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Guadeloupe. Statut Politique et Itw vérité : Annick Girardin, la Ministre des dernières colonies françaises exhorte les élus à « prendre leurs responsabilités ».

15 Jui 2018
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Iles du sud de Guadeloupe. Vendredi 15 juin 2018. CCN. Exclusif.  Les cyclones Irma et Maria, l’incendie du CHU, la problématique de l’eau   et de la chlordécone, la crise aiguë des sargasses ont contribué à faire de la Guadeloupe, le passage obligé de nombreux ministres français. Derniers arrivés Nicolas Hulot, et Annick Girardin.  Il semble bien, que cette crise des sargasses a été l’occasion rêvée pour le gouvernement Macron de faire subir à nos élus une épreuve de vérité :

1/ Peuvent ils se passer d’un état Père Noel ?

2/ Sont-ils en capacité d’assumer la gestion pays si le gouvernement français décidait de larguer les amarres ? si anka…

 Quand on lit entre les lignes les réponses d ‘Annick Girardin à nos questions, c’est ce néo-discours qui commence à être distillé. Mais nos élus, sont-ils eux prêts à l’entendre et à le comprendre ? Le problème est plus que jamais posé…

 

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CCN :  Madame la Ministre des Dernières Colonies Françaises, un petit bilan de ce périple ushaïen dans les Iles du sud de Guadeloupe ?

Anick Girardin : (sourire). La journée a été extrêmement studieuse pour les deux ministres. Nous avons pu aller sur le terrain voir la réalité des choses, je ne méconnaissais ni les difficultés, ni l’ampleur de l’arrivée des sargasses cette année dans les débats qu’on a pu avoir avec les élus, particulièrement avec le Président de Région.

Venir sur le terrain, c’est aussi et surtout voir comment chacun trouve des solutions, comment chacun s’est organisé, car les solutions ne sont pas toujours les mêmes.

CCN : Certains élus ont été très virulents du fait du retard que l’État français a eu à répondre à leurs attentes…

AG : Il y a de la colère, cela se comprend. Il y a surtout une grande lassitude et une inquiétude. Lassitude parce que la problématique des sargasses s’étale dans le temps. On ne sait pas quand cesseront les arrivées de ces algues… Oui, c’est vrai, c’est usant, surtout quand on est au bout du rouleau et qu’on a l’impression d’être en plus abandonné. Il était donc important qu’on vienne rappeler la mobilisation de l’Etat, les moyens qu’il mettra à la disposition des collectivités pour poursuivre leur mission qui va durer encore. Il était aussi important pour dire que les plans existent, parce que   comme on le fait pour les cyclones, quand on appuie sur un bouton, chacun sait qui fait quoi et qui paie quoi. Je pense qu’il faut qu’on arrive à ramasser les sargasses en 48 h, à condition que le dispositif soit bien enclenché. Après il y a une angoisse liée au volet sanitaire.  Si les sargasses ne sont pas ramassées en 48h, elles dégagent des gaz et nous n’avons pas suffisamment d’infos pour rassurer les populations sur ces questions. Il nous faut avoir des réponses assez vite, très précises, car malgré les capteurs, les éléments qui fournissent ces infos, il y a des questions qui restent en suspens. Quand il s’agit de la santé des gens, il faut apporter des réponses et être hyper transparent. Et puis il faut trouver des solutions, y compris envisager le déplacement des populations.

CCN : Cela dit, vous admettez que la Guadeloupe vit une crise sanitaire majeure : CHU, eau, sargasses, chlordécone. Ça fait quand même beaucoup. Et l’État dit quoi ? 

AG :  Oui, c’est vrai, la Guadeloupe a tout pris au cours de ces derniers mois, entre le cyclone Maria, l’incendie du CHU, les sargasses, le chlordécone. Mais il faut quand même faire la différence entre ce qui est connu depuis très longtemps et ce qui est de l'ordre d’un incendie du CHU qui lui, n’était pas prévisible. Les sargasses sont une problématique depuis 2011. Il est anormal qu’on ait réussi à s’endormir, parce qu’il n’y en avait pas. Anormal le temps qu’on a perdu. Anormale aussi la démobilisation des chercheurs. Avant 2016 et 2017, on avait enclenché un dispositif qui fonctionnait. Mais du fait qu’en 2016 et 2017, on n’a pas eu de sargasses on s’est endormi. On a pris du temps au démarrage. On a pris du retard. Il ne faut plus que cela se reproduise. Il faut maintenant que tout soit organisé, chacun à son niveau, les responsabilités partagées, les actions partagées. L’État sera aux côtés des collectivités…

CCN : Vous nous dites en fait que les rapports entre l’Etat et les collectivités sont en train de se modifier : vous appelez donc nos élus à prendre davantage leurs responsabilités ?

AG : Vous savez, on ne gère jamais mieux les problématiques que proche du terrain.

Je crois que le Président de la République souhaite qu’on aille plus loin sur la différenciation, sur les possibilités de donner davantage d’habilitations, de capacités à expérimenter aux collectivités territoriales. C’est, à mon avis, une bonne chose.  Quand on est proche du terrain, on est plus réactif, ensuite on est plus juste, surtout quand on ne connaît pas un certain nombre de données d’un territoire.

