Guadeloupe. Destin : L’incroyable et exemplaire parcours de Mina Yenkamala

25 Mar 2018
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Mina Yenkamala à Varanasi pour Diwali Mina Yenkamala à Varanasi pour Diwali

Capesterre-Belle-Eau. Lundi 26 mars 2018. CCN. Depuis quelques mois, les nombreux téléspectateurs du ZCL* (sur Canal 10), ont le plaisir de voir et d’écouter en live (un mercredi sur deux) la chronique psy de Mina Yenkamala. Cette jeune guadeloupéenne tout aussi bardée de diplômes, que grande voyageuse , a su au fil des ans surmonter tous les obstacles rencontrés pour atteindre les objectifs professionnels fixés. En outre, Mina est très présente sur les réseaux sociaux. C’est son étonnant parcours que nous vous livrons au travers d’une interview – portrait : c’est à lire...

CCN : Mina qui êtes-vous ?

Mina Yenkamala : Avant de répondre à cette question me concernant, je me dois de vous dire que les parents de mes arrières grands-parents sont arrivés le 24 décembre 1854 en Guadeloupe. Ils étaient partis de Pondichéry, une colonie française située en Inde pour travailler dans les champs de canne.

Quant à moi, je suis née en Guadeloupe le 9 juin 1983 dans une famille d’agriculteurs. Mon père Claude était comptable, surtout très connu comme poète engagé dans la culture indienne à travers notamment les défilés de saris.

Suite à un grave accident survenu le 4 juin 1984 dans lequel mon arrière grand-père Albert est décédé, ma mère a du travailler dans l’entreprise Doressamy à Capesterre-Belle-Eau où mon père a pris ensuite la relève comme agent administratif puis responsable du personnel jusqu’en 1991. Ma sœur Rachelle naît en 1985.

A l’âge de 10 ans, je participe déjà au concours de poésie « les jeux floraux de la Guadeloupe » où j’obtiens le 1er prix dans la catégorie prose avec mon poème « mon baptême de l’air ».

CCN : Mais tout se complique très tôt pour vous..

M.Y. : Effectivement, en 1995, mes parents se séparent après treize ans de mariage. A la période du divorce, j’avais 12 ans et j’étais en classe de 5ème au collège de Capesterre-Belle-Eau. Dans ce contexte, j’étais livrée à moi-même et bien consciente que réussir à l’école était ma seule issue.

Ainsi, je me suis retrouvée déléguée de classe durant les années collège et lycée voire même déléguée des délégués en seconde ; mais aussi première de la classe en 6ème et 5ème, et parmi les trois premiers en 4ème et 3ème Latin.

A partir de mes 14 ans, j’ai effectué mes études de seconde au lycée des droits de l’homme de Petit-Bourg. Je suis devenue d’abord végétalienne puis végétarienne et bien déterminée à devenir psychologue. 

De plus, j’allais courir environ 1 heure tous les jours sur le bord de mer.

Sans aucun doute, c’est déjà pour moi le début de la méthode de santé « Programme Ayurveda » basée sur l’alimentation, l’hygiène de vie, le développement personnel et les plantes médicinales.

Puis, j’ai choisi d’intégrer la 1ère et la Terminale scientifique avec l’option mathématiques.

CCN : Une fois les études secondaires achevées, vous faites quoi ?

M.Y : Après avoir obtenu mon baccalauréat scientifique, je suis partie étudier la psychologie à l’Université de Bordeaux grâce à la bourse sur critères sociaux la plus élevée dans la mesure où mon père ne travaillait pas et ma mère était en congé sabbatique.

