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Martinique. Pharmacopée des Outre-mer

17 Fév 2021
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Fort-de-France. Mercredi 17 Février 2021. CCN. La récente découverte par le laboratoire Phytobôkaz, des vertues de la Neurolaena lobata, l’Herbe à Pic caribéenne, dans la lutte contre la diffusion du Covid-19, récompense plusieurs années de lutte menée par les praticiens, les chercheurs, les universitaires, les professionnels de la santé et les élus ultramarins pour la reconnaissance de la pharmacopée des Outre-mer.

Cette reconnaissance est le fruit d’un combat de longue date. C’est en effet en 1818, que le premier Codex français est publié à Paris. Il répertorie alors les plantes médicinales pouvant être utilisée en médecine, tout en interdisant aux esclaves et aux “nègres libres” d'utiliser les plantes de la pharmacopée des colonies. Malgré l’abolition de l’esclavage en 1848, la loi consacrant la départementalisation en 1946 ainsi que les différents textes législatifs consacrés aux outre-mer, cette interdiction perdurait, bloquant ainsi toute inscription et commercialisation de ces plantes en dépit de leur innocuité. Les pharmaciens n'avaient alors pas la possibilité de les vendre, empêchant également les professionnels de santé de pouvoir les prescrire.

Malgré le rapport du Conseil Economique Social et Environnemental sur les perspectives économiques des secteurs de l'horticulture, qui en 2006, estimait que “​les autorités compétentes devaient poursuivre, le plus rapidement possible, l'intégration des plantes ultramarines dans la pharmacopée française​”, il faut attendre le vote de la ​loi du 27 mai 2009 sur le développement économique des outre-mer​, pour qu’un changement de paradigme se produise.

Lors de l’examen de ce projet de loi le 8 avril 2009, le Député Serge LETCHIMY a présenté un amendement proposant de modifier l’article L.5112-1 du code de la santé publique afin que la pharmacopée des outre-mer soit pleinement reconnue aux côtés des pharmacopées européenne et française. L’amendement fut cosigné notamment par les députés MANSCOUR, FRUTEAU, JALTON, LUREL, BERTHELOT et TAUBIRA. Adoptée en Commission des Finances, la proposition du député LETCHIMY inspira la rédaction de l’amendement définitif présenté par le Gouvernement et le Ministre des Outre-mer de l’époque, Monsieur Yves JEGO.

Cet amendement, adopté en séance publique et inscrit à l’article 12 de la loi du 27 mai 2009 a ouvert dès lors la voie aux recherches scientifiques sur la pharmacopée des outre-mer et permis l’utilisation clinique des plantes médicinales de nos territoires. Il fut complété dans cette même loi par un second amendement, présenté par le député Victorin LUREL et les députés du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, prévoyant dans le cadre règlementaire qu’un “​décret en conseil d’Etat fixe les adaptations de la pharmacopée française nécessitée par les particularités des plantes médicinales d’usage traditionnel dans les départements et collectivités d’outre-mer​”.

Un an plus tard, lors de l’examen à l’Assemblée nationale de la ​loi ​du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement​, les députés LUREL et LETCHIMY entre autres, ont cosigné un nouvel amendement afin d’encourager la recherche sur les possibilités de développement, de valorisation et d’exploitation de la pharmacopée des outre-mer, richesse économique durable pouvant générer des activités nouvelles et des emplois nouveaux qualifiés permettant ainsi de réduire les inégalités sociales.

Avec ces évolutions législatives consacrant dans la loi, la richesse et les vertues de la biodiversité des outre-mer, la pensée d’Aimé CÉSAIRE prenait alors tout son sens, puisqu’au détour d’une conversation avec Serge LETCHIMY, qui l'interrogeait sur les voies de développement pour la Martinique, le Poète répondait : “​cherche dans la nature tu trouveras !​” ​(Sur la route de la trace avec Aimé Césaire - Suivi de : Un moment de régénération, la résolution Césaire, Serge Letchimy, 2014, Editions Le Square).

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CCN

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