Guadeloupe. Santé : La Désirade est désormais un désert médical

24 Mai 2018
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Baie-Mahault-Désirade. Jeudi 24 mai 20118. CCN. Dans moins de deux semaines, il n’y aura plus, à la Désirade, ni médecin, ni pharmacien, ni kinésithérapeute. Que les biens portants le restent et que les autres s’inquiètent.

Début mai, Eléonore, la jeune pharmacienne de 32 ans décède brutalement. Et à ce jour, il n’y a toujours pas de candidat pour reprendre la pharmacie. A la fin de ce mois, le docteur Thierry Hennequin, le seul médecin de l’île va définitivement quitter la Désirade. Il souffre d’une malformation de la cornée et se voit contraint de se faire opérer tour à tour des deux yeux et d’éviter le soleil pendant les mois qui suivront cette intervention. Autant dire que s’il doit revenir un jour, ce n’est pas pour demain.

D’aucuns vous diront que c’est dommage pour lui car il gagnait bien sa vie le docteur Hennequin et c’est à la fois probable et normal. Il était payé en contrepartie de ses heures de présence c’est-à-dire 24h/24h et 7 jours sur 7.

Jour et nuit notre brave docteur était de permanence. Autant dire que sa formation d’urgentiste lui a beaucoup servi notamment pour recoudre les plaies et autres petits bobos qui se manifestent sans tenir compte des jours ouvrables.

Désormais, pour la fièvre à 40 des nourrissons ou les maux de ventre tenaces, il faudra prendre le bateau, à condition naturellement que les sargasses permettent de quitter le port. Et pour les accidents en tout genre, alors il faudra appeler les pompiers puis l’hélicoptère pour une évacuation sanitaire.

Mais il y a encore plus grave car sans médecin plus d’ordonnance, quid de la kinésithérapeute et de l’infirmier ? La réponse est malheureusement évidente pour la première, elle quitte la Désirade.

Alors en d’autres temps et d‘autres lieux, il aurait suffit de trouver des remplaçants et ce n’est pas faute d’en avoir cherché. Depuis le mois de novembre, Thierry Hennequin a prévenu l’ARS, le directeur de l’époque Patrice Richard, pour l’informer de son départ et donc de la nécessité de trouver un successeur, même démarche auprès de l’ordre des médecins et du Samu. Il dépose même des annonces dans la presse spécialisée. Il reçoit une seule réponse. Le postulant, devant l’état de vétusté du cabinet médical, propriété de la mairie, n’a même pas donné suite. Alors même si le maire actuel, Jean-Claude Pioche, se veut rassurant à travers une lettre diffusée le 17 mai dernier, sur les réseaux sociaux, expliquant qu’il avait personnellement pris l’attache de l’ARS pour « trouver une solution dans les meilleurs délais », il faut bien reconnaître que la situation n’a pas évolué.

Ainsi, les Désiradiens n’ont plus que quelques jours pour se faire soigner et renouveler leur ordonnance. Alors de « Désert » à la Désirade, il n’y a pas que le nom du lieu-dit au contrefort collinaire brûlant, là où fut assassiné Mathias Mathurin, désormais c’est aussi tout le secteur de la santé qui est sinistré.

 

Marie-France Grugeaux-Etna

 

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