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Guadeloupe. 2018, sé lanné a Moune de Rivel

12 Déc 2017
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Pointe-à-Pitre. Mardi  12 décembre 2017. CCN. Le compte à rebours jusqu’au 7 janvier 2018, date du lancement officiel  du centenaire de Moune de Rivel, a débuté.  Moune de Rivel, faut il le rappeler est cette  grande artiste d’origine guadeloupéenne et ambassadrice internationale de Biguine. Rencontre a Winny Kaona, fille spirituelle de Moune de Rivel pour une interview exclusive.

CCN : Qui est Winny Kaona ?

Winny Kaona : Je suis la fille spirituelle de Madame Moune de Rivel, qui m’a transmis son flambeau de chansons en  1994. Elle nous a quittés il y a 3 ans, le 27 mars 2014. Je me suis permise, pour le centenaire de sa naissance, qui aura lieu le 7 janvier 2018, en tant que « fille spirituelle », d’organiser la commémoration du centenaire de sa naissance.

CCN : Qu’est-ce que c’est pour vous, d’être une « fille spirituelle » ?

Winny Kaona : C’est comme un parrain qui a un filleul. On retrouve des valeurs dans cette personne, on l’aime beaucoup, et on lui transmet quelque chose. Fille spirituelle car je chante la biguine, et Moune de Rivel c’est une ambassadrice de la biguine.

CCN : Pourquoi l’histoire de Moune de Rivel est si particulière ?

Winny Kaona : Elle est particulière parce que Moune de Rivel, c’est d’abord une guadeloupéenne qui a œuvré pour la culture de son pays. Et elle a fait connaitre la musique, la chanson traditionnelle créole dans le monde entier. Elle a défendu sans faille sa créolité. Elle n’a jamais chanté en français, ni dans d’autres langues, sinon en créole. Bien sûr il y avait des chansons en français, mais qui parlaient des Antilles. C’est une femme qui a aussi composé l’hymne d’indépendance du pays aujourd’hui devenu le Burkina Faso. C’est la première femme noire à avoir participé au congrès des artistes et écrivains noirs à la Sorbonne, aux côtés des chantres de la négritude : Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon Gontran Damas … et j’en passe. Après, ce sont des qualités qui sont essentielles et qui font que c’est une grande dame. Moi en tant que fille spirituelle, j’ai voulu que toute la Guadeloupe connaisse ceci, parce que certains connaissent mais pas tout le monde.

CCN : Pourquoi cette passion pour la biguine ?

Winny Kaona : Depuis l’âge de 9 ans. J’avais entendu sur les ondes de la radio une émission qu’animait Moune de Rivel qui s’appelait « Charmes de Paris ». Cette émission se diffusait le jeudi. Je me suis prise de passion pour cette femme et tous les jeudis soirs j’attendais cette émission qui était retransmise sur les ondes de l’ORTF. J’étais là, près de ma sœur ainée, et j’écoutais sur le petit transistor vert de mes parents la voix de Moune. Et chaque fois que l’émission se terminait, je me mettais à pleurer, quand elle disait « au revoir la Guadeloupe, au revoir la Martinique, à bientôt si bon dyé vlé », et je disais « plus tard je vais chanter comme Femme de Rivel ». A l’époque c’était interdit de parler créole à la maison, et moi je disais donc Femme de Virel. Ca a été comme un appel. Ca ne peut pas s’expliquer. Regardez le rôle que je suis en train de jouer aujourd’hui.

CCN : C’est Moune qui vous a menée vers la biguine, et non pas la biguine qui vous a menée à Moune ?

Winny Kaona : C’est par elle que j’ai découvert la biguine. D’ailleurs à l’époque, j’écoutais Bourville, Salade de Fruits, d’autres artistes, et quand j’ai découvert Moune de Rivel : sa voix, je parle d’une voix, m’a happée. La voix de Moune m’a hypnotisée et tout est parti de là.

CCN : Racontez-nous votre première rencontre avec Moune

Winny Kaona : J’avais 36 ans. Elle était venue en Guadeloupe et je voulais la voir dans un spectacle. Je me suis « embarrassée » de mes neveux qui se sont endormis et je n’ai pas pu la rencontrer. Mais chemin faisant, 4 mois plus tard je pars, je suis déjà adulte puisque je travaille. Je pars en vacances à Paris, et par l’intermédiaire d’un ami commun, je vais chez elle. Et là, tout commence. Et quand je la rencontre, elle me reçoit parce que j’ai été recommandée. Une petite guadeloupéenne de son pays qui l’a rejetée, qui vient chez elle, elle n’aurait pas accepté si je n’avais pas été recommandée. C’est là que tout s’est fait : j’ai eu une petite audition chez elle. Quand elle m’a entendue, elle m’a prise dans ses bras, et elle m’a dit « après ma mort, toutes mes chansons vivront. Je suis contente que tu viennes de mon pays et que tu aimes la biguine ». C’est comme ça que notre filiation a commencée. Elle m’a carrément adoptée. Elle a écrit une chanson pour moi qui s’appelle « l’appel du gwo ka » et m’a offert une toile qu’elle avait peinte.

