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Ile Maurice : histoire d'une réussite économique improbable

15 Mar 2018
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Port-Louis. Jeudi 15 mars 2018. (Xinhua)/CCN. Régulièrement cité en exemple, premier de presque tous les classements en matière d'économie, de social, d'éducation et de démocratie en Afrique subsaharienne, la République de Maurice, qui fête lundi ses 50 ans d'indépendance, a construit sa réputation envers et contre toutes les prédictions très pessimistes à sa naissance en 1968.

Grâce à une démocratie stable, une politique d'éducation pour tous, d'inclusion de toutes les composantes de sa population et d'ouverture vers le monde, cet archipel de l'océan Indien est aujourd'hui un pays qui vise à être une économie à revenu élevé, comme l'a déclaré le Premier ministre Pravind Kumar Jugnauth lors du banquet d'Etat donné lundi en l'honneur du président indien Ram Nath Kovind.

Ce rêve mauricien qui semble aujourd'hui réalisable aurait pu être qualifié d'utopique il y a 50 ans quand l'ancienne colonie britannique a pris son destin en main. L'île dépendait alors de la monoculture de la canne à sucre, ce qui avait fait dire à l'économiste James Meade, prix Nobel d'économie, que l'avenir du pays était très sombre et que les différentes communautés de l'île, européenne (principalement d'origine française), africaine, indienne et chinoise allaient s'entre-déchirer.

Une prévision qui aurait pu se réaliser car la campagne pour l'obtention de l'indépendance a été virulente et entaché de conflits raciaux. D'autre part, le pays a été victime d'un grand exode de son intelligentsia d'origine blanche et métisse, qui a été réceptive au discours anti-hindou des opposants à l'indépendance.

Toutefois, contre toute attente, les deux principaux partis qui se sont opposés durant la campagne, le Parti travailliste de Seewoosagur Ramgoolam et le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) de Gaëtan Duval, ont enterré la hache de guerre et formé une coalition pour diriger le pays. Les premières bases de la révolution économique sont alors jetées avec travers la fondation d'une zone franche d'exportation industrielle et l'ouverture vers le tourisme international.

Le pays se tourne alors grâce à deux hommes, José Poncini et le professeur Edouard Lim Fat, vers des industriels européens pour le premier et chinois pour le second. De son côté, Gaëtan Duval va, grâce à son charisme et sa personnalité flamboyante, faire la tournée des capitales européennes pour vendre Maurice comme destination touristique.

Cette ouverture au monde passe par la création en 1970,d'une zone franche d'exportation, s'appuyant sur une main-d'œuvre abondante et bon marché. L'initiative recueille quelque succès jusqu'en 1976, bénéficiant de la fin des "Trente Glorieuses" des pays industrialisés. En 1974, la balance commerciale est excédentaire avec un taux de couverture des importations par les exportations de 105%. Mais les chocs pétroliers de 1974 et de 1979 remettent en question les performances de la zone franche, de surcroît concurrencée par les pays asiatiques et pénalisée par une faible productivité.

Lors des élections de 1976, les partis au pouvoir perdent face au Mouvement militant mauricien (MMM) de Paul Bérenger et Aneerood Jugnauth. Toutefois, ils s'allient de nouveau pour diriger le pays. Cette fois, les prédictions de Meade semblent vouloir se réaliser. Le pays sombre dans un marasme économique sans précédent avec des dévaluations successives de la roupie mauricienne recommandées par les institutions de Bretton Woods.

Il faudra attendre 1983 et le boom de l'industrie pour redonner des couleurs à la zone franche. Au début des années 1980, celle-ci accueillait 51 entreprises textiles et 47 non-textiles. En 1988, elles seront respectivement 435 et 156, avec des investisseurs comme l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, les Etats-Unis, l'Australie, l'Afrique du Sud, l'Inde, Singapour et la Chine.

Conjuguant les bonnes performances de la zone franche, la rente sucrière et l'essor du tourisme, le pays connaît sur deux décennies environ un taux de croissance annuel moyen soutenu de 5,7%. Le PIB triple presque, passant de 1,8 milliard de dollars en 1984 à 5,3 milliards en 2004. Avec un PIB de 5.260 dollars par habitant et un secteur manufacturier qui représente 30% de son PIB, Maurice devient alors un nouveau pays industrialisé (NPI).

Il faut dire que l'Etat mauricien a su créer des conditions favorables : stabilité politique et institutionnelle, fiscalité avantageuse, traités de non-double imposition avec plus d'une trentaine de pays (Inde, Chine, Afrique du Sud, Thaïlande, France...), respect de la confidentialité intégré dans les lois bancaires et financières, infrastructure technologique et informatique moderne, professionnels bilingues. De plus, le pays bénéficie d'un fuseau horaire permettant de travailler pendant au moins quatre heures en simultané avec les opérateurs financiers des marchés européens et asiatiques.

Port-Louis crée en 1989 une Bourse des valeurs pour vendre le marché mauricien aux investisseurs étrangers. Le pays devient la troisième place boursière en Afrique, après Johannesburg et Le Caire. En 1992, l'économie se diversifie dans le système financier international, à travers la loi Mauritius Offshore Business Activities Act (MOBAA). L'objectif de départ est de capter les capitaux sud-africains qui utilisent l'offshore de Jersey et de l'Ile de Man. Avec la libéralisation économique de l'Inde et de son grand besoin de capitaux, l'offshore mauricien va connaître une explosion.

Au pouvoir depuis 1982 jusqu'en 1995, toujours le même homme : Aneerood Jugnauth. Une prouesse réussie grâce à son flair politique le poussant à faire des alliances improbables avec ses adversaires d'hier, comme son ancien parti, le MMM. Battu aux élections de 1995, il revient au pouvoir en 2000 en ramenant à nouveau le MMM à ses côtés.

Le nouveau gouvernement va maintenant jeter les bases d'un nouveau boom du tourisme et surtout mettre en place l'économie digitale en créant la cybercité à Ebène au centre de l'île. Le développement des technologies de l'information et de la communication et de l'externalisation de services deviennent le cinquième pilier de l'économie, après le sucre, le textile, le tourisme et les services financiers. Pourtant, miné par des dissensions internes, la coalition gouvernementale perd les élections de 2005. Le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam, fils de l'ancien Premier ministre, va néanmoins continuer la politique déjà commencée en s'appuyant sur les pays amis pour assurer le flux d'investissements et de visiteurs.

Ainsi dans le premier cercle, on retrouve l'Europe -France et Royaume-Uni principalement- et les Etats-Unis. Dans le deuxième figurent les pays régionaux autour de l'océan Indien en poussant jusqu'à la Chine.

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CCN

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