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Guadeloupe. Violences policières : Quand des « manblo » sont pris en flagrant délit de mensonge

08 Sep 2018
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Basse-Terre-Capitale. Samedi 8 septembre 2018. CCN. 3 jeunes Guadeloupéens vont être jugés en appel mardi 11 septembre à Basse Terre, pour des faits de violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique (gendarmes), menace de mort sur personnes dépositaires de l'autorité publique (gendarmes), outrage, rébellion, et accessoirement détention de stupéfiants. Mais que s’est-il vraiment passé ? les vidéos que CCN publie ci-dessous sont explicites. C’est à voir…

G.DEMOCRITE1Par Gladys Démocrite

Mais en dépit des apparences, ces 3 jeunes sont les victimes dans cette affaire : ils sont victimes d'un contrôle d’identité qui a mal tourné. En effet, en mars 2017, un contrôle d’identité était organisé dans la commune de Port-Louis, sur réquisition du Procureur, à l'occasion de la présence d'un journaliste de W9 en Guadeloupe venu réaliser des images pour l’émission "Enquête d'action : Alerte sous les tropiques" (diffusée le 1er dec. 2017).

Ce jour là, pour effectuer ce contrôle d'identité qui aurait du être une formalité, les gendarmes ont déployé un dispositif impressionnant, en plein bourg de Port Louis qui est généralement plutôt tranquille. Ils ont effectué un pré-repérage par une patrouille banalisée, puis mobilisés 16 militaires dont un maître chien pour un simple contrôle d'identité.

Plus surprenant encore, un peu comme si les gendarmes prévoyaient les arrestations musclées auxquelles ils finiront par procéder, ils ont invité le journaliste de W9 à les accompagner pour ne manquer aucune miette du « spectacle ».

Au final, les militaires sont tombés sur un groupe de 5 jeunes, qu'ils décident de contrôler. Mais à la surprise générale le contrôle se déroule sans grande difficulté. Ils fouillent les poches et les sacoches de certains d'entre eux, ils effectuent même des palpations de sécurité (en pleine rue et dans des conditions contraires à la loi) et ne relèvent que des infractions mineures (détention d'un petit sachet de cannabis pour deux d'entre eux).

Les militaires vont donc trainer environ 15 minutes autour des jeunes en faisant des allers et venues, en discutant avec certains d'entre eux, cherchant désespérément à provoquer une situation de tension.

Ce qu'ils arriveront finalement à faire en venant à nouveau auprès d'un jeune qu'ils avaient déjà contrôlé, fouillé et palpé. Ce dernier (en t-shirt blanc et locks) refusant que les gendarmes le touchent, et en prenant soin de reculer face aux gendarmes, s'est retrouvé brutalement immobilisé au sol, empoigné par le cou, et jeté au sol par plusieurs gendarmes.

Son voisin (au débardeur gris) est quant à lui sans raison, tenu par l’arrière par un gendarme, il se débat pour finalement se maintenir debout, mais il se retrouve encerclé par 3 gendarmes armés de matraques et qui finalement le projettent au sol en lui tirant la tête et en lui faisant une clé aux deux bras.

La scène se termine en cohue générale, chaque jeune étant solidement maintenu au sol par minimum trois gendarmes chacun.

 

 

 

Le journaliste de W9 fera de très belles images qui seront parmi les plus spectaculaires de son reportage. Mais ce sont les suites judiciaires données à cette mise en scène de la délinquance en Guadeloupe qui posent problème. Car les 5 jeunes interpellés seront tous poursuivis sur la base des déclarations mensongères des gendarmes qui ne sachant pas que la scène était filmée par une caméra, auront des versions tout à fait romanesques de leur interpellation.

Ils indiqueront que dès leur arrivée les jeunes se sont montrés récalcitrants, omettant de raconter qu'ils sont restés près de 15 minutes quasiment sans aucun accro avec ces jeunes, omettant aussi d'indiquer que deux jeunes avaient accepté pacifiquement fouille et palpation sur la voie publique.

Deux gendarmes iront jusqu'à se plaindre d'avoir subi des violences ayant occasionné 5 et 10 jours d'ITT (de la part du jeune homme en débardeur gris).

Ils inventeront des outrages et des menaces de mort avec des expressions typiquement françaises (ex : « sale bâtard », « on va te crever ») qui n'ont pas vraiment court en Guadeloupe où l'on parle surtout le créole dans ce genre de contexte (il faut préciser que le gendarme qui fait état de ces menaces venait d'arriver en Guadeloupe car récemment détaché et à priori ne comprenait le créole à l'époque). Ces dernières accusations seront tellement difficiles à soutenir, vu le contexte et le manque de « tropicalisation » des insultes qu'elles ne seront même pas confirmées par le gendarme en chef des opérations qui va préférer indiquer ne pas les avoir entendus.

Enfin, l'un des gendarmes va déclarer que l'interpellation générale s'est déclenchée lorsque les gendarmes étaient complètement encerclés par les jeunes, ce qui évidemment est totalement démenti par les images. Au contraire l'assaut des gendarmes a été tellement violent et hors contexte, que l'on voit certains jeunes surpris, par la mêlée, donnant dos à la scène.

 

 

En novembre 2017, un juge de première instance va condamner ces jeunes à des peine de prison et au paiement de dommages et intérêts (800 euros par gendarmes), pour des infractions imaginaires, alors que les vidéosurveillance (qui sont pourtant au dossier pénal) sont sans aucune équivoque sur ce qui s'est passé. L’un des jeunes qui a été le plus lourdement condamné n’avait même pas de casier judiciaire, avant ce funeste contrôle d’identité.

Il faut savoir que ce n'est pas la première fois que la présence d'une caméra de W9 en Guadeloupe occasionne un tel zèle et de tels dégâts judiciaires. Car en 2013, dans la commune de Sainte-Rose, à l'occasion d'un autre reportage de W9, les gendarmes avaient accusé deux jeunes de tentative d'assassinat sur leur personne, en permettant au journaliste de filmer l'interpellation de l'un d'entre eux ainsi que sa garde à vue (ce qui en général est systématiquement refusé aux journalistes). L'affaire est encore pendante car après l'acquittement de ces deux jeunes pour cette infraction spécifique de tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique, le parquet a fait appel et l'affaire sera jugée en décembre 2018. En attendant ces deux jeunes (condamné dans la même affaire pour une autre infraction qui ne concerne pas les gendarmes) sont en prison depuis 5 ans maintenant.

Aujourd'hui, nous alertons la presse et donc l'opinion publique, avec preuve à l'appui (copie des vidéosurveillances récupérées par les protagonistes) afin que la justice puisse s'exercer en toute équité, sans copinage, ni esprit de corps.

Ici, en Guadeloupe, certains gendarmes, engrangent des dommages et intérêts en mentant régulièrement à l'occasion d’interpellations qu'ils effectuent. Ces gendarmes, constituent une minorité qui ternit l'image de leur profession et qui exacerbe encore plus des tensions déjà suffisamment ancrées en Guadeloupe. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, nous avons la chance d'avoir les images qui permettent de prendre ces représentants des forces de l’ordre en flagrant délit de mensonge.

Gladys Démocrite

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CCN

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