CCN : Revenons sur ce moment où Moune de Rivel vous a passé le flambeau sur scène, en Guadeloupe

Winny Kaona : Je me suis dit qu’il fallait la faire venir, parce qu’elle avait déjà 75 ans à ce moment là. Je contacte alors des gens et personne ne bouge. Jusqu’au jour où un animateur de RFO a eu l’intention de créer une émission culturelle appelée « Partitions », et on m’appelle pour la faire venir. Je suis contente, mais je fais la plus grosse gaffe de ma vie. Je ne demande rien et j’appelle toute heureuse cette dame. Sa question : « quel est le montant de mon cachet ? ». Et là je prends ma première fessée. Mais ça a été un bien pour un mal. Le Centre des Arts à l’époque, c’était l’Olympia. C’était mon premier grand spectacle. Spectacle intitulé « Rencontre de la chanson créole d’hier et d’aujourd’hui ». Succès total. 2 séances le 19 novembre 1994. Première séance à 16h, deuxième à 20h. A l’issue de la deuxième séance de 20h, elle dit : « merci à la Guadeloupe, merci. Je ne sais pas si je pourrai revenir un jour, mais elle, elle va me remplacer ». J’étais à ses côtés, puisque nous avons fait le final ensemble. « J’ai donné mon flambeau de chansons à Winny Kaona. Parce qu’elle est assez forte pour porter la chanson traditionnelle créole dans le monde entier, et cela je l’espère de tout mon cœur ».

Winny Kaona, libre comme l’art

Peinture, écriture, actorat, théâtre, musique … Winny Kaona est avant tout le fille spirituelle de Moune, pour qui elle voue un culte sans égal dans le monde depuis sa plus tendre enfance. Mais Winny est aussi une artiste multi facettes autodidacte.

En matière de peinture, depuis l’âge de 6 ans, elle ressent une « inépuisable soif de création explorant sans cesse de nouvelles parcelles d Terre vierge ». Ses peintures sont intuitives, et la reconnectent à son être intérieur : « il y a des peintures qui s’imposent comme si mon cœur devenait trop petit pour contenir cette vibration ».

L’écriture également, fait depuis longtemps partie de sa vie. Un art qui la libère : « ouvrir les portes de mon monde intérieur me permet de créer un lien d’énergie pure et vraie avec mon lecteur ».

Du côté du 7ème art, elle joue le rôle d’une diva de la biguine aux côtés de Firmine Richard. Le film sort en 2009 et s’intitule « Retour au pays ». En 2012 également, elle s’investit dans « La lune lévé », un documentaire sur la vie de Moune de Rivel.

Au théâtre, Aime-moi, Veillée chez la famille Prélude, Eveil de Kalou, Le bal nègre ou encore L’affaire Weiler sont  les plus grandes pièces dans lesquelles elle se produit.

Et la musique, son cœur d’art et de métier, se révèle dans toute sa splendeur dans « La voix de la tradition », 48 ans de musique qui chante l’amour de son île, en 18 albums.

Winny Kaona reçoit en 1988 le Micro d’or de la Biguine (ACRA). Elle décroche la Palme d’argent Chevalier du Conseil Supérieur de l’Encouragement Public en 2003. La Palme Vermeil Officier du Conseil Supérieur de l’Encouragement Public en 2007 également.

Le centenaire de Moune : des événements tout au long de l’année 2018

Winny Kaona est l’instigatrice du centenaire de Moune de Rivel. A l’image du grand poète Guy Tirolien, célébré il y a peu en Guadeloupe, et qui a permis de renouer des liens avec cet artiste, la fille spirituelle de Moune souhaite faire briller de mille feux sa Grande Dame.

Parmi les temps forts du centenaire :

  • des éponymies
  • des conférences anthropologiques et sociologiques
  • la création d’une fresque à Pointe-à-Pitre, Sainte-Anne (la ville d’origine du père de Moune) et Saint-Claude
  • une création chorégraphique
  • un show
  • un concours de biguine à destinations des étudiants en musique et des scolaires

On se retrouve très vite pour suivre ces célébrations du centenaire de Moune de Rivel sur la toile, avec CCN !

 

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