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​ La Guadeloupe : un pays à l'envers, on péyi PYÉPOUTÈT​ ! ​

06 Juil 2018
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Pointe-à-Pitre. Vendredi 6 juillet 2018. CCN. Ce qui saute aux yeux de tout temps et partout, Nord, Sud, Est et Ouest, conduit à constater que, globalement, « Gwadloup sé onpéyi a nèg ». 
 
Bon, le dire va agacer certains ou conforter plus d’un, mais ce propos n’a pas vocation de soigner les aveugles et les amnésiques volontaires ou d’exciter quelque colère vengeresse. Je dis mon pays à ma manière, tel que je le vois et le ressens. 
 
C’est un regard qui est sans cesse inversé par l’ordre social. Pourquoi ? On le sait tous, mais on fait quand même semblant, pour ne pas dire sang-blanc. Comme si de rien n’était. Soit-disant surpris que l’Ordre ancien perdure : cet ordre où deux ou trois tètalak français-blancs, propriétaires d’esclaves, étaient parvenus, pendant des siècles, par la terreur et la persuasion, à réduire des milliers et des milliers ( on dirait aujourd’hui : une majorité) d’Africains à l’état de minorité en tant qu’êtres disposant de toutes les aptitudes de l’humain. 
 
Aujourd’hui tout guadeloupéen, surtout cette majorité, forcément « nèg », qui caractérise le paysage démographique du pays, devrait pouvoir exercer tous les droits humains. Notamment, celui de l’autodétermination: faire en sorte que l’ordre politique traduise cette réalité humaine du pays, que la décision résulte du Peuple. Comprendre que la masse ( anciennement servile) dont le sang, la sueur, les efforts de création sont constitutifs du Pays-Guadeloupe, est l’essentiel - sans être la totalité -:du peuple guadeloupéen. Et que ce soit définitivement indubitable. Et que cet ordre pyépoutèt soit renversé pour être enfin mis sur ses deux pieds afin de pouvoir élaborer du droit. Surtout le Droit qui efface toute oppression ou discrimination ou mépris ou privilège en raison de la couleur de peau. C’est possible, vous savez.
 
Au lieu de cela, on dirait que nous n’avons gardé nos yeux que pour pleurer, pleurer, pleurer; notre bouche que pour demander, demander, demander; nos cordes vocales que pour aboyer, aboyer, aboyer quand passent les caravanes ministérielles ou autre convoi politico-touristique ; notre droit de vote que pour choisir parmi les nôtres les « encravatés » les plus acceptables aux yeux de Paris ( Sages comme des images exotiques!) ou, au contraire, déchirer nos bulletins de vote pour que « pas vus, pas pris »; nos rêves que pour blablater sur la malédiction de ne jamais pouvoir les réaliser, experts de ce qui aurait pu être sans l’être jamais... 
 
Ainsi, nous sommes des milliers à nous sentir minoritaires dès que le moindre Petit-Blanc égaré vient nous regarder fixement; face à sa parole autoritaire éclate la cacophonie de nos vieilles douleurs, nous nous faisons un sang d’encre, noire de préférence, sans vraiment oser écrire noir sur blanc toute notre volonté de peuple; quand cette parole est stupide, nous n’en revenons pas, comme si, vu ce qu’il est, le « Monsieur » n’avait pas droit à la stupidité. 
 
Nous sommes des milliers, mais chacun, historiquement conditionné à avoir peur de son nombre, se ressent solitaire devant l’adversité, éternellement victime ou héros-martyr, ce qui revient souvent au même...Pyépoutèt, douvanpoudèyè. Faut qu’ça cesse un jour...Non ?
 
Frantz SUCCAB
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Frantz Succab

Frantz Succab est un journaliste indépendant en Guadeloupe et est auteur dramatique et militant culturel -citoyen. Membre du Kolèktif pou Sové Gwadloup (KSG).

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