Breaking News

Suivez CCN sur : 

CMA ZCL TV

CNet/CNews : Tanya Saint-Val/Pierre-Yves Chicot

24 Fév 2017
1120 fois

Guadeloupe. Vendredi 24 Février 2017. C'N/C'N. Chaque semaine, deux invités de la rédaction de CCN répondent en toute liberté à nos questions. Ils sont interrogés sur l'actualité récente et sur le traitement de l'info dans les médias car il nous semble important de développer sur notre website l'actu citoyenne. C'News/C'Net #5 soumet au checking media Pierre-Yves Chicot, avocat-universitaire-consultant de médias et Tanya Saint-Val qu'on ne présente plus. Checking.

Qu'est-ce qui a retenu votre attention dans l'actu cette semaine et pourquoi ?

Tanya Saint-Val (TSV). De manière générale, j’essaye de suivre l’actualité mais ces derniers jours j’ai pas mal voyagé. J’ai passé beaucoup de temps dans l’avion pour me rendre à Haïti, Boston et New-York pour des shows live avec un groupe haïtien très populaire. Je n’ai donc pas trop eu le temps de suivre l’actualité. Sinon, j’observe de loin les présidentielles… J’avoue que je n’y crois plus. Il y a manifestement une véritable rupture entre la population et les élites. Aujourd’hui on ne s’y retrouve plus. 

Pierre-Yves Chicot (PYC). Ce qui a retenu mon attention est le débat provoqué par la déclaration d’Emmanuel Macron qualifiant « la colonisation comme un crime contre l’humanité ». Tout d’abord, il est normal que les avis soient divergents sur ce sujet car il ne s’agit pas de faire la promotion de la pensée unique. Ceci étant, les faits sont têtus. Les personnes qui estiment que cette déclaration n’est pas conforme à la réalité seraient inspirées de lire les productions argumentées de l’essayiste Albert Memmi sur la colonisation, de l’historien Benjamin Stora ou du psychanaliste Frantz Fanon. L’histoire révélée peut être d’une grande explosivité tardive sans qu’on ait envie de nourrir des sentiments vindicatifs. Lorsque j’étais étudiant, en lisant l’an V de la Révolution algérienne de Frantz Fanon, j’ai découvert que le 8 mai 1945 dans l’histoire de France ne correspondait pas uniquement à l’armistice mais était aussi un jour d’horreur pour les habitants de Sétif. On estime à 45 000 le nombre d’algériens tués contre 23 européens, ce jour là, en Algérie, par la puissance coloniale, en raison d’un fait insurrectionnel. Il faut dire que le Gouvernement de la France de cette époque considérait que ce qui se passait en Algérie était un « événement », une « affaire intérieure ». C’est bien plus tard, qu’on a parlé de « guerre » en Algérie opposant l’armée française et le Front de Libération Nationale (FLN). On peut comprendre l’embarras, le complexe des générations du passé face à la barbarie commise par leurs parents belges, français, allemands, italiens etc. Mais dans le même temps, la vérité ne saurait être occultée. Il n’est pas possible de dénoncer d’un côté pour certains négationnisme et révisionnisme historique, et pour d’autres, faire semblant de ne pas voir, savoir ou tout simplement nier. L’homme, on le sait est un loup pour l’homme. La réconciliation doit l’emporter sur le sentiment de revanche. La réparation, sous des formes étudiées de manière casuistique, chaque fois que c’est possible doit l’emporter sur le déni.

Quels sont les médias, d'ici ou d'ailleurs, que vous consultez régulièrement pour vous informer ?

PYC. Je reçois des articles de CCN sur mon téléphone portable de même que des articles du quotidien France-Antilles que j’achète aussi sous format papier, généralement le samedi. C’est aussi vrai pour le Courrier de Guadeloupe ou l’hebdomadaire dirigé par Jacques Dancale. Je lis bien sûr les articles des médias nationaux, visionne les images sur les chaines thématiques d’information. Mais, j’aime aussi beaucoup sur le Net ce que j’appelle les médias alternatifs car sur les chaines nationales, l’information est toujours abordée de la même manière, tant par les journalistes que des analystes, qui je pense, sont choisis pour promouvoir une pensée unique. Or, il n’y a rien de plus beau que le sens critique bercé par la raison. C’est le feu philosophe guadeloupéen Raoul Cyrille Serva qui m’a appris en classe de terminale que « philosopher, c’est douter, c’est s’interroger ». Je le remercierai toujours de m’avoir permis d’aimer aller plus loin que le simple le fait d’entendre une information.

TSV. Je m’informe surtout grâce à la télévision. J’ai tout de même conscience que les grands médias sont gérés par de grands groupes et que l’information peut ne pas toujours correspondre à la réalité. Heureusement que d’autres sources d’informations existent. Concernant le local, j’écoute plutôt la radio et je zappe entre les différentes stations pour changer d’angle de vue.

Êtes-vous satisfait du traitement de l'information en Guadeloupe ? 

TSV.  Je n’ai pas spécialement d’opinion là-dessus. Mais je pense qu’il y a de vrais professionnels qui font de leur mieux et qui aiment leur métier.