Tout en étant étudiante, j’ai effectué de nombreux petits boulots ;

- J’ai été ouvrière faisant la cueillette et le nettoyage minutieux des raisins pour le château Petrus qui produit le vin Pomerol

- Puis, vendeuse de fruits exotiques à Carrefour le week-end

- J’ai aussi fait les inventaires dans les magasins Auchan et Leroy Merlin de 20h à 2h du matin

- Organisatrice de week-ends d’intégration pour les élèves des grandes écoles de Commerce et Centrale à Montpellier ou encore en Bretagne

- Animatrice dans un camping et un centre aéré avec sous ma responsabilité 12 enfants tout en passant le brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA) et le brevet de surveillant de baignade

- Hôtesse d’accueil lors d’un casting de la « star academy » mais aussi lors du Salon Vinexpo qui alterne une année sur deux avec la foire du vin

- Enseignante de cours de français et d’anglais à deux femmes détenues à la Maison d’arrêt de Gradignan, etc...

CCN : Pourquoi tous ces jobs ?

M.Y : Vous savez, avec ma bourse, j’aurais pu rester sans travailler mais les petits boulots me permettaient de prendre le train pour visiter Paris et quasiment toutes les villes de France, mais aussi de faire des grands voyages dès le mois de mai surtout en ayant réussi tous mes examens partiels sans aller aux rattrapages.

C’est ainsi que mon premier voyage a été New-York en 2002, puis Venise, le Maroc et l’Andalousie (Cordoue, Séville et Grenade) en 2003, la Tunisie, le Canada et Londres en 2005, …

CCN : comment devenez-vous psy ?

MY : Lors de la soutenance du 4 octobre 2006, j’ai obtenu le titre de psychologue clinicienne diplômée d’Etat à travers le Master 2 de psychologie mention psychologie de la santé de niveau BAC+5.

En même temps que les études de psychologie et le bénévolat en prison, je me suis formée à la thérapie de la Programmation Neurolinguistique qu’on appelle PNL un week-end par mois de 2003 à 2005. C’est une formation relativement chère qui a coûté 4000 euros pour les deux années, mais le diplôme est reconnu par la Société internationale de PNL située en Californie aux Etats-Unis.

Il faut ajouter à ces journées bien remplies les cours de langue des signes française en 2004 ainsi que les stages d’étudiants dans les services de gastroentérologie et cancérologie du CHRU (centre hospitalier régional universitaire) de Bordeaux de 2004 à 2006.

CCN : Et ensuite ?

MY : Bardée de diplômes, je ne trouvais pas de travail si bien qu’en deux ans j’avais envoyé près de 500 candidatures partout en France, en Guadeloupe et en Guyane où j’avais décroché un quart temps de psychologue dans un centre pour personnes handicapées.

Comme les offres d’emplois étaient plus nombreuses dans le domaine des personnes âgées, j’ai étudié une deuxième spécialité en plus de la psychologie de la santé à travers le diplôme universitaire 3ème cycle de neuropsychologie à la Faculté de médecine de Montpellier qui est accessible uniquement aux professionnels de niveau Master.

Pendant le premier mois de formation, je faisais les allers retours en train entre Bordeaux et Montpellier jusqu’à ce que je déménage au centre-ville de Montpellier en janvier 2007.

Sachant que la vie est très chère à Montpellier, j’ai travaillé comme auxiliaire de vie par le biais de l’association ADHAP 34 tout en effectuant le diplôme de neuropsychologie un à deux jours par semaine.

Mon travail consistait à aider une quinzaine de personnes âgées ou handicapées à faire leur ménage, leur toilette, mais aussi je faisais les courses et leur donnais le repas. C’est un métier particulièrement difficile par exemple j’ai dû faire la toilette avec un gant d’un homme atteint de cancer, handicapé et qui avait des escarres sans avoir été formée pour cela.

Le salaire mensuel était d’environ 500 euros, c’était juste ce qu’il fallait pour payer le loyer. Déjà psychologue, j’ai même dû aller demander une aide à l’assistante-sociale de Montpellier.

CCN : A quel moment vous entrez dans la vie active ?