Ici en Guadeloupe, on est sur un archipel, et vu de Paris, on peut très bien dire, voilà les réponses qu’on apporte à la Guadeloupe, mais elles ne peuvent pas être les mêmes à la Désirade, à Marie-Galante ou aux Saintes. Ce sont des données qu’on n’arrivera pas à prendre en compte sur le plan national (français). La différenciation, les habitations, la prise de responsabilité est importante, mais pour autant, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas être à côté des collectivités dans un engagement plus fort de l’État pour coordonner sur le territoire, les moyens qui peuvent être mis à la disposition des collectivités.

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CCN : Quand ces élus viennent pour appeler l’État au secours, comment vous réagissez ?

AG : J’ai rassemblé tous les élus   d’outre-mer pour faire avec eux une semaine à Paris et discuter tous les sujets et nous avions mis à l’ordre du jour, le chlordécone, les Assises des Outre-Mer et d’autres sujets. Et les sargasses s’y sont invitées, sujet apporté par le Président de Région et quelques parlementaires. Ça a été l’occasion de dire le ras le bol, la nécessité de prendre, à notre niveau des mesures pour venir épauler les collectivités, moi je crois que face à l’Etat, il faut qu’il y ait aussi de propositions, des solutions qui soient proposés, car c’est ensemble qu’on apportera une réponse qui pourra être à la hauteur de ce qu’attendent les Guadeloupéens. Oui, il y a redéfinir la relation entre l’État et les collectivités d’outre-mer. C’est mon souhait. Il y a aussi à recréer un écosystème, de manière que chaque collectivité ait à penser son développement et à voir les moyens de ce développement.

CCN : En terme financier, l’engagement de l’Etat francais sur la Guadeloupe et la Martinique, cela représente quoi ?

AG :  Sur l’année en cours, les engagements que nous avons pris, plus les engagements supplémentaires nous font arriver à peu près à 12 millions d’euros.

CCN : Pour 2018 ?

AG : et peut être un peu de 2019.

CCN : Ca parait très insuffisant non ?

AG on a déjà un fonds d’urgence de 3 millions, qui n’a pas été totalement consommé, pour la question du ramassage des sargasses. Nous doublons le fond. Il faut aussi avoir les moyens de l’investissement, agréer un certain nombre de projets pour avoir des outils de ramassage, pour parler financements, on devra être aux alentours des 8 millions nécessaires.

CCN : Et le volet international ?

AG : Sur les crédits annoncés, le volet international n’y est pas. Il est indispensable que l’on fasse ce travail avec nos voisins, mais plus largement, avec tous les chercheurs intéressés. Nous avons confié une mission au sénateur Théophile, qui devra travailler dans la région, en faire le tour, ramener l’ensemble des projets et solutions trouvées et voir comment font les autres. On va regarder et débattre avec eux ; et si on peut porter une réponse sur la valorisation, il faut travailler avec nos voisins. Une force de frappe internationale sur les questions est nécessaire.

CCN :  Re-Macron en septembre en Guadeloupe ?

AG : Le Président de la République avait annoncé qu’il reviendrait en septembre dans la région, à Saint-Martin, un an après Irma. Son déplacement sera plus large. Il fera la Guadeloupe et la Martinique.

CCN : Quand on vous qualifie de « Ministre des dernières colonies françaises », dites-moi, ça vous choque ?

AG : Ça ne me vexe pas, c’est juste pas une réalité. Aujourd’hui, de mon point de vue, la relation entre l’État, les collectivités des territoires d’outre-mer n’est pas de cette nature. Je crois que lorsque les territoires veulent, par leur statut, par leurs élus, se prendre en charge et demander à l’État un soutien et d’être dans son rôle régalien…

CCN :  Votre président a bien dit que « l’État Père Noël », c’est fini ?

AG : Oui « l’État Père Noël », c’est fini. C’est pour cela que je n’aime pas le terme de colonies. Et d’'ailleurs, le Président de la République l’a dit en Guyane ; et moi je dis que je n’ai pas de baguette magique et que tout cela nécessite une co-construction une coresponsabilité. Ce n’est pas la période des colonies, c’est celle de la confiance.

CCN : Pourtant dans votre pays, les Corses eux-mêmes réclament plus d’autonomie, voire l’indépendance…

AG : Il n’y a pas aujourd’hui de blocage. Vous le voyez, dans la réforme de la Constitution, il n’y a pas de refus des collectivités ou des élus qui souhaitent aller plus loin dans la prise de responsabilités ou de compétences, au contraire c’est le souhait du Président Macron. C’est pour cela qu’il va permettre, dans la réforme de la Constitution, que la demande soit faite par décret en Conseil de Ministres, que des habilitations et des compétences supplémentaires soient données, pour écrire la norme et la règle. Il faut se saisir de ces outils. Cela demande de l’ingénierie, de la volonté. Il y a ceux qui ont choisi l’article 73, ou le 74 ils ont eux aussi des compétences sur la fiscalité ou comme la Nouvelle Calédonie, on est ouvert à l’ensemble des propositions des élus, quand ils veulent évoluer statutairement.

IDS

CCN :  Vous craignez l’indépendance pour la Nouvelle-Calédonie ?

AG : Je n’ai pas de souhait. Mon rôle est d’accompagner le pays sur les choix qui seront faits au len 

 

 

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