en empruntant cette expression, qualifier de « vérité retardée. » Qu'est-ce que cela signifie ? Que les grands médias de l'industrie de la communication permettent qu'on conçoive des patrices grâce auxquelles on provoque le renversement violent d'un Gouvernement ou une tentative de renversement violent d'un Gouvernement. Et ensuite, quand tout est fini, tu laves ou tu blanchis ta crédibilité en publiant une étude qui dit : « celle que nous avons publiée il y a 15 jours, 20 jours, 3 mois, 8 mois... n'était pas la vérité, la vérité, c'est celle-ci. » Mais c'est déjà fini. C'est l cas pour Evo. C'est fini. Maintenant, le New York Times lave son visage entre guillemets, se lave le visage avec un chiffon sale et ce format de la vérité retardée sera présent à l'avenir pour d'autres situations. C'est très dangereux. Nous, nous l'avons vécu au Venezuela avec le coup d'Etat du 11 avril 2002 contre Chávez. Une marche de plusieurs milliers de personnes soi-disant attaquée par des pistoleros chavistes provoque un soulèvement militaire et le renversement de Chávez. Après, on démontre que ce récit n'était pas la vérité mais Chávez avait été renversé. Dans ce cas, le cas du Venezuela, le peuple est sorti dans la rue et a remis Chávez en place. Mais il s'était passé exactement la même chose et c'est aussi arrivé avec Allende mais les rythmes étaient différents pour Allende. Nous devons être très en alerte parce qu'une bonne partie des informations internationales que nous consommons sont filtrées par des ordres du jour destinés à créer des états de l'opinion publique pour justifier certaines actions. Dans le cas du Venezuela, ils abondent et je suis sûr que dans le soi-disant refus du fait qu'ils réussissent à obtenir gain de cause au Venezuela et qu'ils renversent le Gouvernement bolivarien, 15 jours 3 mois, 6 mois, 2 ans, 3 ans après... commenceraient à apparaître des informations disant « caramba, c'était un mensonge, ce n'est pas vrai que Maduro telle ou telle chose. » Regarde les armes de destruction massive en Irak, s'il te plaît. Maintenant, même Trump le confirme. Un livre que je te conseille, c'est celui de Bob Woodward, un des journalistes du Watergate. Il s'appelle « Nier l'évidence. » et il parle de l'inexistence des armes de destruction massive en Irak. Colin Powell, au Conseil des Nations Unies, avait montré un faux anthrax comme preuve qu'en Irak, ils fabriquaient des armes de destruction massive. Le chef d'Etat en fonction des Etats-Unis l'a dit lui-même. Colin Powell l'avait déjà dit en 2004. Mais c'est la même chose, c'est le même format. Celui qu'ils utilisent contre Evo en Bolivia, celui qu'ils utilisent contre Maduro en Venezuela, celui qu'ils ont utilisé en Irak, celui qu'ils utilisent à Cuba. Disons que la création d'une opinion publique est un pouvoir dangereux pour la démocratie.

En effet, on a qualifié le renversement d'Evo Morales de renversement violent. Qualifieriez-vous le Gouvernement actuel de putschiste ?

Ernesto Villegas : Evidemment. On ne peut pas l'appeler autrement. C'est un gouvernement qui est le produit d'un acte fallacieux. Et regarde les paradoxes. L'OEA de monsieur Almagro félicite, donne sa bénédiction, lui baise les mains passe la brosse dans le dos de la présidente Jeanine Áñez en l'appelant « présidente » et n'exige pas qu'elle organise des élections. Ce Gouvernement n'est le produit d'aucun processus électoral. Par contre, de Maduro, on exige des élections ou on le remet en question quand dans son pays, on désigne un Conseil National Electoral conforme à la Constitution de la République. C'est un double langage qu'il faut être myope pour ne pas voir.

Mais vous, par exemple, qu'auriez-vous fait à la place de monsieur Morales? Auriez-vous reconnu l'audit de l'Organisation des Etats Américains et auriez-vous refait les élections ou vous seriez-vous proclamé vainqueur?

Ernesto Villegas : Moi, en tant que Ministre de la Culture, je ne peux pas exprimer es opinions personnelles à ce sujet mais je dois te dire que beaucoup de choses qui se sont passées en Bolivie ne se seraient jamais passées au Venezuela. Nous, ici, nous avons développé une capacité destinée à identifier très tôt les ordres du jour putschistes, les pièges, les coups de poignard dans le dos que la droite et ses chefs de l'Empire ont toujours en réserve. De sorte que ce qui s'est passé en Bolivie ne se passera jamais au Venezuela. Nous, nous avons déjà assez d'expérience.

Croyez-vous possible de reprendre le dialogue avec l'opposition ?

Ernesto Villegas : Imagine-toi que oui, je vois avec beaucoup d'espoir le fait qu'on ait désigné un Conseil National Electoral (CNE) qui, au-delà des opinions initiales que des agents de l’opposition ont exprimées, est composé par des personnes d'une tendance et de l'autre, qui ont une expérience dans le domaine électoral et je pense que nous nous rapprochons d'un processus électoral qui peut être guérisseur pour la société vénézuélienne.

Au cas où les conversations avec l'opposition reprendraient, Juan Guaidó est-il un interlocuteur valable pour votre Gouvernement ? 