MY : Tout n’a pas été facile, en septembre 2007, j’ai continué la recherche d’emploi de psychologue à Paris. Malgré les dix entretiens obtenus, il ressortait que soit  le poste avait été ouvert pour quelqu’un travaillant déjà dans l’entreprise, soit j’avais trop de diplômes ou encore que je fusse trop jeune du haut de mes 24 ans.

Pour avoir de l’expérience, faudrait-il encore faire confiance aux jeunes.

Durant cette période, j’ai effectué divers jobs de vendeuse-caissière au cinéma UGC de Créteil, à la boutique Nature et Découverte et d’adjoint administratif à Noisy-le-Grand, ainsi qu’au restaurant de la Belle et le Clochard au Parc Disneyland jusqu’à ce que je réponde à l’annonce de l’hôpital de Capesterre-Belle-Eau parue dans le journal France–Antilles en mai 2008.

Alors âgée de 25 ans, je décroche mon premier poste de psychologue dans l’hôpital de Capesterre-Belle-Eau où je suis née.

Dans le cadre de mes fonctions de Neuropsychologue, je fais passer des tests de la mémoire aux personnes âgées et handicapées qui peuvent être atteintes de la maladie d’Alzheimer. De même, j’accompagne le plus souvent les personnes en fin de vie et celles qui souffrent de dépression. Pour donner de la cohérence à mon engagement, je rejoins l’association France Alzheimer Guadeloupe qui est reconnue d’utilité publique d’abord comme membre actif dans les permanences d’accueil, les interventions lors des conférences et les villages santé mais aussi en tant que trésorier de 2009 à 2011.

Le 7 juillet 2009, je représente le Centre Hospitalier de Capesterre-Belle-Eau au Congrès européen de psychologie à Oslo en Norvège avec une recherche sur l’adaptation psychologique au cancer. Au retour de Norvège, je participe à un congrès consacré à la mousson au Burkina Faso en Afrique.

En septembre 2009, j’intègre le club Rotary de Basse-Terre Fort Saint-Charles afin de rendre des services utiles au-delà de mon métier de neuropsychologue comme l’initiative de la conférence Neurodon.

De 2010 à 2011, j’exerce la fonction de trésorier au sein de cette association de renommée internationale, ce qui me vaut d’être décorée de la distinction « Paul Harris Fellow » du nom du fondateur du Rotary.

CCN : Encore un mauvais coup du destin....

M.Y : Oui, en 2010, mon père Claude meurt suite à deux accidents vasculaires cérébraux ( AVC) et après un mois de coma, le deuxième AVC a été fatal le jour même de mon vingt-septième anniversaire.

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CCN : Mais la vie doit continuer.

M.Y : Trois mois plus tard, je démarre le diplôme de Praticien de médecine ayurvédique qui est sur quatre ans et en partant trois fois cinq jours par an dans le Sud de la France, plus exactement à Saint-André de Valborgne dans les Cévennes. Alors que j‘enseigne trois cours de prévention du vieillissement cérébral à l’Université du Temps Libre de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre, mon professeur d’Âyurveda Atreya Smith accepte de me soutenir dans une recherche sur le lien entre l‘entrainement de la mémoire et la médecine ayurvédique dès décembre 2012. Un groupe témoin est pris au club des aînés « la joie de vivre » du Lamentin et dans les clubs Rotary de la Guadeloupe.

Une telle recherche scientifique d’abord sur 30 participants puis sur 102 guadeloupéens est présentée au congrès international de psychologie au Cap en Afrique du Sud le 25 juillet 2012 et au congrès de Madrid le 25 avril 2013. Plusieurs conférences sont organisées en Guadeloupe, à l’Espace régional du Raizet le 22 décembre 2012 et à la médiathèque du Lamentin le 29 juin 2013 pour présenter les résultats.

Le 16 juillet 2013, je fonde l’Institut ayurvédique de la Guadeloupe afin de développer la prévention en santé grâce à une méthode sans médicament telle que l’Âyurveda.

