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Saint-Martin. Daniel Gibbs : " La lutte contre l'esclavage se poursuit..."

29 Mai 2018
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Marigot. Mardi 29 mai 2018. CCN. Lors de la première commémoration de l'abolition de l'esclavage à Colombier le 28 mai, le Président Daniel Gibbs a prononcé un discours ci-dessous. 

 

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Je suis très heureux de votre présence à Colombier ce matin pour ces commémorations du 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage.

Une commémoration qui pour la première fois se déroule un 28 mai, date historique de l’abolition de l’esclavage à Saint-Martin qui a été révélée par les recherches de madame Daniella Jeffry que je salue, avec le soutien de la Direction des Archives Territoriales et du Patrimoine de la Collectivité pour les procédures administratives. 

Je remercie madame la Préfète et ses services qui nous ont accompagnés dans cette démarche qui a abouti à la publication d’une circulaire nous autorisant à célébrer ce lundi 28 mai. Reste désormais à obtenir le décret ministériel définitif qui fixera le 28 mai comme date officielle de commémoration à Saint-Martin.

Pouvoir commémorer cet événement majeur de notre histoire à la bonne date était pour nous Saint-Martinois un acte historique important et je me réjouis de vous retrouver ce lundi 28 mai, à Colombier.

Cette célébration a été « délocalisée » cette année, puisque nous ne fêtons pas cet événement aux pieds de Lady Liberty, mais au cœur de l’un des plus pittoresques et authentiques villages de Saint-Martin.

C’était une volonté de ma part d’être ici ce matin. Et je m’en félicite car comme tous les Saint-Martinois sans doute, j’ai une tendresse particulière pour Colombier…

Pour ses paysages bien sûr, son patrimoine sauvegardé, pour ces témoignages de notre histoire matériels ou immatériels mais tellement palpables, pour cette odeur incomparable de terre retournée après la pluie et le thermomètre qui chute subitement à l’abri des grands arbres... Mais surtout parce que pour le Saint-Martinois que je suis, Colombier représente le Saint-Martin d’antan, celui fièrement, solidement campé sur ses valeurs de solidarité et d’entraide.

Le temps ne semble pas avoir de prise sur Colombier et la sauvegarde et la mise en valeur de cette authenticité, nous la devons aux familles qui y vivent depuis toujours et qui cultivent, au quotidien, ce vivre-ensemble chaleureux.

C’est donc avec une émotion plus forte encore cette année, que je partage cette commémoration du 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage avec vous tous ce matin...

En 1794, la Première République abolit l'esclavage dans les colonies françaises.

Rétabli par le Consulat en 1802, il fut définitivement aboli à l'initiative de Victor Schoelcher par la Deuxième République, le 27 avril 1848.

Des dates qui nous prouvent, s’il en était besoin, que l’esclavage n’est pas compatible avec la République.

Profondément républicain, je n’oublie pas que la République s’est construite avec le mouvement abolitionniste, mais je n’oublie pas non plus, que si 1848 fut l’année de l’abolition, elle marque aussi le début d’une très longue période d’oubli : il a fallu des décennies en effet pour que l’on commence enfin, à sortir du silence et des non-dits et que l’on commence, ensemble, à faire face à cette abomination de notre Histoire.

Oui, il en a fallu du temps avant que la détermination du commandant Delgrès, le courage de Toussaint-Louverture, la résistance de la mulâtresse Solitude ou des Marrons Dimitile et Cimendef trouvent enfin une place timide dans les manuels scolaires de nos enfants...

Ils sont pourtant, au même titre que nos révolutionnaires et que nos résistants, des héros de l’Histoire de France.

Il reste du chemin à parcourir bien sûr, pour que la mémoire même de l’esclavage trouve pleinement sa place dans notre Histoire nationale, mais je suis fier que notre pays ait été le premier pays au monde, en 2001, à inscrire dans la loi, la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

La lutte contre l’esclavage se poursuit, car elle n’est pas un combat passéiste : c’est, au contraire, un combat du présent.

Le racisme est né de l’esclavage, parce qu’il fallait une justification, celle de l’existence de « races » inférieures, pour faire d’un homme un « bien meuble » selon les termes du Code Noir.

Les tragédies d’hier, les luttes de nos ancêtres exigent de nous le plus grand respect et la plus grande vigilance, elles nous imposent un combat quotidien contre les discriminations. Surtout quand ces discriminations, en ces temps de crise et de perte de repères, mettent tant à mal la société française.

La lutte contre l’esclavage est d’actualité également, car selon les Nations Unies, quelque 40 millions de personnes dans le monde en demeurent victimes.

L’esclavage, l’exploitation de l’homme par l’homme, le travail forcé des enfants, la marchandisation du corps des femmes… Tout cela perdure toujours dans les faits. Vous avez sans doute encore en tête, comme moi, ces images insoutenables filmées par CNN récemment, de ces migrants Africains capturés en Lybie, et vendus sur un marché comme du bétail. Ces tristes réalités n’ont pas disparu, elles sont quotidiennes, elles touchent des millions de personnes. Ce sont des réalités qui défient chaque jour l’humanité toute entière, mais aussi la France, dans ses valeurs et dans sa devise.

Le combat pour les droits de l’Homme réclame notre acharnement.

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