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Guadeloupe. Société : pourquoi et comment la drogue détruit la famille

04 Juil 2017
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Au micro, des professionnels de l'addictologie en pleine conférence devant un public nombreux Au micro, des professionnels de l'addictologie en pleine conférence devant un public nombreux Alexandra Giraud

Les Abymes. Centre Culturel Sonis. Mardi 4 juillet 2017. CCN. C'est dans une salle bondée que la conférence sur « La famille dans l’addiction » s'est tenue lundi aux Abymes. Organisée par le Centre de soins en addictologie (Coredaf) et la Mutualité Française Guadeloupe, la conférence appuie là où ça fait mal : la gestion de l’addiction aux drogues ou aux comportements dans la sphère familiale. Retour sur cette mine d’informations cruciales dans nos territoires avec Rudy Stralka, psychologue addictologue et Mylène Lima, médecin addictologue.

Famille : l’ensemble uni que forment les parents et leurs enfants. Groupe composé de membres qui vont devoir s’aider sans réfléchir ni calculer.

La famille est un système en interaction, en système continu et durable où les membres sont en communication avec l’environnement. Il est rare que la famille fonctionne en interaction fermée. Par ailleurs, tous les membres de la famille exercent une influence les uns sur les autres. Le comportement de l’un va influer sur le comportement de l’autre. Ce comportement va influer sur les membres de la famille et sur la dynamique globale de la famille. Comme il n’existe pas 2 individus identiques, il n’existe pas 2 familles identiques.

On dénombre 3 types de familles :

-       La famille nucléaire : composée d’un couple marié ou non avec ou sans enfant.

-       La famille recomposée : suite à un ou deux divorces, avec enfants.

-       La famille monoparentale : un adulte ayant un ou plusieurs enfants.

 

« Il n’a manqué de rien » … « nous lui avons tout donné » 

C’est la réaction des parents lorsqu’ils apprennent l’addiction de leur enfant. On essaie néanmoins d’éviter les difficultés - par exemple financières - avec le monde extérieur. Cela devient par conséquent un équilibre que tout le monde cherche à maintenir. Le changement se fera lorsque le parent se retournera contre lui-même et essaiera de comprendre ce qu’il s’est passé dans l’éducation de son enfant. Souvent, il y a du déni, mais lorsque les parents deviennent convaincus, on frôle le drame. On les voit alors arriver en consultation, pour déverser leur angoisse, pour demander conseil … Souvent de prime abord, le parent fera une démarche personnelle pour pouvoir être aidé, sans le consommateur. Une demande souvent pressante qui concerne un enfant selon eux « en danger ». Ils veulent hospitaliser leur enfant, pour le « désintoxiquer ». On en arrive à de la dramatisation, et le dialogue est réduit à néant.

Les parents se demandent ce qu’ils n’ont pas fait, ou ce qu’ils auraient pu faire pour ne pas en arriver là. Ils se considèrent responsables. Cela génère alors du stress, de l’angoisse, de la culpabilité. La difficulté majeure dans cette situation reste celle du patient, qui doit faire preuve de motivation, et décider de se faire aider. Le parent se demande alors comment faire venir l’enfant «  usager ».

90 % des demandes émanent de la famille.

10% des demandes émanent du consommateur lui-même (dont les condamnés par la justice qui se sentent obligés de faire cette démarche)

Ratio hommes / femmes dans l’addiction : 1 femme pour 9 hommes. De 18 à 34 ans : prépondérance chez les jeunes garçons.

Généralement, la demande de la famille s’oriente dans ce sens : il faut changer l’usager, mais ne surtout rien ébranler au système familial. Des pensées obsédantes et envahissantes dues à la peur de la mort, de la déchéance physique et sociale de l’enfant s’installent alors. En tant que parent, il ne faut pas stresser l’usager : il va auquel cas s’engouffrer encore davantage dans cet usage, pour pouvoir faire face à cette situation.

De leur côté, les professionnels ont plusieurs réponses possibles. Ils peuvent recevoir seul le parent, que l’usager ait décidé de rentrer dans une démarche de guérison ou non, conseiller la prise de parole avec d’autres parents ou encore accueillir l’entourage du consommateur.

