Breaking News

Porto-Rico. Les pays les mieux préparés à affronter les ouragans

08 Nov 2020 Ángel Martínez Niubó
691 fois

San-Juan. Dimanche 8 Novembre 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Après l’ouragan María, les autorités de Porto Rico ont annoncé 64 morts mais l’université de Harvard estime qu’il y en a eu entre 1 400 et 5 740.

Du 1er   juin au 30  novembre, l’océan Atlantique  vit, chaque année, l’a saison des ouragans. Lesquels ont été les plus dévastateurs ? Tous les pays se préparent-ils de la même façon pour empêcher les dégâts des cyclones et des ouragans ?

La côté est des Etats-Unis, le golfe du Mexique et les pays des Caraïbes sont sur la route de ces phénomènes météorologiques.

Un même ouragan est capable de traverser et de toucher plusieurs pays. Pourquoi les dégâts ne sont-ils pas les mêmes  dans tous les pays ? Comment se préparent-ils en attendant le passage de ces ouragans et quels sont, ensuite, les plans destinés à la réparation des dégâts ?

Particularités des cyclones tropicaux 

Quand on parle d’ouragan, on pense immédiatement à des vents violents et de fortes pluies mais c’est bien plus : un ouragan, décrit par l’organisation météorologique mondiale, est un phénomène météorologique qui se caractérise par un tourbillon fermé autour d’un centre de basse pression.

Habituellement, les cyclones tropicaux se forment sur les côtes de l’est de l’Afrique et vont vers l’ouest. Leurs vents tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. 

Une légende répandue dans toutes les Caraïbes prétend que l’ouragan est l’esprit d’une femme africaine qui a été enlevée, violée frappée, assassinée et jetée à la mer par-dessus bord d’un bateau d’esclaves en route vers l’Amérique. C’est pourquoi, selon la légende, tous les ouragans de la région prennent naissance sur le point d’exode de l’Afrique, le point de commercialisation des esclaves de l’Atlantique et frappent les endroits où les esclaves étaient vendus.

Mais, au-delà du mythe, ce qu’on peut constater, c’est que des vies sont perdues chaque année et que ces ouragans font d’importants dégâts matériels sur leur passage.

L’ouragan  María: la route vers Porto Rico

Selon le « rapport sur le cyclone tropical : l’ouragan María » de Richard J. Pasch, Andrew B. Penny et Robbie Berg, l’ouragan María a pris naissance dans une onde tropicale apparue sur la côte ouest de l’Afrique, le 12 décembre 2017.

Le 16 – à 1,070 km de l’île de la Barbade – elle est devenue une dépression tropicale. 6 heures plus tard, selon les données du Centre National des Ouragans de Miami, elle s’est transformée en tempête tropicale et dans les dernières heures du 17, elle était déjà un ouragan.

Son intensification n’a  pas cessé. María a doublé la force de ses vents en à peine quelques heures et d’ouragan de catégorie 1, il est devenu un ouragan de catégorie 5 en seulement 24 heures. María a touché la terre en Dominique le 19 septembre de cette année-là et il est devenu le premier ouragan de catégorie 5 à affecter cette île des Petites Antilles.

Selon les estimations du Gouvernement de cette île, l’ouragan a causé des dommages à 90% des structures de la Dominique. L’agence de gestion des urgences concernant les désastres des Caraïbes (CDEMA) a estimé que l’ouragan a causé « des millions de dollars » de dégâts.

Le journal St. Lucía Times, du 20  septembre de cette année-là a parlé de 27 morts. Bien que l’œil de l’ouragan n’ait pas touché terre en Martinique, le secteur agricole a subi des dommages sur  70% des cultures de bananes et les vents ont privé d’électricité pratiquement toute l’île.

L’ouragan María est arrivé à Porto Rico le 20 septembre en catégorie 4. Après être arrivé dans le sud-est de l’île, on a enregistré des rafales de vent 175 mph dans le port de Yabucoa et de 190 mph dans le camp de Santiago. En outre, on a enregistré de très fortes  précipitations sur tout le territoire.

Selon le service météorologique national, des inondations généralisées ont touché San Juan, atteignant 6 pieds de hauteur dans certaines zones et de nombreuses constructions ont causé au moins  90 000 000 000 de $ de dégâts.

