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Guadeloupe. Le patrimoine, un levier de développement du sud Basse-Terre ? 

08 Déc 2017
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Basse-Terre. Vendredi 8 décembre 2017. CCN. Basse-Terre, ville portant le label « Ville d’Art et d’Histoire », a reçu mercredi soir la Société d’Histoire de la Guadeloupe, ainsi que le public désireux de participer au premier café historique organisé dans les locaux de La Maison du Patrimoine. La Société d’Histoire est représentée par les historiens René Bélénus, Raymond Boutin, Josette Fallope et Gérard Lafleur. Son premier café historique se conçoit comme un espace d’échanges entre les citoyens, sur des sujets en lien avec le patrimoine, l’histoire, la culture ou les sujets d’actualité. Ambiance. 

René Bélénus, historien,  ouvre le débat de ce premier café historique. Il admet qu’il serait dommage de ne penser qu’aux éléments économiques d’une ville, et d’oublier les éléments patrimoniaux. Il y a un « attachement aux vieilles pierres et au passé mat d’un passé révolu », souligne-t-il. Le sud Basse-Terre est avant tout un espace de synthèse de deux espaces géographiquement anthologiques : entre la Capesterre et la Basse-Terre. Ce qu’ils ont en commun : un berceau de l’histoire de la Guadeloupe. Et pour preuve, les hiéroglyphes amérindiens. Cet espace a également accueilli l’essentiel des combats de la période révolutionnaire. Il y a un conditionnement de nos héritages, de nos métissages et de notre patrimoine. Un chef lieu entouré d’autant d’entités qui gagneraient à être labellisées. Aujourd’hui, on parle de tourisme, de croisières … mais reste à savoir comment le patrimoine basse-terrien pourrait être valorisé autrement.

Le patio de La Maison du Patrimoine 1

Ce qui doit ressortir de ce café historique, c’est un « message prêt à être envoyé à tous les décideurs de ce pays. Le sud basse terre ne veut pas mourir, ne peut pas mourir », conclut l’historien, avant de passer la parole à une archéologue.

Selon elle, il existe 3 leviers de développement : le levier intellectuel, le levier de la restauration du patrimoine et le levier économique. Avec une opposition évidente côte au vent / côte sous le vent, il est difficile de travailler avec 11 territoires : chaque commune a mis en place un élément à mettre en valeur. Il faut aller plus loin que la restauration, pense René Bélénus.

Initiative : Raymond Boutin, président de l’association La Société d’Histoire de la Guadeloupe

Raymond Boutin president de la Societe des Historiens de la Guadeloupe

M Raymond Boutin est président de l’association La Société d’Histoire de la Guadeloupe, née en 1963. A l’initiative de la société d’histoire, 1 fois par trimestre, le 1er mercredi du mois, se déroulera à présent un « café historique ». « Nous faisions des conférences, avec quelqu’un qui venait et expliquait, mais le café est un lieu de débat. Il y a un référent, qui introduit le débat. Mais il est là seulement pour libérer la parole. On trouve donc obligatoirement des idées. Il s’agit de diffuser les questions historiques, de réfléchir, mais de le faire dans un esprit constructif », déclare-t-il.

A savoir : derrière ce premier café historique, il y a un an de travail. Les membres de l’association ont déambulé ici et ailleurs, pour s’imprégner, s’inspirer et prendre le positif et le négatif d’autres cafés, comme par exemple les cafés philosophiques.

PHOTO 1 Entrez dans un cafe historique a Basse Terre 1

La Société d’Histoire édite régulièrement des bulletins lus dans le monde entier, sur l’histoire des Antilles. La Société d’Histoire est aussi à l’initiative de l’association des Historiens de la Caraïbe.

Les prochains cafés historiques :

  • Mercredi 7 mars 2018 – Histoire et mémoire en Guadeloupe
  • Mercredi 6 juin 2018 – Histoire et politique

Raymond Boutin se questionne alors : comment sommes-nous là aujourd’hui ? Pouvons-nous utiliser le patrimoine dans un esprit de développement économique ? Beaucoup de choses sont faites, mais la question principale est de savoir comment nous pouvons aller plus loin. A-t-on vraiment conscience de la diversité du patrimoine ?

C’est alors que deux professeurs entament le dialogue. Un professeur d’histoire-géographie, qui se dit d’accord avec l’idée de restauration. « La Guadeloupe a un patrimoine historique que beaucoup d’îles voisines n’ont pas », précise-t-il. Il voudrait mettre en avant le levier de l’intérêt des gens. Les guadeloupéens sont-ils intéressés par le patrimoine ? Peut-être que l’éducation pourrait aussi être un levier. « Les professeurs se sont battus pour qu’il y ait une adaptation du programme depuis les années 2000 et depuis le primaire », souligne un autre professeur. Cela est même paru au Bulletin Officiel de l’éducation nationale. On ne peut pas dire qu’en Guadeloupe on ne fait pas d’éducation du patrimoine.

