Guadeloupe. Port Caraïbes : Une forteresse impénétrable et une journaliste blacklistée pourquoi ?

13 Avr 2018
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Karukéra Bay Karukéra Bay

Pointe à Pitre. Vendredi 13 avril 2018. CCN. Derrière la belle union de façade avec les collectivités (Région, Pointe-à-Pitre, Cap Excellence) et la CCI IG autour du grand projet d’aménagement du front-de-mer de Pointe-à-Pitre, le Grand Port maritime, qui pilote Karukera Bay, semble vouloir fonctionner comme un véritable « mini État » au sein de la collectivité Régionale. A la veille des prochaines élections du conseil de surveillance du port , CCN ouvre le dossier.

 

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Avec la construction du futur CHU, censé être livré au mieux en 2022, Karukera Bay, sera sans doute le deuxième grand projet de la prochaine décennie. Moyennant un investissement public/privé de 200 M€ (un tiers du budget du CHU), il prévoit d’aménager les deux kilomètres du Front-de-mer de Pointe-à-Pitre et ainsi relier Lauricisque au Mémorial Acte via un cheminement piétonnier jalonné de commerces, de bars, de restaurants, d’un centre commercial, d’activités de loisirs avec un centre nautique… La philosophie du projet, qui ne date pas d’hier, repose sur l’intégration du port dans la Ville, afin de soutenir la croisière et de rendre plus attractive l’escale pointoise pour les touristes comme pour les résidents qui auront aussi librement accès à l’ensemble des infrastructures. Cet aménagement du front-de-mer, porté par le port autonome, vient officiellement d’être lancé avec la signature, le 6 avril, d’un protocole de préfiguration du projet, engageant Guadeloupe Port Caraïbes, l’État, la Région, Pointe-à-Pitre, Cap Excellence et la CCI IG. Sauf que cette signature, purement symbolique, qui aurait déjà du avoir lieu en février dernier, n’avait qu’un objectif : mettre en scène la communion des acteurs publics autour de l’Établissement public d’État et son grand projet. Sinon et la question mérite d’être posée : pourquoi certains journalistes, informés sur les tensions et divergences entre le directoire du port autonome et ses détracteurs politiques, ont-ils été écartés de cette étape où rien de vraiment neuf n’a été dévoilé sur le projet qui n’a pas structurellement évolué ?

C’est avéré, la direction de la communication du Port a en effet décidé de trier sur le volet les journalistes. Nous avons ainsi été surpris d’apprendre par exemple, qu’un seul journaliste, de » Nouvelles Semaine « en l’occurrence le rédacteur en chef, Jacques Dancale (et pas sa consoeur Karen Brun) était « autorisé » à assister à la signature et à la présentation de Karukera Bay.

Des journalistes blacklistés ?

Selon nos informations, il semble bien que la responsable de la communication et des affaires publiques avait « reçu des directives très claires » : Toute autre personne de la rédaction des « Nouvelles Semaine » se présentant à sa place « n’aurait pas accès à la signature »

. La direction de la communication du Port autonome a donc visiblement voulu écarter délibérément une journaliste en particulier, et en l’occurrence celle ayant suivi le dossier depuis le départ et donc en mesure de rappeler que Karukera Bay, avant d’aboutir à ce consensus et cet engagement des acteurs publics aux côtés du port autonome, s’est trouvée au cœur d’une réelle crispation entre les collectivités, notamment la Région, et la direction du Port.

. Un « conflit » qui de notre point de vue portait moins sur le fond du projet que sur la manière dont l’établissement public d’État a voulu l’imposer à ses partenaires financiers, et cela sans concertation et à ses conditions.

Mieux valait donc, le 6 avril, verrouiller la com.’ pour ne pas risquer de brouiller l’image de « l’union » des d’exécutifs des collectivités, réunis autour du président du directoire, en accueillant tel ou telle journaliste qui aurait pu rappeler certains faits démontrant l’attitude hégémonique de l’état major de Grand port Caraïbe à l’égard des collectivités guadeloupéennes

 Financeurs plus que partenaires

Il nous faut rappeler que l’hebdomadaire « Nouvelles Semaine » écrivait déjà en mars et mai 2017 (NS n°347 et NS n°354), que le lancement de Karukera Bay a été freiné par des chefs d’exécutifs x estimant que leur collectivité était considérée par le port autonome comme des financeurs ou détenteurs de fonciers plus que comme de vrais partenaires du projet. Lors de la visite de l’ex ministre français de l’Aménagement du Territoire, Jean-Michel Baylet, la Région, que l’on savait critique à l’égard du projet, n’avait pas été invitée.

Le vice-président de la Région, Guy Losbar, venu quand même, avait alors dénoncé le fait que ce projet n’ait pas été le fruit d’une vraie concertation avec la Région, collectivité en charge du développement économique. La Région qui on le sait, est prescripteur de schéma régionaux dans lesquels devrait s’inscrire un tel projet dont les intérêts sont d’une importance majeure pour notre pays et dépassent le simple cadre portuaire

. À l’époque, Jacques Bangou, le maire de Pointe-à-Pitre, déplorait aussi un manque de lisibilité du projet, notamment sur la répartition des financements entre les opérateurs publics et privés. Devant tant de crispations, Jean-Michel Baylet, représentant de l’État, français soutenait forcément Karukera Bay, sinon il n’aurait pas laisser inscrire cette étape dans le programme de son déplacement, avait alors sommé tout le monde de se mettre d’accord.

Un an plus après, il faut croire que le port autonome, tenace et voulant coûte que coûte faire aboutir SON projet visant à doper l’activité de croisière et améliorer ses performances, a visiblement su trouver des réponses rassurantes de nature à faire plier – euh signer- les élus et les ramener à de meilleurs sentiments.

Mais ce 6 avril a–t-il vraiment marqué la fin du bras de fer qui a opposé la Région et le port, tensions exacerbées par l’échec d’Ary Chalus à la présidence, un an plus tôt (mars 2016) du conseil de surveillance de Guadeloupe Port Caraïbes, élection au cours de laquelle l’État n’était pas resté neutre en prenant part au vote ? Rien n’est moins sûr car c’est un fait, le port autonome règne toujours sur son pré-carré comme un véritable mini état au sein de la Région. La journée du 6 avril en a été l’illustration, en s’affichant comme une forteresse impénétrable et bien gardée par la direction de la communication,

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