PYC. C’est une question un peu embarrassante dans la mesure où vous me forcez à jugez le travail des journalistes. Le traitement de l’information est à l’image de ce qui se produit en France hexagonale. Nous n’avons pas un modèle particulier. La presse est libre, mais en même temps, elle peut faire l’objet de contrôles et de pression. On fait grief aux journalistes guadeloupéens de ne pas aimer l’investigation. Et, quand ils s’y essaient, on dit qu’ils sont « fouille merde » ou « foufou gongon ». Le traitement de l’information n’est pas plus mauvais qu’ailleurs. Je pense que beaucoup de journalistes exercent leur métier consciencieusement, sont ouverts sur la société et s’attachent dans leurs interviews à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ce dont on peut se réjouir c’est le maillage qui existe de plus en plus entre universitaires des sciences sociales et des médias qui nous ouvrent leurs colonnes, leur micro pour alimenter le débat public. C’est un beau mélange de genre que les Guadeloupéens semblent fortement apprécier.

Quelle utilisation faites-vous des réseaux sociaux ?

TSV. Essentiellement une utilisation professionnelle. J’y suis surtout pour mettre en avant mes évènements, déplacements et concerts. J’en profite aussi pour prendre des nouvelles de mes fans avec qui je communique dès que le temps me le permet.

PYC. Je dois avouer que j’en suis très adepte, singulièrement avec mon téléphone portable. Je suis aussi inscrit sur Facebook que je consulte régulièrement même si je publie très peu depuis quelque temps, faute de temps. Twitter n’est pas encore devenu un outil habituel chez moi. Mais je vais m’y mettre. J’envisage de créer un site internet pour faire la promotion de mon nouveau métier : celui d’avocat au barreau de la Guadeloupe, de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Mais aussi pour publier des brèves permettant aux citoyens de s’intéresser à la matière juridique qui régit tous les aspects du quotidien.

On parle de plus en plus de la disparition (possible) de la presse papier au profit du Net. Qu'en pensez-vous ?

PYC. On peut être sûr que les médias ont une ardente nécessité de s’adapter à la numérisation de leur secteur pour plusieurs raisons : conserver leur part de marché, fidéliser leur clientèle et conquérir de nouveaux lecteurs. Pour autant, la lecture en ayant le papier en main demeure encore une habitude qu’on aura du mal à abandonner. Elle apparaît comme un rite universel dont on a bien du mal à s’en départir.

TSV. Je trouve normal qu’on puisse évoluer avec des techniques modernes, mais j’avoue préférer tenir mon magazine. C‘est comme pour la musique. J’aime bien avoir mon cd en main, parcourir le livret… Le contact est différent. À partir du moment où la qualité de l’information donnée n’en souffre pas, c’est l’essentiel.

Tanya Saint-Val, gardez votre cd en main, que pouvez-vous nous en dire ?

TSV. Cet album m’a demandé plusieurs années de préparation. On y retrouve deux facettes : le côté Soleil « zouk » et le côté Lune, représentant une couleur musicale plus variée du bassin caribéen. Les rythmes font la part belle aux percussions et ont vraiment été influencés par mes voyages et les rencontres que j’y ai faites. J’évolue et ma musique aussi. Il me fallait une vision nouvelle qui s’éloigne pas trop de ce que j’aime et de qui je suis. J‘ai donc fait appel au pianiste Jonathan Jurion pour la réalisation et les arrangements de ce projet. Accompagnée, pour le reste de l’équipe, par Arnaud Dolmen (batterie), Fabrice Fanfant (basse), Ralph Lavital (guitare) et Didier Juste (percussions); tous les cinq faisant partie de la nouvelle scène « jazz caribéenne ». Il est vrai que j’arrive à un moment de ma carrière où j’ai envie de grandir et de vivre ma liberté musicale; libre de parcourir tous les styles musicaux et les thèmes qui me plaisent.

Pierre-Yves Chicot, quelle question aimeriez-vous qu'on vous pose ?

La question que j’aurais aimé que l’on me pose est la suivante : pensez-vous que la Guadeloupe est en train de péricliter ? J’y réponds en disant « non…mais ». Non, parce que je crois que nous sommes de la civilisation des cyclones. Et que les vents les plus violents ne nous empêchent pas de retrousser nos manches pour reconstruire. Je crois à ce que j’appelle « la Guadeloupe du poté mannèv ». Ce n’est pas uniquement une Guadeloupe de la débrouillardise, mais une Guadeloupe de la dignité par le travail, de la création parce qu’on est conscient de sa force d’exister et de réussir. Une Guadeloupe qui ne pleurniche pas, qui ne quémande pas mais qui invente quotidiennement dans l’espace privé et dans l’espace public. Une Guadeloupe qui est consciente que la solidarité et la confiance en soi sont des ingrédients indispensables aux succès individuels et collectifs. Une Guadeloupe qui rejette avec la plus grande force le fait d’être inscrite comme ayant « des handicaps structurels ». Toutefois, je propose que l’on change de paradigme sur au moins un point fondamental. Sans être nombriliste, en demeurant ouvert au monde et à l’univers, il conviendrait de s’appuyer davantage sur les ressources humaines, naturelles du pays pour continuer à bâtir le pays. C’est essentiel, sinon nous serons submergés. C’est précisément ce qui est en train de se produire. Si nous ne nous ré-enracinons pas, le pays nous échappera. Le philosophe Raoul Cyril Serva, plume régulière de la revue « les Études guadeloupéennes » a chanté de magistrale manière « l’amour du pays » et « le sens du pays ».

Évaluer cet élément
(1 Vote)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com
Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires