Breaking News

Saint-Martin. Irma. Thierry Velu : « On n’avait aucune info, la préfecture ne répondait pas ! »

22 Sep 2017
1322 fois
Saint-Martin. Irma. Thierry Velu : « On n’avait aucune info, la préfecture ne répondait pas ! » GSCF

Jarry-Baie-Mahault. Jeudi 21 septembre 2017. CCN. Thierry Velu est sapeur-pompier et président de l’ONG « Groupe de Secours Catastrophe Français » (GSCF), qui regroupe 300 sapeurs-pompiers. Il a porté secours aux Saint-Martinois après Irma. Rentré hier en France, il revient sur son expérience auprès des sinistrés. Questions-réponses. 

Avez-vous vécu le cyclone Irma ?

On l’a vécu depuis la Guadeloupe. Nous étions 9 pompiers. C’est une ONG de sapeurs pompiers appelée « Groupe de Secours Catastrophe Français », le GSCF. C’est un cyclone qui est totalement dévastateur, avec des habitations qui sont fragiles et beaucoup qui sont proches de la mer, ce qui les a énormément détruites. Après, c’est un cyclone de catégorie 5, qui frôle le 6, ce qui ne s’est jamais vu. C’est totalement imprévisible et dévastateur. Ça aurait fait beaucoup de dégâts n’importe où. Heureusement que les habitants de Saint-Martin sont très solidaires, contrairement à ce que les médias nous on fait voir en métropole. Nous étions à Quartier d’Orléans. Les habitants ont été abattus quelques jours, environ 5 à 6 jours, le temps de se remettre de cette catastrophe, puis ils se sont relevés.

Quand êtes-vous arrivé sur place ?

Nous sommes arrivés 7 jours après. On a mis du temps, car c’est un département [ndrl. Collectivité d’outre-mer] français, et il faut demander les autorisations aux collectivités locales. Quand vous intervenez pour une catastrophe, soit il y a une demande de la part du pays, soit on fait directement une demande à l’ambassade du pays. Ça peut aller très vite. Là, le problème c’est qu’on n’avait aucune information de la part du département et de la France. La préfecture ne répondait pas. L’ouragan José arrivait aussi, et on ne savait pas les dégâts que ça aurait pu causer. On a attendu très longtemps avant d’avoir des réponses. On n’avait pas les remontées d’infos qu’on souhaitait, et il n’y avait pas de demandes officielles faites aux ONG. Je pense qu’il y a une grosse erreur à ce niveau là. Au vu d’une catastrophe comme à Saint-Martin, on arrive seulement 7 jours après … Il y a des questions à se poser. Il y avait par exemple beaucoup de diabétiques là-bas qui n’avaient pas vu leur infirmière depuis un moment, et qui n’avaient plus d’insuline. Je pense qu’à un certain moment, il aurait fallu agir autrement.

Quelle atmosphère régnait lorsque vous êtes arrivé ?

A notre arrivée à l’aéroport, on a vu beaucoup de structures basées à proximité. On a réussi grâce aux contacts en amont, à savoir qu’il y avait des besoins sur  Quartier d’Orléans. On s’est rendus immédiatement là-bas. On a souhaité agir. J’ai trouvé les gens chaleureux, accueillants, dignes et très humains. On a toujours eu des accueils chaleureux de la part des Saint-Martinois, même si les gens souffraient. 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement frappé durant votre service ?

Quand ont est arrivés au bout du 7ème jour, on a vu un ouvrier qui n’avait pas de moyens pour ses hommes pour déblayer : pas de gants, pas de masques. Et c’est dommage de voir des autochtones qui veulent aider et qui n’ont pas de moyens matériels pour le faire. Ça nous a ému, car on a vu cette personne qui voulait aider, et qui n’avait pas de moyens. On lui a apporté des gants et une tronçonneuse sur place. Je pense retourner là-bas d’ici 15 jours d’ailleurs, pour récupérer beaucoup de matériel qu’on a laissé sur place. Je pense que les ouragans sont de plus en plus violents. Je vais tout faire pour mettre en place une base arrière de matériel disponible sur la Guadeloupe. Ça peut être intéressant. Après, comment les collectivités locales guadeloupéennes vont recevoir notre proposition, qui est  totalement gracieuse, je ne sais pas ... J’espère que ça sera quelque chose de fait, de positif et de mis en place. Moi je pars du principe que quand on intervient, il est trop tard. Les services attendent la catastrophe pour agir. Il faut mettre les choses en place en amont et aider les populations à faire face à une telle catastrophe.

Finalement, que retenez-vous de cette expérience ?

Une totale désorganisation pour aller sur place, et peut-être justement cette expérience de pré-positionner du matériel pour être les premiers et pouvoir aider le plus rapidement possible. On ne veut plus perdre du temps comme ça, notamment quand il y a des vies en jeu, et ça c’est dramatique.

 

Propos recueillis par Alexandra Giraud

Site internet de l’ONG : www.gscf.fr

Évaluer cet élément
(1 Vote)
Alexandra Giraud

Journaliste CCN

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires