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Guadeloupe. Réponse à Joelle Ursull : Fausse note, dans un concert de silence !

03 Jui 2019
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Pointe-à-Pitre. Mardi 4 juin 2019. CCN. Au lendemain des résultats des élections européennes, Notre Représentante Française à l’Eurovision Joëlle Ursull, s’est exprimée sur les réseaux sociaux.

Il convient de saluer son courage. Elle dit ce que beaucoup pensent tout bas, sans oser l’affirmer publiquement.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 énonce : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Usant de son bon droit elle s’est donc exprimée sur les résultats des élections européennes.

A contrario elle ne semble pas apprécier que d’autres puissent profiter de cette même liberté pour exprimer à travers le droit de vote, leur volonté, à l'occasion de ces mêmes élections.

C’est vrai, qu’il n’est pas toujours facile de développer une Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d'agir différente de celle qu'on adopte soi- même ;
Cela s’appelle la TOLERANCE.

Sa missive, a le mérite de mettre en évidence les clivages qui gangrènent la société Guadeloupéenne. Les politiques mises en place notamment depuis les lois de décentralisation visent plus à gagner une élection qu’à promouvoir l’intérêt général, l’avenir du Pays, et de sa population.
Ainsi :

  1. L’Absence ou quasi absence de visibilité de la diversité au sein des assemblées ;

  2. L’Absence ou quasi absence de politiques valorisant la diversité culturelle ;

  3. L’Absence ou quasi absence de volonté de faire connaitre l’histoire des différentes composantes de la population ;

  4. L’absence de développement économique, générateur d’activités suffisantes pour créer de la richesse, des emplois ....pour éviter que la richesse du Pays, sa jeunesse soit contrainte de fuir pour tenter de se construire un avenir ailleurs,

Menacent fortement la cohésion sociale avec une augmentation croissante de sentiments d’exclusion qui met à mal le développement du BIEN VIVRE ENSEMBLE indispensable à la construction d’un Avenir en commun.

Face à une situation économique qui va se dégradant, avec son cortège de problèmes, le débat aujourd’hui ne doit pas se limiter à fustiger le choix des Uns et des Autres, ce qui reviendrait à bafouer un droit fondamental celui du droit de vote, mais de se poser la bonne question : Pourquoi de plus en plus de Guadeloupéens votent pour le RN ?

Cette question visiblement dérange et fait peur, mais nous devons avoir le courage de l’aborder avec sagesse et le sens des responsabilités.

Dans sa diatribe, elle n’a pas épargné la composante indienne. Elle véhicule des contres vérités et des propos distillés depuis 1854 que je me dois de corriger :

1. « Vos Parents ont fait le choix de venir travailler ici » FAUX

Aucun Indien n’a quitté son village et ne s’est présenté au port pour remplir les formalités de départ. Profitant du contexte difficile dans certaines régions de l’inde, lié à la colonisation britannique qui avait profondément modifié le mode de production (produire pour la métropole et non pour le pays schéma classique du colonialisme), créant des famines alors que pendant la même période le colonisateur extirpait 65 millions de tonnes de céréales de l’économie indienne pour subvenir aux besoins de ses armées dans le monde. Les recruteurs profitant de cette situation ont mis en place des stratégies basées sur des mensonges (promesses mirobolantes, el dorado, enrichissement...) pour les inciter à quitter l’Inde.

2. « L’état les a oubliés » FAUX

L’état ne les a pas oubliés, mais à la demande des Engagistes tout a été fait pour que le rapatriement ne se réalise pas. Seuls ceux qui étaient malades, ne pouvaient plus travailler on les appelait les « déchets », les « non-valeurs » au nombre de 9400 qui représentaient un surcout financier pour l’engagiste, qui devait, les loger, les nourrir, les habiller, les soigner conformément à leur contrat, ont été rapatriés aux frais de la colonie.

3. « ils sont restés par choix » FAUX

Ils ne sont pas restés par choix mais tout simplement parce qu’ils ont été piégés. Leur retour n’a pas été programmé parce qu’il représentait un autre coût financier pour la colonie. Les engagistes n’ont jamais manifesté une volonté de les laisser partir, pour les remplacer par qui ? Beaucoup ont attendu sur le port un bateau qui n’est jamais arrivé. Conséquence, des dizaines ont préféré se suicider au lieu de vivre sur une terre hostile qui n’était pas la leur.

4. Quand vos parents sont arrivés chez *nous*. NOUS ?

L’histoire de la Guadeloupe montre bien que sa population s’est constituée de différents flux migratoires. La seule Composante qui peut prétendre parler de chez Moi ou de chez Nous, ce sont les Kalinas dont la plupart a été exterminée où chassée. Toutes les autres Composantes qui constituent la Guadeloupe depuis plus de 160 ans sont venues par bateau.
Si les descendants des Engagées Indiens ne revendiquent pas comme d’autres, être propriétaire de la Guadeloupe, il faut savoir, qu’ils sont arrivés sur leur terre d’accueil avec tous ce qui leurs étaient nécessaires pour se nourrir, se soigner,(ce qui représente plus de 60% de la flore guadeloupéenne), pour leur culte (le cabri...) pour se divertir (le coq de combat le bankiva originaire du nord est de l’Inde) et sans oublier l’enrichissement de notre créole par l’introduction de mots tamouls.

Le Tambour ka, qui fait la fierté de plus d’un aujourd’hui, a été conçu, fabriqué, valorisé avec l’introduction de la peau du cabri par les Engagés Indiens en collaboration avec certains nouveaux libres, une histoire qui reste occultée.
On peut sans risque de se tromper affirmer que l’apport de l’Engagisme indien en Guadeloupe constitue le socle du patrimoine botanique et culturel de la Guadeloupe.

Pourtant nous ne le crions pas tous les jours sur les toits.

5. « l’état a donné des parcelles de terre pour qu’ils restent ici » FAUX

Tout ce que les Coolies (travailleurs) et les Coolies Malabar plus costaud (grand travailleur) ont comme patrimoine, ce sont leurs propriétés personnelles qu’ils ont achetées, à la sueur de leur travail. Les valeurs qui les habitent, leur mode de vie, les ont amenés à faire des économies qui leur ont permis d’être en mesure de faire l’acquisition de parcelles de terre. Il est vrai que les bons rapports qu’ils entretenaient avec les engagistes facilitaient les transactions.

6. « on ne vous a pas agressé physiquement » FAUX

Les rapports avec les nouveaux libres dès l’arrivée des premiers engagés indiens étaient très tendus. Beaucoup de violences (physiques, verbales, psychologiques....) sur l’habitation, dans la rue, sur le chemin de l’école, dans la cour de récréation......

7. Un petit message à la représentante RN : Si sa famille était restée en Inde, vu sa couleur de peau elle ferait partie d’une caste, elle serait certainement une intouchable.

Pour info : L’actuel Président de l’Inde Ram Nath Kovind est Issu des Dalits. Les Dalits, encore appelés Intouchables ou Harijans (« Fils de Dieu », par Mohandas Karamchand Gandhi).

Président de Gopio Guadeloupe

Michel NARAYANINSAMY

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CCN

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