Guadeloupe. Secret et Histoire : Ce qu’on nous cache sur « l’affaire du tombeau de Richepanse »

29 Mai 2018
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Basse-Terre-Capitale. Mercredi 30 mai 2018. Tout a vraiment commencé il y a de cela plus de 2 siècles. En 1794, la Convention décide, par un décret signé le 4 février 1794, d’abolir l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Ni la Martinique, passée à l’Anglais ni la Réunion, ne sont concernées. En Guadeloupe nos arrière-arrière grands-parents sont théoriquement « libres », du moins, jusqu’en mai 1802. Un général français, Antoine Richepanse , envoyé par Bonaparte, à la tête d’un corps expéditionnaire, décide de rétablir par la force l’esclavage en Guadeloupe. C’est alors la guerre de la Guadeloupe qui s’achèvera fin mai 1802 par la défaite des anti-esclavagistes. Richepanse, atteint par la fièvre jaune, meurt à Basse Terre en septembre 1802. Son tombeau est encore visible au Fort qui porta jadis son nom et est devenu depuis Fort Delgrès. Dans une lettre une lettre adressée à la Présidente du Conseil Général, LKP exige l’enlèvement de la sépulture de ce Général qui s’est illustré en Guadeloupe par sa cruauté.  

Dans l’article qui suit, CCN propose une autre lecture, plus mystique, de l’affaire du tombeau de Richepanse : Quels en sont les vrais enjeux ?

Ceux qui volent au secours de la sépulture du général Richepanse et qui ne comprennent pas la résolution de certains à voir cette dépouille quitter le sol guadeloupéen, se trompent. Inutile de sommer Raymond Gama ou Elie Domota de certifier de leur qualité d’historiens avant de leur accorder voix au chapitre. L’enjeu pourrait ne pas être d’ordre historique. Comme d’habitude, dans ce pays, on se rue pour argumenter sans avoir préalablement mis en lumière les enjeux réels. Ainsi, avant d’appeler chacun au sursaut républicain ou à l’apaisement, il serait bon que tout un chacun se rappelle ce que représente une sépulture. Ce type de monument sert avant tout à recueillir les reliques d’un défunt. Les reliques, c’est tout ce qu’un mort laisse derrière lui après son décès. Ceux-ci sont de trois ordres. D’abord le nom, ensuite la dépouille mortuaire et enfin, les biens. Or, rappelons-le, c’est avec l’institution de l’inhumation dans les sociétés humaines que commence la sédentarisation. Les reliques sont donc des éléments qui servent à fonder les civilisations. Chaque peuple décide alors de ceux qui seront reconnus comme ses pères fondateurs. Ils sont donc enterrés à des points stratégiques de ces territoires.

Ces lieux sont ensuite consacrés à cet effet.  Au-delà du symbole honorifique, ils constituent ce que les initiés en ésotérisme appellent des bornes mystiques c’est à dire qu’on leur assigne des missions précises, entre autres assurer la défense, la protection, l’unité, la prospérité du pays en question. Sur le plan religieux, c’est bien à l’aide des parties dures de ces dépouilles (dents, os) que l’on bâtit ou charge selon les croyances, les édifices religieux en énergie miraculeuse. La course aux reliques religieuses constitue, il est vrai, un trait saillant de l’histoire de l’Église catholique, mais elle n’est pas la seule à en user. Les ordres mystiques, eux aussi, y vont de leurs bornes mystiques. A ce titre, on prête à la franc maçonnerie un quadrillage du territoire français, à commencer par sa capitale Paris. Ceci fait dire que la France peut être occupée, mais jamais vaincue. Il est dit de même des États-Unis. Ainsi, chaque ordre, chaque tradition spirituelle défendrait ses intérêts à sa manière. Qu’ils soient laïcs ou religieux, tous prêtent à ces espaces, le pouvoir d’agir. A croire que, des siècles après leur mort, ces défunts continuent d’agir en faveur de la mission jadis confiée. En pareille circonstance, la sépulture du général Richepanse aurait de quoi déranger tout militant qui prétend fonder autrement son pays. Or, si toute la Guadeloupe n’est pas ouvertement nationaliste, elle est encore moins informée de ces questions.

