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Haïti. Analyse. Les causes profondes de l’embrasement sont-elles vraiment résolues ?

12 Juil 2018
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Port au Prince. Jeudi 12 juillet 2018. CCN. Le weekend dernier, suite à une brutale augmentation des produits pétroliers, des milliers d’Haïtiens ont violemment manifesté dans les rues de la capitale. Le président Moïse Jovenel a dû, pour faire cesser les émeutes, rétropédaler en quatrième vitesse. Mais cette brutale poussée de fièvre dépasse de loin la question du prix du litre d’essence. En réalité, la situation économique du pays n’a pas cessé de se dégrader. Ady Jean Gardy, ancien ministre de la communication (2012/2013) analyse, pour CCN, les raisons profondes de cette crise.

ADY JEAN GARDY

La situation sociale en Haïti demeure en crise, suite à une poussée de fièvre revendicatrice de la population après l’annonce par le gouvernement de la hausse des produits pétroliers afin de respecter le Programme contrôlé par le FMI « Staff-Monitored Program » (SMP) signé en février 2018.

Dès que l’information a été connue sur les réseaux sociaux, et devant l’importance des hausses (entre ±40 et 50%), les violences ont éclaté dans la capitale où de nombreux magasins ont été pillés, des voitures incendiées et même des hôtels tels « Best Western », « Marriott » « Oasis » ou « Kinam » ont été attaqués La plupart des industries appartenant à des Arabes ont été touchés sous prétexte qu'ils supportent le gouvernement de M. Moïse.

Les arguments de Jude Alix Patrick Solomon, Ministre de l'Économie et des Finances et de Pierre Marie Du Meny, Ministre du Commerce et de l'Industrie, n’a pas convaincu Le gouvernement s’est appuyé sur la loi du 9 mars 1995, instituant le Droit d’Accise Variable sur les produits pétroliers, mais les protestataires ont fait état de manque de prévision du pouvoir. Diriger, c’est prévoir, ont-ils rappelé, incapables de pouvoir faire face à la cherté de la vie et à l’inflation.

Après trois jours de dégâts, le Gouvernement a dû rentrer son communiqué et le Président Jovenel Moise s’est rétracté sans autre forme de procès.

Rappelons qu’en 2017, le Gouvernement avait déjà proposé aux syndicats des transports en commun une augmentation et avait dû reculer également devant une première montée de la violence, en appliquant des augmentations moindres. Jamais deux sans trois. La population exige maintenant le départ du Premier Ministre et du chef de l’Etat investi depuis 17 mois.

Pour le poste de Premier Ministre, plusieurs candidats se pointent dont l’ex-président de l’Assemblée Nationale, Youri Latortue, ou l'ancien Président Jean Bertrand Aristide. L’actuel Premier Ministre Jack Guy Lafontant, qui doit être convoqué par le Parlement afin d’être renvoyé, est toujours en poste. L’opposition et le Gouvernement ne se sont pas réunis en vue d'étudier une stratégie de reprise d’une gouvernance sereine comme au Nicaragua où des évènements semblables se sont produits. Toujours pas de dialogue entre le Gouvernement et l'opposition, alors que des barricades se dressent désormais dans les rues de plusieurs villes du pays. L'Organisation des États Américains appelle à la fin des violences et la reprise des négociations, mais ne s’est pas prononcé sur la situation d’Haïti.

Alors que Haïti s’est enfoncé dans le chaos, la communauté internationale pour toute réaction ferme ses ambassades et se fend dans des déclarations  a minima, réclamant à leurs ressortissants d’éviter de circuler dans le pays en attendant la cessation des actes de violence.

Si, selon un dernier bilan du Centre Nicaraguayen des Droits de l'Homme (Cenidh), 121 personnes sont mortes et 1 300 ont été blessées depuis le début des évènements au Nicaragua. En Haïti, on ne parle que d’une demi-douzaine de morts et d’une cinquantaine de blessés malgré tout.

Le mouvement au Nicaragua s'était déclenché en opposition à une réforme des retraites, depuis lors, abandonnée. Il appelle désormais le départ du président Ortega, accusé de confisquer le pouvoir et de commettre, selon un récent rapport d'Amnesty International, de multiples exécutions extrajudiciaires ».


En Afrique, même situation au Togo où des manifestations de chauffeurs de taxi, protestant depuis février contre la dernière augmentation des prix du carburant.

