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Guadeloupe. Sémantique : Olivier Serva veut en finir avec le vocabulaire colonial

11 Juil 2018
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Abymes. Mercredi 11 juillet 2018. CCN. Depuis des dizaines années les patriotes et nationalistes guadeloupéens ont rayé de leur vocabulaire la terminologie coloniale encore hélas en usage dans les médias colonisés, et dans l’administration coloniale. Il n’est pas surprenant d’entendre au quotidien des journalistes guadeloupéens, des élus et plus grave des enseignants profs d’histoire utiliser, pour designer la France et ses habitants, les termes impropres que sont « métropole », « métropolitains ». Olivier Serva parlementaire guadeloupéen, est lui partisan de la suppression radicale de cette terminologie coloniale. C’est le sens d’un amendement qui sera débattu au parlement français. S’il est adopté désormais, on ne devrait plus dire « métropole » mais « France Hexagonale. » Lol ! Les habitants de ce pays deviendraient alors des « français hexagonaux » et dans la foulée les habitants des dernières colonies françaises, deviendraient-ils des « français hexa-colonisés » ? re lol !

Il faut lire ci-dessous la contribution de O. Serva que publie CCN.

BANNIR L’EXPRESSION « METROPOLE »

Par Olivier Serva*,

Député au Parlement Français

Le débat public qui entoure le mot « métropole » s’enrichit de la discussion provoquée par le dépôt d’un amendement sur le projet de loi constitutionnelle proposant de le remplacer par l’expression « France hexagonale ».

C’est une question symbolique et nous savons combien il est délicat de vouloir résoudre ce type d’interrogations. C’est une tâche d’autant plus complexe que nos concitoyens doivent faire face aux nombreuses épreuves du quotidien. Le chômage de masse, l’insécurité, la grande pauvreté sont des sujets lourds que nous traitons sans relâche. La réforme des aides économiques à laquelle nous participons en est d’ailleurs, le parfait exemple.

Dans le même temps, nous savons qu’à ces épreuves du quotidien s’ajoutent des crises majeures. Je pense à la crise causée par l’échouage massif des algues sargasses qui s’inscrit dans un contexte plus général de dérèglement climatique. A cette autre crise provoquée par l’incendie du CHU qui révèle la difficulté pour la Guadeloupe de préserver un système de soin équilibré.

Là encore, nous travaillons assidument afin d’apporter des réponses concrètes à nos concitoyens.

Pourtant, je crois que c’est alors même que nous sommes battus par les flots que nous devons paradoxalement prendre du recul, de la hauteur et rendre de la perspective aux politiques que nous menons.

C’est dans la quête de cette perspective que le combat sémantique retrouve du sens. Alors on peut valablement se poser des questions de symboles et mener des combats symboliques : se demander s’il faut bannir l’expression « Métropole » du champ lexical désignant l’une des parties à la relation ultramarine des différents territoires de cette même République. Toutes les déclinaisons de ce terme renvoient à la période coloniale, fondée sur des rapports de domination et à l’origine de multiples inégalités dont certaines trouvent encore leur prolongement dans nos sociétés aujourd’hui.

Transformer une notion, c’est faire évoluer le concept qu’elle cache. En l’occurrence, nous savons l’histoire coloniale à laquelle nous confère le terme de métropole. Il demeure la désignation du territoire d’un Etat considéré par rapport à ses colonies.

Le dire, c’est donc rendre vivace une réalité que nous voulons abolir. L’enseigner à nos enfants, c’est perpétuer une soumission que nous voulons anéantir.

Le lire dans la Constitution – mère de toutes les normes régissant la vie en société dans la République – c’est s’inscrire dans un rapport passéiste à celle-ci, là où nous voulons installer un rapport de sérénité et de fraternité.

Car nous avons à l’égard de la République, cette exigence de fraternité décrite par un jeune auteur guadeloupéen.

Cette exigence de fraternité, nous la retrouvons dans des notions au contenu plus objectif telle que celle de France hexagonale fréquemment utilisée par le législateur depuis 2012. Nous savons les difficultés que causent cette qualification nouvelle. L’interrogation porte, par exemple, sur l’inclusion ou non de la Corse dans ce qualificatif nouveau. La difficulté devrait être résolue considérant la référence nouvelle à cette île dans la Constitution. Aussi, nous pourrions mener la réflexion en proposant d’autres termes comme celui de « territoire européen de la France ». Ce serait-là, une avancée dans la reconnaissance du caractère archipélagique de la France comme l’a si bien décrit le Président de la République à l’Elysée le 28 juin 2018.

Cela irait d’ailleurs dans le sens de l’histoire puisque la notion de métropole constitue désormais une qualification juridique à part entière dans le code général des collectivités territoriales et renvoie aux Etablissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre. Il est d’ailleurs possible d’imaginer que ces métropoles nouvelles sont vouées à monter encore en puissance tant on évoque régulièrement les métropoles du Grand Paris ou du Grand Lyon. Une transformation des collectivités qui invite d’autant plus à faire évoluer la notion qui désigne le territoire hexagonal de la France.

C’est donc un combat que je soutiens pleinement, afin que le terme de métropole, ne trouve plus d’assise et donc de légitimité au sein de notre texte fondateur.

 

 

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