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Martinique. Dénomination du Centre Culturel – Tiers-Lieu Antoine TANGAMEN dit « Zwazo »

10 Aoû 2020
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Fort-de-France. Lundi 10 Aout 2020. CCN. Le domaine situé sur l’habitation Gradis à Basse-Pointe accueille le public depuis 2018. La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a souhaité faire de cette ancienne habitation acquise en 2015, un espace dédié à la culture et aux arts, plus spécifiquement en direction du jeune public scolarisé dans le Nord-Atlantique.

La Collectivité souhaite aujourd’hui dénommer ce centre culturel, présenté jusqu’à maintenant avec le nom des anciens propriétaires des lieux, une famille de négociants et d’armateurs bordelais qui ont pratiqué le commerce et la traite négrière au XVIIIe siècle.

Le centre culturel Gradis prend aujourd’hui la dénomination de Centre culturel Antoine TANGAMEN dit « ZWAZO », Antoine TANGAMEN (1902-1992) est un personnage important pour la communauté Indo-Martiniquaise. Cet homme a grandi et passé toute sa vie sur l’habitation Gradis, où il a exercé différents métiers sur l’habitation, avant d’en devenir le commandeur durant plus de trente ans.

Antoine TANGAMEN a été un prêtre particulièrement respecté dans la communauté Indienne, officiant dans les nombreux temples hindous de la Martinique. Il faisait partie des derniers prêtres hindous pratiquant la langue Tamoule. Il a participé à la conservation et à la transmission des rites et des chants du pays d’origine de ses ascendants.

Antoine TANGAMEN fut un témoin indiscutable des mutations de la société d’habitation du XXe siècle.

En proposant de donner le nom de Antoine TANGAMEN dit « ZWAZO » au centre culturel situé sur l’habitation GRADIS à Basse-Pointe, la Collectivité Territoriale de Martinique, entend ainsi, rendre hommage à ces Martiniquais d’origine Indienne, dont les nombreux apports participent de la richesse de la culture Martiniquaise.

Aussi, est-ce tout naturellement que les représentants de la famille de l’intéressé ont donné leur accord pour que ce site culturel porte désormais : le nom de Antoine TANGAMEN dit « ZWAZO », et la Collectivité Territoriale de Martinique les en remercie chaleureusement.

Biographie deBasile Antoine TANGAMEN dit "Zwazo" (1902-1992)

zwazoBasile Antoine TANGAMEN est né le 2 janvier 1902.

Il n’a que quatre mois lors de l’éruption de la Montagne Pelée.

Le nom «TANGAMEN » (tamoul standard TANGAMMAA) lui fut attribué par erreur par l’officier d’Etat civil, une tierce personne ayant été désignée pour déclarer la naissance de l’enfant. C’est en effet, le nom indien de sa mère Pauline CARPAYE, « TANGOMEN », qui est consigné dans les registres d’état civil. Ce nom est dérivé de Tangam « or » en tamoul ; la traduction littérale de ce nom est « mère en or » ou comme terme d’adresse affectueux, revêtant alors la signification de « mon or », singulièrement à l’adresse des nourrissons.

Celui que l’on surnomme « Zwazo » serait issu de la deuxième ou de la troisième génération d’indiens de Martinique par sa mère et au moins de la troisième génération par son père.

Pauline CARPAYE, sa mère, est amarreuse et Joseph NALLAMOUTOU, son père, est conducteur de cabrouet. Ils travaillent tous les deux sur l’Habitation Gradis à BASSE-POINTE.

Jusqu’à l’âge de douze ans, Antoine TANGAMEN intègre les « tibann », ateliers d’enfants, où il assure des travaux mineurs comme l’épandage du guano* ou le ramassage des feuilles de canne devant nourrir les animaux de l’Habitation. Au sortir des « tibann », il occupe toutes sortes d’emplois, coupe de la canne, conduite des cabrouets, sarclage...

Dix ans plus tard, il est Maître Commandeur sur la plantation et le reste durant plus de 30 ans. Contremaître des récoltes de la canne à sucre, il est un rouage essentiel de l’espace plantationnaire. Il est l’interface en effet, entre les commandeurs subalternes et la hiérarchie (propriétaire, géreur, économe, commandeur, commandeurs subalternes, ouvriers).

A ce titre, il distribue les tâches journalières, contrôle l’exécution des travaux, exige le maximum de productivité, rapporte à l’économe les jours de présence de chaque ouvrier et les tâches exécutées par chacun, assiste l’économe le jour de la paie. Il a le pouvoir de proposer au géreur recrutements, gratifications, sanctions.

Il se marie à deux reprises, à l’âge de 20 ans avec Mademoiselle Louise AÏNAMA le 3 juin 1922 et avec Mademoiselle Gérard MOOTHAMALE le 10 décembre 1958.

Officier cérémoniel de la religion hindouiste, ce Vatialou (prêtre-interprète), dernier grand tamoulophone de l’île, chanteur du Ramayana, interprète des paroles sacrées.

Il décède le 22 avril 1992 à 90 ans, dans sa case de Gradis, au terme de plusieurs hospitalisations.

Deux univers auront coexisté en lui, l’univers de la plantation martiniquaise post-esclavagiste et l’univers cultuel. Il est l’interlocuteur incontournable de tous ceux qui s’intéressent à l’hindouisme martiniquais. Il a vécu un siècle de reconfiguration hindoue, de condition indienne dans un espace plantationnaire du nord de la Martinique.

Son nom a été donné à une salle du collège Jacqueline-Julius (Godissard, Fort-de-France) le 29 avril 2013.

Et à une rue de Basse-Pointe le 4 mai 2013.

 

 

 

 

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