Elles passent tout au plus pour des superstitions d’un autre temps mais, croyances ou pas, on pourrait se demander pourquoi certains ont tenu absolument à poser une stèle en l’honneur de L’olive et Duplessis à Sainte Rose, ou pourquoi un siège de vénérable de loge maçonnique trône en plein cœur d’un mémorial acte, censé garder la mémoire de l’esclavage et des abolitions ? Y aurait-il hermétisme de ceux qui savent, au détriment de ceux qui ignorent ? L’incompréhension qui règne entre les deux parties pourrait ne pas être étrangère à ce fait. Aucun peuple ne bâtit son récit historique sur les reliques de ceux qui, de leur vivant ont été leurs adversaires les plus virulents. Ce serait comme ouvrir la porte du poulailler aux mangoustes.

C’est peut-être ce qui pourrait justifier la colère d’Elie Domota. Mais est-il réellement édifié de ces faits ? Au bénéfice des plaignants, l’histoire de l’indépendance d’Haïti vient à ce titre nous rappeler que l’on ne peut pas tout se permettre dans ce domaine. Au cours des affrontements qui devaient voir la victoire finale du camp de Toussaint l’ouverture, en 1804, chacun y allait de ses bornes mystiques. La franc maçonnerie locale, blanche et issue du Grand Orient de France, combattait la lutte émancipatrice des Africains réduits à l’état d’esclaves. L’Église, avec ses saints, œuvrait à un retour de ces derniers sur l’habitation de leurs anciens maitres. Une bataille tant physique que mystique s’instaura à l’issue de laquelle les participants à la cérémonie du Bois Caïman devaient l’emporter. Cela reviendrait à dire que le devenir et la protection de la nation haïtienne se joue à ce niveau-là aussi. Les Haïtiens, en tout cas, y croient dur comme fer. Ils disent que les pères fondateurs de leur Nation sont implantés a des points stratégiques qu’il faut à tout prix préserver. Tout président qui contreviendrait à cette règle exposerait de fait Haïti aux attaques mystiques étrangères. C’est bien par la négligence des présidents en exercice à ces époques qu’ils expliquent l’occupation d’Haïti par les États-Unis en 1915 et la présence de la Minustah de 2004 à 2017.

C’est l’explication que donne en tout cas l’historien haïtien et ancien ministre de la communication Ady Jean Gardy. L’homme a étonné son pays, peu après le décès de Jean-Claude Duvalier. Il avait alors révélé la tenue, le 16 janvier 1986, au Palais national d’une réunion très secrète.

Au cours de cette dernière, 8 dignitaires vaudous parmi les plus réputés  avaient fait une série de prophéties à Bébé Doc sur son avenir et celui d’Haïti. Ils lui avaient, entre autres reproché d’avoir déplacé les bornes du pays. Le Président à vie avait, il est vrai, fait déplacer les sépultures des Pères de la Nation pour leur bâtir un panthéon à la française sans avoir procédé au préalable à une cérémonie d'autorisation. Ils lui avaient alors annoncé que le pays était dès lors à la merci des attaques étrangères, et que si ses successeurs n’y remédiaient pas en restaurant ces bornes, un tremblement de terre ferait un jour plus de 300 000 morts dans le pays.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces faits prédits le 16 janvier 1986 se sont produits comme annoncés en 2010. De même que le décès de Bébé doc en 2014, qui selon eux serait intervenu 57 ans après 1957, année d’accession au pouvoir de son père François Duvalier. D’autres faits du même type existent en Afrique.

Au Cameroun, par exemple, les prêtres traditionnels Mbock  du peuple Bassa, Bati, Mpo, sont en litige ouvert avec l’Église locale à qui ils réclament l’enlèvement d’une croix aussi majestueuse que celle de la Pointe des Châteaux trônant au-dessus de leur grotte sacrée, Ngog Lituba. Autrement dit, le maintien en Guadeloupe de la sépulture d’un personnage tel que Richepanse, a de quoi, au moins, intriguer.

Si la question des bornes mystiques est avérée, tout un chacun pourrait alors s’interroger sur un possible quadrillage ancien de notre territoire par d’autres éléments de ce type et surtout se soucier des missions qui pourraient leur avoir été autrefois assignées.

La question de la sépulture de Richepanse ne serait alors qu’une simple pluie annonciatrice de tempêtes futures, et la polémique entre historiens et prétendus faux historiens un écran de fumée propre à masquer les vrais enjeux.

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CCN

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