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Guadeloupe. Harcèlement : récit de la pitoyable et triste affaire d’un directeur « ochan »

19 Oct 2017
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Patrick Dumirier, ex-directeur de Guadeloupe Formation Patrick Dumirier, ex-directeur de Guadeloupe Formation

Pointe-à-Pitre. Jeudi 19 octobre 2017. CCN. L’ex-directeur de Pôle Emploi puis de Guadeloupe Formation est de nouveau sur la sellette. On se souvient qu’une employée de L’Etabilssement Public Administratif Régional de la Formation Professionelle Guadeloupe Formation (EPA-GF) avait, il y a de cela quelques mois, porté plainte contre son directeur l’accusant de harcèlement moral et sexuel. L’affaire avait déjà fait grand bruit dans le microcosme  politique. CCN avait été l’unique média à évoquer cette triste affaire mettant sérieusement en cause un cadre très connu dans la sphère politique. Guadeloupe Formation, qui a connu bien des  soubresauts depuis la révélation de cette affaire pour protéger le directeur (qui a été remplacé) avait contesté les faits. La cour d’appel de Basse-Terre qui a examiné ce lourd dossier a rendu sa décision. La notification est accablante  pour l’auteur du harcèlement et ses soutiens. Elle tombe plutôt mal, en pleine affaire Wenstein qui elle aussi défraie la chronique.

À l’origine du calvaire de SB

C’est le 3 juillet dernier, en audience publique que cette triste affaire a été débattue dont l’arrêt a été prononcé le 25 septembre dernier. La plaignante qui a souhaité, pour la circonstance, garder une forme  d’anonymat, sera désignée par ses initiales (SB). En septembre 2014, SB est recrutée à l’EPA-GF en qualité de cadre responsable des marchés publics. Moins d’un an après, le 4 mars 2015, SB porte plainte à la gendarmerie de Petit-Bourg à  l’encontre de Patrick Dumirier, alors directeur de l’EPA-GF. Le directeur est accusé de « harcèlement moral et sexuel ».

Un mois plus tard, la plaignante qui a eu une altercation avec l’une des directrices du Pôle est mise à pied pour une semaine. Elle contestera cette décision devant le Conseil des prud'hommes. Courant mai 2015, SB est alors immédiatement déchargée de ses fonctions de cadre et « exilée » à Jarry où Guadeloupe Formation possède une antenne. Le directeur de l’EPA-GF confirme par courrier qu’il ne s’agit là que d’une « mobilité temporaire ». Lle 15 juin 2015, sous l’égide de Victorin Lurel, alors président  de Région, SB est convoquée pour un entretien préalable à son licenciement.

Un mois plus tard, le 28 juillet 2015, SB est licenciée. L’affaire est traduite devant le Conseil des prud'hommes lequel annule la décision et ordonne la réintégration de l’infortunée harcelée, licenciée le 26 avril 2016. En outre, Guadeloupe Formation est condamnée à verser plus de 65 000 euros à SB. À cela, il faut ajouter 22 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la dignité et 33 000 de dommages  pour harcèlement moral. Au total, la Région devrait lui verser plus de 115 000 euros !

Pourtant cette décision ne prenait pas en compte le harcèlement sexuel. SB ayant été déboutée. L’EPA-GF qui veut à tout prix sauver la tête et l’honneur de son pitoyable directeur, fait donc appel et tente d’obtenir une annulation des décisions du conseil des prud'hommes et la condamnation de SB. L'organisme de formation va jusqu'à lui réclamer la somme de 3 000 euros.

Mais nouveau round en juillet dernier ! En audience publique, devant la Cour d'appel de Basse-Terre, tout est mis sur la table. Le tribunal confirme la nullité du licenciement.

 

Un directeur  « ochan », harceleur et lourdingue.

Plus grave, des éléments concrets sont fournis pour étayer l'accusation de harcèlement sexuel et moral. On apprend que le directeur « ochan » se disait « amoureux » de la plaignante, qu’il lui réclamait des baisers « sur la bouche », qu’il lui arrivait dans des périodes « chaudes » de tirer les cheveux de la pauvre employée pour lui arracher des baisers. En dépit de mises en garde faites par la victime et écoutant que ses pulsions primaires, le 31 janvier 2015, le directeur-harceleur passait à l’attaque et tournait le siége du bureau de la pauvre employée et pour « forcer un baiser ».

Sur son portable, SB qui a conservé des SMS, un véritable verbatim, a pu ainsi donner des preuves des assauts smartphoniques répétés de son « boss ». Extraits.

 

30 octobre 2014

Le directeur lance une invitation à déjeuner. SB décline poliment. Le directeur insiste lourdement : « Si c’est à cause du travail, je peux faire un mot d’excuse. Je pense trop à vous ! »

31 octobre 2014 

Le directeur revient à la charge : « Je ne déteste pas pouvoir te parler, mon cher cheval sauvage. Grosses bises je pense trop à vous. »

5 novembre 2014

« Je n’ai qu’une envie ce matin, juste te prendre dans mes bras, rester tout contre toi et tout oublier »

9 novembre 2014

« Bonjour mon amour, appelle-moi quand tu as fini. Envie de te voir » 

 

La plaignante, très affectée par cet enfer quotidien, accumule les congés de maladie et est obligée pour tenir de se charger d’anxiolytiques. Obligée de se débattre quasiment seule au sein de l’établissement public, SB croit pouvoir trouver une écoute au sein de l'autorité de tutelle, La Région Guadeloupe, où elle se rend le 30 janvier 2015. Elle sera reçue par l’ex-directeur de cabinet  de Victorin Lurel. La réponse est des plus laconiques : « Déposez une plainte ! », lui dira-t-on.

Psychologiquement en difficulté, SB finit par craquer et explose lors d’une réunion au sein de l’EPA-GF. Mais à l’intérieur de l’établissement, rien ne bouge vraiment en dépit des rapports faits sur la dégradation  de l’état comportemental de SB, de son isolement et de ses relations avec sa direction. C’est l’omerta.  

 

Les notifications du jugement : un pactole.

Que ce soit sur les questions de harcèlement sexuel ou moral, le licenciement et la mesure de mise à pied, la plaignante est confirmée dans ses plaintes. L’EPA Guadeloupe Formation est lourdement condamnée a verser le montant de salaires, soit plus de 94 000 euros. Une somme de 22 000 euros est ajoutée au titre des « conséquences de la rupture du contrat de travail ». Pour finir, 25 000 euros pour l’ensemble des préjudices. Reste à savoir si la plaignante ira jusqu’au pénal. Auquel cas, Patrick Dumirier risque gros. 

Cette affaire qui intervient dans un contexte très particulier, celui de l'affaire Wenstein, est la preuve que les femmes ne doivent plus craindre de s’opposer aux harceleurs. Selon nos informations, il y aurait beaucoup à faire et à redire sur cette question dans bien des entreprises et collectivités guadeloupéennes...

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CCN

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