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Guadeloupe. Réparations: L’état français en accusation, mais où sont « nos » historiens et intellectuels?

14 Déc 2017
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Pointe à Pitre Jeudi 14 décembre. C’était il y a 8 jours le 7 décembre, ce jour là, des guadeloupéens Africains-descendants ont assigné l’Etat français en réparation des crimes de la Déportation et de l’Esclavage. Récit d’un procès historique et qui fera date et pourtant  sur cette question  ils sont  très nombreux historiens et intellectuels  guadeloupéens  à être  restés  étrangement  silencieux. Ceux la mêmes, on s’en souvient  néo-négationnistes  tropicalisés,  qui  montaient au créneau, lançaient  des pétitions ,  pour voler au secours d’un pâle partisan  du « Code noir » :O  la  yo ?

En parlant d’Histoire et de procès intenté aux tenants du pouvoir esclavagiste en Guadeloupe un petit rappel s’impose, qui devra faire l’objet d’un développement dans les colonnes de CCN..

Nous évoquons ici un procès retentissant qui s’est déroulé à la Cour d’Assises de Pointe-à-Pitre le jeudi 22 octobre 1840, soit huit ans avant la seconde abolition de l’Esclavage du 27 avril 1848..

Il s’agit de l’affaire de l’AFRES (AFRICAINE REDUITE EN ESCLAVAGE) LUCILE contre l’esclavagiste Jean-Baptiste DOUILLARD MAHAUDIERE, propriétaire de l’Habitation Mahaudière à l’Anse-Bertrand.

Sur dénonciation anonyme d’un autre français, M.  Douilard  Mahaudiére  a été traduit devant la Cour d’Assises de Pointe-à-Pitre pour emprisonnement et torture sur la personne de Lucile et cela durant 22 mois, dans des conditions qui choquent la conscience, à savoir l’enfermement dans une cellule de 2 mètres de long sur seulement 1,20metres de hauteur ! Le reproche fait au tortionnaire c’est d’avoir fait justice lui-même, alors que le crime d’empoisonnement qu’il reprochait à Lucile aurait du être déféré à l’autorité judiciaire..

A l’issue de ce procès d’assises, le procureur du Roi, M. Marais , lui-même propriétaire d’AFRES a tout naturellement acquitté monsieur Douilard  Mahaudière soutenu par l’ensemble des békés de la Guadeloupe..L’avocat de l’accusé était un européen du nom de Borne De Ganpré ..

Ce simulacre de justice qui s’est déroulé à l’aune de l’Edit de mars 1685 (c’est-à-dire le Code Noir, article 42) s’est vu répété ce jeudi 7 décembre 2017 au Tribunal de Pointe-à-Pitre. Encore un jeudi..

A la différence près c’est que ce sont des guadeloupéens descendants d’AFRES qui étaient à l’origine de la plainte et que le Tribunal était débordant d’un public lui aussi guadeloupéen au sein duquel on pouvait distinguer une classe d’élèves de 3 ème, de nombreux rastas et de nombreux jeunes de tous milieux..Ces guadeloupéens étaient soutenus par le CIPN qui a initié l’accusation contre l’Etat français..

Le Collectif d’avocats pour les Réparations était bien représenté par : Me Evita Chevry, Me Sarah Aristide, Me Roland Ezelin, Me Ary Durimel, Me Daninthe, Me Daniel Démocrite, Me CALVAIRE,  Me DIALLO, avocat africain.., Me Maryse Duhamel et Me Dominique Monotuka de la Martinique.

Il fallait noter la présence de Garcin Malsa, un militant de la première heure des Réparations puisque, président du MIR Martinique (Mouvement International pour les Réparations), il est avec Luc REINETTE et d’autres dont Marcel Manville et Félix Rodes disparus depuis, à l’origine de CIPN (Comité International des Peuples Noirs) qui le 4 février 1992 prônait sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris le principe des 3 R ( Reconnaissance du crime de l’Esclavage, Réparation de ce crime, et Réconciliation entre les Peuples).

Les plaidoyers furent brillants et parfois émouvants, au point de provoquer des applaudissements nourris que n’appréciait pas  la présidente du tribunal qui tentait de faire prévaloir son ‘’autorité’’ sur la salle et qui ne faisait que rappeler les comportements des juges qui siégeaient ici même à Pointe –à-Pitre sous l’égide du Code Noir. Cette dernière a expulsé quelqu’un qui avait  osé prendre une photo des juges ( tous blancs) appelés à juger une affaire mettant en cause l’Etat français , et a menacé d’expulsion tous ceux qui ne retiraient pas casquette, bonnet ou chapeau dans son illustre tribunal(sic).

Evita CHEVRY et Ary DURIMEL ont fait la démonstration que les plaignants n’avaient pas à faire la preuve de leur origine africaine , que les faits n’étaient pas prescrits et ne pouvaient l’être s’agissant d’un crime contre l’Humanité. Que la Loi TAUBIRA n’était pas une Loi mémorielle, amis bien une Loi normative…

Pour illustrer son propos, Me Evita Chevry a pris l’exemple d’un AFRES dont le propriétaire esclavagiste aurait coupé un jarret. Pouvait-on concevoir à l’époque que ce dernier se rende au greffe du tribunal pour déposer plainte, prenne un avocat pour le défendre, sachant que cet AFRES n’avait pas le droit d’ester en justice, sauf par l’intermédiaire de son ‘’maitre’’. De sorte cet avocat aurait tout simplement ramené son ‘’client’’ à son ‘’maitre’’ esclavagiste. Enfin, elle a démontré que pour nous ‘’démouner’’, on avait baptisé les AFRES et affublé de noms souvent grotesques. Et maintenant on demande à ces mêmes personnes dont tout a été fait pour effacer le nom d’origine et la mémoire de prouver leur identité. Hypocrisie bien française qui traverse les siècles… et qui perdure à travers les propos de Macron qui réfute tout doit à réparations ( non à l’oubli, mais non à la repentance.. Ce sont ses propos) tout comme Sarkozy et Holande avant lui. Ce qui fait dire : Macron- Sarkozy –Hollande  Menm  Bet Menm Pwel..

L’Avocat représentant l’Etat français dont le nom importe peu a bien entendu, comme il l’a fait le 10 juin 2017 à Basse-Terre, nié avec cynisme les droits des descendants d’AFRES à attaquer l’Etat français au motif que les faits étaient prescrits et que ceux qui attaquaient cet Etat n’avaient pas pu établir leurs liens avec des Africains réduits en esclavage en Guadeloupe, ce qui est faux par ailleurs.

L’un des faits remarquables de ce procès c’est que trois avocats au moins, Maitre Daninthe, Maitre DurimelL et Me Monotuka ont employé plusieurs fois le mot AFRES dans leur plaidoyer, une manière de rendre hommage à nos ancêtres réduits en esclavage, mais qui n’ont jamais perdu ni renoncé à leur Humanité..

Le combat continue, et cette stratégie d’harcèlement de l’Etat français portera à n’en pas douter un jour ses fruits (c’est déjà le cas au niveau de l’opinion publique) devant un Tribunal International..

Les Juifs ont obtenu avec justice Réparation pour l’Holocauste, pourquoi pas les descendants d’AFRES pour la Déportation et l’Esclavage. S’agirait-il d’un problème lié à la couleur de la peau ?

Nous savons que les tribunaux français ont toujours rendu une ‘’justice blanche et sèche’’, mais nous demandons justice au nom des nôtres ! Nous l’obtiendrons tôt ou tard..

 

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CCN

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