En décembre 2013, j’effectue mon stage de fin d’études dans la clinique du Dr Joshi à Nagpur dans l’Etat du Maharastra en Inde tout en devenant Vaidya ou praticienne de médecine ayurvédique.

Au sein de l’association, j’ai pu proposer diverses conférences sur la mémoire et le bien manger, des ateliers de prévention notamment du décrochage scolaire, des groupes de parole pour les lycéens ou encore des adultes qui consomment de l’alcool et des drogues et bien d’autres formations aux professionnels de santé. En 2014, j’obtiens également le certificat en gestion de projet de l’Ecole centrale de Lille.

Le 7 janvier 2015, jour des attentats de Charlie Hebdo, je passe devant le jury du concours de psychologue hospitalier qui me permet de devenir fonctionnaire à l’hôpital.

Trois années se sont écoulées depuis le début de la recherche sur la prévention des troubles de la mémoire selon l’Âyurveda.

A l’occasion de la Semaine Bleue en octobre 2015, le livre « Programme Ayurveda, pour vivre longtemps et en bonne santé » est publié.

Cette méthode de santé naturelle est protégée à l’Institut national de la propriété intellectuelle, et vendue au prix de 30 euros qui sont totalement reversés à l’association. Ce sont 400 livres qui ont déjà été distribués partout dans le monde y compris au Japon, en Argentine et en Inde.

Mon parcours de psychologue engagée dans la prévention de la santé prend tout son sens en évoluant sur les fonctions de directrice d’hôpital.

C’est ainsi que depuis novembre 2013, je prépare les concours administratifs de niveau cadre supérieur. J’ai donc réussi en 2015 et 2016 les épreuves écrites du pré-concours de directeur d’hôpital et de directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social (DESSMS).

Finalement, j’ai été nominée pour la classe préparatoire d’attaché d’administration hospitalière en mai 2016 à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Pour autant, je me suis désistée pour cette classe prépa afin de pouvoir passer directement directrice par la voie du Tour extérieur c’est-à-dire qu’une commission choisit parmi plusieurs candidats.

Le 25 juillet 2016, je présente le cas d’une femme ménopausée au Congrès international de psychologie à Yokohama, au Japon. Lors de ce séjour, je profite pour faire l’ascension de nuit du Mont Fuji jusqu’à la dixième station, ceci en seize heures sans s’arrêter.

Les travaux de recherche sur la prévention de la maladie d’Alzheimer, mais aussi sur les stratégies d’adaptation aux récidives de cancer et plus récemment sur la prise en charge ayurvédique de la ménopause ont été publiées dans des revues américaines, françaises et indiennes qui sont reconnues. Ce sont au total huit publications scientifiques et le livre « Programme Ayurveda » à mon actif.

Grâce à mes connaissances juridiques acquises avec la préparation des concours hospitaliers, j’intègre en septembre 2015 le MASTER 1 de droit public mention administration des collectivités territoriales de l’université des Antilles sans passer par la Licence de droit.  

Lors de la soutenance publique du 29 juin 2017, je présente mes travaux sur la problématique de distribution de l’eau vue sous l’angle du droit de l’urbanisme en m’appuyant sur le modèle de la ville de Pointe-à-Pitre appartenant également à CAP Excellence.

C’est ainsi que j’obtiens le MASTER 2 de droit public dans la perspective de pouvoir diriger un jour un hôpital rayonnant sur toute la Caraïbe.

Forte de trois Master et de quinze ans d’études supérieures à tout juste 34 ans, je suis convaincue que l’ayurvéda est la solution de l’avenir.

En effet, c’est une approche qui considère l’humain dans sa globalité et qui est la moins chère à l’heure où l’on parle à la fois d’économies, de souffrance au travail et de violence à l’école.

Facebook Mina Yenkamala et sur LinkedIn Mina Yenkamala.

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