Ernesto Villegas : Pour qu'on soit arrivé à ce Conseil National Electoral, il a fallu que les conversations aient lieu. Quand tu revois les noms de chacun de ceux qui ont été désignés et leur trajectoire politique, tu te rends compte qu'on n'a pu arriver à cet ensemble que grâce à un dialogue politique. Et je te dis, en outre, que souvent le dialogue est visible et d'autres fois pas tellement. Il y a une phrase de José Martí, l’Apôtre Cubain, que j'aime beaucoup : « La vérité de la politique est souvent dans ce qui ne se voit pas. »

Si on n'arrive pas à une entente politique, les élections présidentielles pourraient-elles être anticipées ? 

Ernesto Villegas : Je ne vois pas cela à l'ordre du jour. Ce que je vois plus, c'est un ordre du jour d’élections législatives. A propos de monsieur Guaidó, je pense qu'il a fini par être une gêne pour tout le monde. Pour ses propres camarades, qui ne savent déjà faire que faire de lui. C'est une espèce de vase chinois. Et c'est dommage parce que c'est un homme politique jeune et qu’il aurait pu avoir un rôle plus digne sur la scène politique vénézuélienne. Il a obtenu 90 000 voix quand il s'est présenté à la députation sous le précédent CNE qui ensuite, est devenu soi-disant illégitime. Figure-toi, c'est le monde à l'envers, comme disait Eduardo Galeano. Les porte-parole de la soi-disant illégitimité de la démocratie vénézuélienne sont le produit de processus électoraux organisés par ce CNE soi-disant maduriste, chaviste, macabre, satanique, que sais-je... Le fait est qu'ils s ont élus grâce à ce même système électoral. Alors, selon le cas, le système est bon quand il les favorise et dans d'autres cas, le système est mauvais quand il ne les favorise pas. Et je peux te dire, si ça avait été pour mes intérêts personnels, que je me suis présenté comme candidat 2 fois avec ce CNE et en étant une figure publique du chavisme. Les 2 fois, j'ai perdu. Alors, je devrais protester contre ce CNE chaviste qui ou m'a laissé perdre ou m'a fait perdre, selon l'optique anti-chaviste. Cette dictature est une curieuse dictature.

Le président Nicolás Maduro a accusé directement le président de la Colombie, Iván Duque, de superviser les mercenaires et les paramilitaires qui font des incursions au Venezuela. Pensez-vous de Duque est derrière les tentatives de coups d'Etat contre votre Gouvernement ?

Ernesto Villegas : Je vais te répondre avec les mots du chancelier Jorge Arreaza : « C'est la première fois que le Gouvernement des Etats-Unis n'est pas derrière un coup d'Etat mais devant. » Et évidemment, le Gouvernement colombien est avec lui. Ce ne sont pas des mouvements insurrectionnels ou des rebelles vénézuéliens soutenus à distance par des Gouvernements étrangers. Cette agression est une agression étrangère de la part de Gouvernements étrangers avec le concours de certains agents aventuriers de la police vénézuélienne. Evidemment, c'est un plan extérieur, pas intérieur. Ici, la plupart des Vénézuéliens, ce qu'ils veulent, c'est la paix, ils ne veulent pas d'actes de guerre. Laisse-moi te dire qu'on ne peut rien attendre d'un Gouvernement dont la vice-présidente, Marta Lucía Ramírez, a avoué devant le pays tardivement qu'elle a payé une caution pour faire libérer son frère condamné pour trafic d'héroïne aux Etats-Unis. Ça, c'est le Gouvernement colombien. C'est leur portrait à tous.

Pour terminer, une question sur les grandes puissances. Les relations avec la Chine et la Russie se sont notablement resserrées ces dernières années. Que pensez-vous de cette entrée de l'Asie en Amérique Latine en pleine époque de retour de la doctrine Monroe nord-américaine ?

Ernesto Villegas : Dans le cas du Venezuela, l'alliance stratégique avec la Russie et la Chine s'exprime explicitement dans le domaine politique mais nous sommes loin d'être le seul pays du continent qui de très bonnes relations avec la Chine. La Chine a des relations économiques extraordinaires avec d'autres pays du continent au-delà des affinités politiques et idéologiques. La présence de la Chine en tant que puissance mondiale est une donnée importante du cadre géopolitique actuel et futur de cette planète. L'initiative de la bande et de la Route est une initiative d'énormes proportions qui, évidemment, met en alerte son principal rival, les Etats-Unis. Et dans le cas de la Russie, nous avons aussi des relations très étroites du point de vue politique, économique et diplomatique avec le Gouvernement du président Vladímir Poutine, en plus d'une extraordinaire relation personnelle entre les présidents mais ce n'est pas non plus le seul cas. La Russie a récupéré une partie, pas toute évidemment, de l'influence qu'a eue à son époque l'ancienne Union soviétique, au-delà des clefs de la guerre Froide. La Russie a une politique étrangère très diverse et nous ne sommes pas une exception dans la région à avoir des relations avec ces 2 pays qui sont des puissances de référence dans le monde actuel.

Nous, nous soutenons et encourageons un monde multipolaire. Nous, nous ne voulons pas de mauvaises relations avec les Etats-Unis. Nous avons des relations traditionnelles avec ce pays qui sont assez longues et étroites, même du point de vue culturel. Ici, au Venezuela, l'un des sports les plus populaires est le base-ball. L'exploitation du pétrole a laissé ici son empreinte culturelle. Et nous avons aux Etats-Unis une communauté vénézuélienne très importante qui a amené là-bas, au-delà des différences politiques, notre propre identité culturelle jusqu'à un point inimaginable. Nous, nous souhaitons les meilleures relations avec tous les pays. La seule chose que nous demandons, c'est ce que nous leur offrons : le respect. Rien de plus.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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