L’électricité : lenteur et indifférence

Il y a eu des lenteurs qui ont provoqué plaintes :

  • le 26 septembre 2017, 95% de l’île n’avait pas l’électricité,
  • le 6 octobre, un peu plus de 2 semaines après le passage de l’ouragan, 89% de l’île n’avait toujours pas l’électricité,
  • 1 mois plus tard, le 20 octobre, 88% de l’île (environ 3 000 000 de personnes) n’avait toujours pas l’électricité,
  • le 26 septembre, 95% n’avait pas de réseau de téléphone portable, selon la NOAA.
  • le 6 octobre, 58% n’avait toujours pas de réseau de téléphone portable,
  • le 20 octobre, seulement 49,1% des tours de téléphonie portable fonctionnaient.

Bien que l’absence d’électricité, la pénurie d’eau et l’absence presque totale de communications aient paralysé l’île, c’est le nombre de morts rapportés qui a causé la polémique et l’indignation.

Le nombre de morts indiqué initialement par les autorités de Porto Rico était de 64 mais ce chiffre a été modifié après qu’une étude réalisée par l’université de Harvard ait estimé qu’il se situait entre 1 400 et 5 740.

Cette étude a été publiée dans la revue scientifique New England Journal of Medicine. Elle est basée sur une enquête aléatoire réalisée dans 3 299 foyers de Porto Rico. alors, on s’est posé des questions sur les morts et les causes de ces morts. On a comparé les résultats avec des chiffres de l’année précédente et on a conclu que 4 645 personnes de plus étaient mortes que pendant la même période de 2016.

« L’interruption des soins médicaux a été la première cause du taux de mortalité élevé et soutenu dans les mois qui ont suivi l’ouragan, une découverte concordante avec la détérioration des systèmes de santé largement évoquée, » note l’enquête.

« Nos résultats indiquent que le chiffre officiel de 64 est une sous-évaluation importante de la véritable mortalité après l’ouragan María, » indique l’étude de l’école de santé publique de l’université de Harvard en collaboration avec les universités  Carlos Albizu et Ponce, de de Porto Rico. Beaucoup de gens sont morts à cause de l’absence de soins médicaux, d’électricité et d’eau potable.

María avait donc fait plus de morts que l’ouragan Katrina (2005). On estime que Katrina a fait 1 833 morts.

Cette information fichait par terre les déclarations du président étasunien Donald Trump.  En octobre de cette année, quand il s’est rendu sur l’île,  Trump a dit aux autorités portoricaines qu’elles devaient être « fières » que le nombre de morts – à ce moment-là, seulement 16 – n’était pas aussi important que ceux « d’une véritable catastrophe » comme Katrina.

Il faut rappeler que l’ex-secrétaire à la sécurité intérieure des Etats-Unis, Elaine Duke, avait révélé que le président des Etats-Unis se demandait en 2017 si cette île pouvait être vendue.

Porto Rico vivait-il déjà un cataclysme avant le passage de María ?

Le changement climatique et les graves dégâts occasionnés à la nature par l’ordre mondial actuel facteur d’accélération de ces « phénomènes naturels » sont des sujets récurrents dans les médias.

Narciso Isa Conde, homme politique, écrivain et essayiste dominicain a écrit sur le site de la República: « Mais on sait peu et on dit peu – quelque chose de calculé froidement dans l’ordre du jour du pouvoir médiatique – que Porto Rico était en faillite avant que ces phénomènes ne le touche (les ouragans Irma et María). »

La maire indépendantiste actuelle de la ville de San Juan de Puerto Rico, Carmen Yulín Cruz, sur la quatrième de couverture du livre « La bataille pour le paradis : Porto Rico et le capitalisme du désastre » de Naomi Klein, écrit : « Les ouragans Irma et María ont démasqué le colonialisme que nous affrontons à Porto Rico et les inégalités qu’il fomente en créant une grave crise humanitaire. »

Pour Isa Conde, « Porto Rico était en faillite et menacé par le plan d’austérité antipopulaire, par le loi Promesse et en subissait les conséquences dans le durcissement du colonialisme et les politiques néo-libérales. » Porto Rico – disait Isa Conde – subissait l’augmentation des privatisations, des inégalités sociales, des licenciements massifs. Porto Rico, concluait la maire, souffrait déjà de « l’appropriation par le privé du système électrique et des coupes brutales dans les politiques sociales. »

Katrina: la route vers les Etats-Unis

George W. Bush était président des Etats-Unis quand l’ouragan  Katrina est arrivé à la Nouvelle Orléans.