Pour Gérard Lafleur, lui aussi historien et membre de La Société d’Histoire de la Guadeloupe, la transmission du patrimoine dépend du professeur aussi. Certains ne veulent pas entendre parler de l’histoire locale. D’autres ont systématiquement fait de l’histoire locale, intégrée dans l’histoire européenne (exemple : dans la révolution industrielle, intégration de la canne à sucre).

Le 1er adjoint au maire de Basse-Terre se lève alors pour rappeler qu’il faut que les gens s’impliquent. Il faut faire venir les gens, ici. Le président de l’office de tourisme de Basse-Terre en vient aux faits : que demande à voir le touriste ? Il sait que Basse-Terre a un label de ville d’art et d’histoire. Il se rend donc dans cette ville avec l’assurance qu’il va avoir des animateurs et des guides du patrimoine. Problème : il en manquera à l’avenir. D’autant qu’ils ne sont pas tous fiables, selon un guide conférencier fraichement débarqué en Guadeloupe : « beaucoup s’inventent guides ». Il y a un problème de formation et d’organisation des guides. « Le problème n’est il pas politique ? Il y a 10 ans, j’ai vu un guide touristique qui disait qu’une demi-journée suffisait pour Basse-Terre ». Alors qu’il n’en est rien, déclare René Bélénus.

Jocelyn Durizot, journaliste, revient sur la communication. Elle se fait seulement sur l’éducation citoyenne, selon lui, et non pas sur le patrimoine. « En matière culturelle, les gens de base doivent savoir ». Le président de l’office de tourisme rappelle d’ailleurs que 90% du patrimoine historique de la Guadeloupe se situe à Basse-Terre, mais que les supports visuels manquent.

Notre archéologue en vient à citer dans le débat l’exemple de Saint-Denis de La Réunion, complètement reconstruite en 25 ans.  Une métamorphose totale, qu’elle souhaite à la ville de Basse-Terre. « Que sera Basse-Terre dans 25 ans ? », se demande alors René Bélénus.

Rene Belenus en plein cafe historique

« Rénover un moulin, c’est bien parce qu’on le sauvegarde, mais ça n’a pas d’incidence économique. Mais le rénover pour le faire fonctionner et produire comme à l’époque, c’est intéressant. Le développement économique, c’est créer en plus de la sauvegarde, de la richesse, de l’emploi pour les gens », martèle Raymond Boutin.

 

Focus sur La Maison du Patrimoine, avec Suzy Crâne, guide conférencière

 

 

La Maison du Patrimoine de Basse-Terre, dont l’entrée principale est située dans le quartier de St François (qui tient son nom des moines franciscains) au 24, rue Paul Baudot, est construite début 19ème siècle, à l’initiative de M. Bouvier, riche négociant. Ayant les moyens de s’octroyer une « parcelle traversante », c'est-à-dire un terrain liant deux rues parallèles, il construit une maison créole typique. En bas et du côté de la rue Baudot, le salon et la réception des personnes. En haut, plusieurs chambres surmontées d’un vaste grenier. Tout autour du « patio » créole autrefois illuminé d’un manguier majestueux, la chambre des domestiques, la cuisine, les écuries et surtout le bassin. Un lavoir, mais surtout un lieu convivial de partage de l’eau avec les voisins, eau en provenance directe de la rivière aux herbes. N’en déplaise aux enfants, qui barbotaient avec grand plaisir dans ce petit plan d’eau !   

 

 

Que se passe-t-il à La Maison du Patrimoine  de Basse-Terre ?

Ayant une mission pédagogique et culturelle de transmission, de sensibilisation et de valorisation du patrimoine, la Maison du Patrimoine accueille aussi des croisières, propose des formations aux enseignants de l’IUFM, organise des ateliers de travaux plastiques avec les scolaires, mais aussi des conférences et désormais des cafés historiques. Les expositions de La Maison du Patrimoine

Des visites guidées de Basse-Terre à la demande du public sont possibles : à partir de 3 adultes, et pour 6 euros par personnes, pendant environ 2 heures de temps, le Fort Delgrès et la ville n’auront plus de secrets pour vous. Il existe également une convention avec le Département, qui propose les mardis, mercredis et dimanches de 10h à 12h des visites gratuites !

A venir :

  • Vendredi 15 décembre 2017 - Exposition Creativ’Art (travaux d’élèves)
  • 13, 20 et 27 décembre de 18h à 19h30 – Déambulation nocturne à Basse-Terre (visites thématiques avec guide conférencier)

 

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