Groupes de paroles COREDAF : le dernier jeudi de chaque mois de 17H30 à 19H.

 

L’intervenant fait avant tout alliance avec l’usager

« Notre rôle à nous, c’est de faire comprendre aux gens qu’une consommation n’est pas une addiction », interviennent les professionnels de l’addiction face au public.

Le schéma est le suivant :

CONSOMMATION > CONDUITE ADDICTIVE  > ADDICTION

Il faut tout d’abord instaurer une alliance thérapeutique avec la personne qui vient consulter. L’entourage voit plus vite que le sujet lui-même son addiction : rôle de sentinelle. C’est un des domaines où l’on a besoin des autres.

Addiction : impossibilité de pouvoir changer un comportement.

On fait des efforts, sans y arriver, et malgré le fait d’avoir déjà des difficultés, on n’arrive pas à faire autrement. L’addiction maladive, qui est le résultat de quelque chose, dans une évolution progressive, en arrive à une perte de contrôle : c’est une maladie chronique qui s’installe. Dans la maladie addictive, on a des facteurs responsables des rechutes, et qui vont émailler l’évolution de cette maladie. La prise de substance commence avec le plaisir, et l’expérimentation. C’est aussi pour soulager des tensions internes. Au début, c’est beau, on n’a pas de problèmes, on n’est pas centré là-dessus, on a d’autres activités, on travaille. C’est, on pourrait dire, un « comportement normal ». Cette normalité peut être modulée par le risque qu’encourt cette personne. On répète donc ce comportement qui soulage, jusqu’à un usage intensif. On est dans quelque chose qui commence à devenir une petite pathologie, mais pas encore une addiction. On peut encore revenir en arrière, à la « normale ». A ce stade, certains patients seront capables de revenir sur leurs pas, car ils n’auront pas de facteurs de vulnérabilité. Ils seront surtout marqués par des facteurs liés à l’environnement. Il y aura aussi un type de patients qui sera marqué par des facteurs de vie, dans une évolution logique d’addiction, avec une perte de contrôle. La personne se dégrade sur les plans santé et social.

La dopamine est liée à la dimension du plaisir, et de récompense. La dopamine est aussi le mécanisme de l’addiction. En marge de cela, il faut savoir qu’il y a plein de voies rapides dans le cerveau qui ont un travail, et que les drogues vont modifier au fil du temps. La structure et le fonctionnement de ces zones là en sera ébranlé. Au fur et à mesure, le cerveau sera attaqué.

Circuits cérébraux attaqués par la drogue :

-       Motivation

-       Apprentissages

-       Réflexion, prise de décision

Quand la famille amène son enfant chez un professionnel, la personne"addict" ne se sent pas concernée. Après le premier entretient, on ne le revoit plus, parce que le stade du choix, de la prise de décision pour arrêter n’est pas encore atteint.

L’accompagnement se fait dans la durée, sur une certaine rythmique. « Quand on veut aller de l’avant, on prend de l’élan, on plie les jambes et on saute ». Il ne faut pas oublier que la famille est un véritable acteur dans ce chemin.

 

Pierre, ancien toxicomane, s’est relevé

14 ans de dépendance pour cet homme qui s’est levé à la fin de la conférence, pour prendre la parole et partager son histoire de vie. En 1989, marié et chef d’une entreprise en Martinique, il travaillait pour la DDE, le Conseil Régional et l’EDF lorsque les difficultés familiales et la curiosité l’ont fait dévier du droit chemin. Il a goûté pour la première fois en 1993 à des substances telles que la cocaïne, le crack et la marijuana.

« Après 14 années passées dans cette spirale démoniaque, la grâce m’a été accordée ». Il a marié ses deux filles, rouvert son entreprise et s’est engagé dans une association. Selon cet homme de foi, la clé de la rédemption réside dans cette formule : « même pour les toxicomanes, il y a la langue et le verbe ». Le verbe est le chemin et la vérité. Il suffit de s’en tenir au verbe pour demeurer dans la vérité. « Le juste trébuchera 7 fois et se redressera », cite-t-il, avant de conclure : « il y a un côté spirituel dans la question ». 

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Alexandra Giraud

Journaliste CCN

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