"Le gouvernement déplore et condamne les manifestations de rues, qui ont fait malheureusement un mort et un blessé par arme à feu parmi les manifestants, ainsi que plusieurs blessés dans les rangs des forces de sécurité.

Sur les ondes de la Télévision d’État (TNH), après plus de 24 heures de silence, le Président Jovenel Moïse, accompagné de son épouse Martine, dans un message aux Haïtiens ce weekend, a critiqué ses conseillers et ses ministres. Il estime que les responsables ont mal communiqué sur l’importance d’un ajustement du prix de l’essence, se justifiant : « Je sais que c’est à moi que vous avez donné le pouvoir, mais je ne peux pas diriger seul. Je suis obligé d’avoir beaucoup de monde autour de moi avant de prendre une décision… »

 

Dimanche Chrystia Freeland, la Ministre des Affaires étrangères du Canada, a déclaré ceci : « Le Canada est préoccupé par la violence et les troubles civils continus en Haïti. Nous exhortons toutes les parties au calme et au respect de l’État de droit, pour assurer la sécurité et le bien-être des personnes touchées par la violence. Les Canadiens se tiennent aux côtés du peuple d’Haïti en ces temps difficiles et nous offrons nos plus sincères condoléances aux victimes de la violence.

Edmonde Supplice Beauzile, Présidente du Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (FUSION), soutenu par la France, a déclaré de son côté que : « Faire de la politique est un art. Tout s'apprend. Être analphabète a un coût, être analphabète politique est carrément suicidaire ». 

Le Député de Petionville, Jerry Tardieu (VÉRITÉ), proche de la France également et qui a perdu son hôtel Oasis, déplore que la décision du Gouvernement de retirer la mesure d'augmenter les prix des carburants à la pompe soit intervenue trop tard, alors que des citoyens ont perdu la vie dans les violents incidents qui ont suivi l’annonce de la hausse du prix des carburants. Il souhaite le remplacement du Premier Ministre et la chute de tout le Gouvernement. Paris ne s'est pas encore prononce officiellement. Selon les analystes politiques, la crise actuelle en Haïti se développe en fonction de six paramètres.

 

1) l’absence de vision et de prévision des dirigeants qui sous estimaient les annonces de violence de nombreux leaders populaires en cas d’augmentation des prix de l’essence à la pompe.

2) l’absence de mesures sociales adéquates avant de passer à l’application des mesures recommandées par le FMI.

3) l’absence d’une diplomatie agressive auprès des pays producteurs de pétrole, par exemple l’Arabie Saoudite où Haïti n’a même pas une Ambassade alors que ce pays a annoncé une augmentation de production d’un million de barils de pétrole par jour suite à une requête du gouvernement des États-Unis Les besoins de Haïti en pétrole estimés à 20 000 barils par jour étant parmi les plus faibles de la région. 

4) le mauvais signal lancé par le chef de l’État qui a demandé de détruire les maisons de ses voisins dans le village de Pèlerin, région de Petionville où les premières manifestations violentes ont débuté, se répandant comme une traînée de poudre.

5) les rivalités entre les membres de la bourgeoisie composée en grande partie de Syriens ou d’Arabes, visiblement connus comme des supporters du régime actuel au pouvoir et certaines fortunes très peu favorables au développement de l’empire financier syro libanais.

6) le non développement par Haïti de ses réserves en hydrocarbures et en combustibles fossile qui ont été répertoriés par des spécialistes sur au moins 20 sites précis dont cinq de grande importance ». 

Le plateau central, notamment la région de Thomonde, la plaine du cul-de-sac et la baie de Port-au-Prince regorgent d’hydrocarbures et les réserves pétrolifères d’Haïti seraient plus importantes que celles du Venezuela. « Une piscine olympique comparée à un verre d’eau » voilà la comparaison pour montrer l’importance des gisements de pétrole haïtien, ils font la comparaison avec ceux du Venezuela, estimant que les réserves pétrolifères d’Haïti sont plus importantes que celles de ce dernier :" alors que le Venezuela est l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole aux côtés du Qatar, de l’Arabie Saoudite, de Trinidad et Tobago, du Nigéria, de l’Angola et de l’Oman. Selon ces scientifiques la région des lacs, avec des villes comme Thomazeau, Cornillon, la baie de Port-au-Prince et le golfe de la Gonâve renferment d’importants gisements de pétrole.

 

Ady jean Gardy

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CCN

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