« Le problème n’a pas été que j’ai pris de mauvaises décisions, c’est qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour décider, » a écrit Bush. La question est : Un présiden ne doit-il – surtout en cas de catastrophe – capable de prendre des décisions rapides et intelligentes ?

L’ouragan  Katrina s’est produit lors de la saison des cyclones 2005. Il s’est formé dans le sud-est de l’archipel des Bahamas le 23 août. 

La tempête a pris la direction de la Floride et s’est transformée en ouragan 2 heures avant de toucher terre dans cet état, dans la matinée du 25 août. Katrina s’est affaibli en touchant la terre ferme mais est redevenue un ouragan 1 heure après être entré dans le Golfe du Mexique.

Le 27 août, il est passé en catégorie 3 et a continué à s’intensifier jusqu’à atteindre la catégorie 5 dans la matinée du  28 août. Ce même jour, ses vents ont atteint 280 km/h et il est devenu le quatrième ouragan le plus forte de ceux enregistrés dans l’Atlantique jusqu’alors.

Le miracle cubain

Les cubains ont affronté certaines des tempêtes les plus violentes que les tropiques aient créées avec un nombre de morts étonnamment bas et un respect presque parfait des ordres d’évacuation, » a écrit  Ruth Morris en 2005, sur le site de Sun-Sentinel, peu après le passage de l’ouragan Katrina aux Etats-Unis.

Qu’est-ce qui étonnait Ruth Morris ? Quelles statistiques Cuba peut-elle montrer qui provoquent l’étonnement de la communauté internationale par rapport au reste des pays de la région ?

Bien avant le début de la saison des ouragans, les Cubains réalisent des sessions d’entraînement avec des simulations d’évacuations et un contrôle des plans d’urgence.

Selon le texte « Innovations dans les systèmes d’alerte saisonnière et les plans d’affrontmeent des désastres : l’expérience cubaine, » les Cubains font une estimation du risque lié à chaque événement, planifient les ressources pour réduire le risque, forment et entraînent la population et organisent la réponse destinée à réparer les dégâts selon le niveau de risque de chaque communauté.

Les statistiques cubaines sur l’évacuation, disponibles dans ce texte, témoignent que, par exemple, quand les ouragans Ike et Ivan sont passés sur l’île, Cuba a protégé plus de 2 000 000 de personne dans les 2 cas : 2 266 066 pour Ivan et 2 615 794 Pour Ike. Beaucoup de gens sont mis en sécurité et des refuges sont organisés par l’Etat lui-même.

L’aide qui est apportée aux refuges cubains

L’ouragan Irma, de catégorie 5, a touché toute Cuba en 2017. après chaque ouragan, les réfugiés restent dans les abris jusqu’à ce que la situation redevienne normale et qu’on ait évalué les dégâts.

Yaguajay, une des municipalités de Sancti Spíritus, une  province cubaine située dans le centre de l’île, a senti l’ouragan toucher terre. Rolando Alonso Díaz, sous-directeur provincial pour la culture, a dit à Telesur que plusieurs fois, l’action de la défense civile cubaine l’a ému.

« Ceux qui se trouvent dans des zones dangereuses sont évacués bien avant. Le personnel de la défense civile fait tout, à toute heure, pour sauver des vies. Mais le système d’alerte précoce favorise encore plus cela. »

Les abris cubains, assure le sous-directeur pour la culture, possèdent des médecins, des infirmiers et des psychiatres et sont approvisionnés en eau potable, en laiments et en téléviseurs. « On peut dire que quand l’ouragan Irma est passé sur notre région, 16 brigades artistiques ont été formées pour visiter les refuges et agir là. Des artistes professionnels, des brigades d’instructeurs en art, des musiciens, des écrivains, l’art se met à la disposition de ceux qui en ont le plus besoin. »

240 activités ont été réalisées et les manifestations de solidarité se sont produites dans tout le pays.

Les statistiques peuvent illustrer chaque mot. La saison des ouragans nepeut pas prendre les Caraïbes par surprise. Rolando Alonso rappelait à Telesur unephrase du poète cubain José Martí: « On ne doit pas voir les dangers quand on les a au-dessus de la tête mais quand on peut les éviter. »

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires