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Guadeloupe. Somnambules du Soleil Par Maryse Condé, écrivain, marraine d’ÉCLATS D’ÎLES

26 Avr 2018
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Basse-Terre-Capitale. Jeudi 26 avril 2018. CMA. « Quand je grandissais, la Guadeloupe ne possédait pas encore de musées. J’étais bien forcée de me rabare sur les seules beautés de la Nature.

Tout m’était bon : les randonnées avec mes parents, les promenades que je faisais seule sur ma bicyclee ‘Pigeon Volant’.

Je ne savais pas ce que je préférais : la lourde écharpe bleue de la nuit s’abaant du ciel et noyant les contours des êtres et des choses, les abords feuillus du volcan, son cratère dénudé et béant, les eaux fuligineuses des Bains Jaunes.

J’aimais par-dessus tout la mer, verte ou bleue, empanachée d’écume, se jetant comme une femme folle sur les rochers et les cayes, ou bien douce comme une image, venant lécher le sable d’or des plages.

Comme mes journées étaient absorbées par une série d’occupaMons fasMdieuses : aller à l’école, apprendre ses leçons, rédiger des devoirs ou s’iniMer au piano chez Monsieur Démon où je répétais éternellement les mêmes gammes, je me réservais pour le soir, quand la nuit était tombée. Alors les portes de ma chambre s’envolaient et de somptueuses vignees venaient m’assaillir dans mon sommeil.

Grâce à ce subterfuge, je réalisais très tôt que le rêve sied à la beauté. Il lui confère sa magie et décuple son pouvoir de séducMon.

À la fin de la guerre, après 1945, mes parents retrouvèrent leurs séjours en France et m’emmenèrent avec eux. Je passe sur la terrible désillusion que me causa Paris, ville

froide, ville triste où seuls les Mckets de raMonnement meaient du goût dans les aliments. Chaque maMn je me rendais transie de froid jusqu’à mon lycée-prison. Un jour dans les acMvités scolaires le professeur de français nous emmena à la Sainte Chapelle qui s’élevait au cœur de l’île de la Cité et avait été bâMe sous le règne de Saint-Louis, nous expliqua-t-il. Je n’avais rien prévu de tel et stupéfiée, considérais la splendeur des vitraux or ou bleu qui me cernaient. Cela suffit à déclencher en moi une fringale qui perdura pendant des années et me conduisit en Italie, en Espagne ou au Pays Bas.

Durant les années que je passais en Afrique je découvris une noMon capitale : l’art n’est pas unique. Il n’est pas univoque. Selon la société à laquelle il apparMent, l’arMste crée une beauté qui parait singulière, parfois même choque et déplaÎt. C’est ainsi que pendant longtemps seuls furent reconnus les trésors de l’Occident. Heureusement il n’en est plus de même à présent et un musée comme celui du Quai Branly est là pour en témoigner.

Un enfant qui grandit aujourd’hui en Guadeloupe fait sans doute l’économie du long parcours qui a été le mien. S’il sait d’emblée que sa terre est belle, il n’ignore pas non plus qu’elle possède des créateurs et que ceux-ci déversent la magie à pleines mains. Il sait que certains sont autodidactes, que d’autres ont étudié à l’étranger mais qu’ils se retrouvent dans la même recherche de beauté.

À cause d’eux il se pose des quesMons : l’art est-il tributaire d’un engagement poliMque ? Il

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