Breaking News

Martinique. Ex UAG. La lettre ouverte d’un étudiant martiniquais à Serge Letchimy

11 Fév 2015 Lionel Vincent
3558 fois
Corinne Mence-Caster et Serge Letchimy Corinne Mence-Caster et Serge Letchimy © DR

Fort de France. Mercredi 11 février 2015. CCN. Ca ne semble pas vouloir s’arranger à l’Université des Antilles (Ex UAG). La rédaction de CCN, a reçu ce courrier adressé au président de région par Lionel Vincent, étudiant martiniquais lequel passe en revue les nombreux dysfonctionnements. Une fois de plus c’est la gouvernance de l’institution, Corine Mence- Caster, qui est ciblée…


Monsieur le Président du Conseil Régional de la Martinique et député de la Martinique

 

Monsieur,

En votre qualité de Député et de Président du Conseil Régional de la Martinique, il me semble bon de vous alerter, quant à quelques difficultés que nous autres étudiants rencontrons au campus de Schoelcher.

Cependant, laissez moi revenir sur quelques éléments contextuels qui vous permettront de mieux comprendre la situation.

A l’occasion d’une crise sans précédent, les étudiants de la Martinique, respectueux de valeurs, se sont levés pour demander le respect de l’institution, et notamment de sa gouvernance, en charge de les former.

Ils ont également exigé que les instances administratives et judiciaires soient saisies des dossiers financiers conflictuels pour que la plus grande transparence dans la gestion de l’établissement soit possible.

Si nous sommes très heureux de demeurer dans un grand ensemble, visible à l’échelle internationale, avec nos compatriotes étudiants guadeloupéens, - et le risque pour les jeunes martiniquais était grand : faculté de médecine, de staps, école d’ingénieur sont en Guadeloupe – nous constatons aujourd’hui que le plus grand danger pour le maintien de cet établissement bipolaire d’envergure est la gouvernance de l’Université.

En effet, si nous avons pu nous battre, avec l’idéal du respect de la démocratie des urnes, pour demander le respect de la gouvernance.

Cette gouvernance semble depuis, se conforter dans sa position, et ne déploie pas les mesures pourtant prévues réglementairement en faveur des étudiants, organise des réunions arbitraires en lieu et place des conseils, crée des tensions avec le pole Guadeloupe pour répartition particulièrement inéquitable du budget.

Pire encore une transaction judiciaire déontologiquement douteuse de vingt mille euros aurait été signée au bénéfice d’un élu étudiant.

Sur les problèmes de vie étudiante : 2 Les fonds affectés aux projets des associations et à l’aide sociale des étudiants dorment dans les caisses de l’université.

Il s’agit de crédits de fonctionnement fléchés prévus par la circulaire n° 2011-1021 du 3-11-2011 ESR - DGESIP C1.

La dernière commission a eu lieu en 2013.

Ayant essayé d’établir un dialogue avec la gouvernance, lors d’une réunion de débriefing faisant suite à un préavis de grève d’étudiants en décembre dernier, cette dernière a répondu que le ministère était incapable de lui dire si, vu la nouvelle configuration la commission demeurait d’établissement ou polaire désormais.

Rejetant la faute sur le ministère et la direction ESR, sans pour autant rapporter la preuve des relances qu’elle a pu faire à ce sujet.

La gouvernance met aussi en évidence le fait que durant la crise elle a financé un maximum d’actions en faveur de la vie étudiante, la plaçant à ce niveau dans l’une des meilleures universités de France.

Faisant la moyenne des deux années, on revient très vite à des chiffres sans intérêt.

D’autant plus que le financement direct d’opération avait pour but le défaut d’organisation des commissions et conseils, chargés de financer les associations.

En attendant de nombreux projets sont avortés.

Ce qui a pour conséquence une vie étudiante moribonde, sans âme, qui ne va pas dans le sens du rayonnement et de l’attractivité de notre campus.

Pour pallier au manque de subventions et pour faire face à la demande forte des étudiants d’un événement culturel de fin d’année, la gouvernance prend des engagements directs, répétés verbalement de financer le projet des étudiants, jusqu’à demander aux agents administratifs de saisir des bons de commande, et se rétracte brusquement par mail.

Suite à cela, les étudiants déposent un préavis de grève reprenant l’ensemble des difficultés qu’ils rencontrent, notamment l’accueil des étudiants handicapés, la réfection des parkings.

Par le plus grand des hasards, un média publie sans aucune investigation une photo illisible des revendications étudiantes, avec comme sujet : des étudiants mécontents de l’annulation d’une soirée vandalisent l’université.

Nous avons eu récemment à nous battre pour que les infrastructures construites pour les jeunes bénéficient aux jeunes.

Par exemple l’étudiant référent en danse, préparant un spectacle, exténué de demander de pouvoir dispenser son activité de danse, dans la salle danse – s’est retrouvé au final à danser un soir sur un parking alors qu’il pleuvait, et que la salle de danse était inoccupée.

Il m’a d’ailleurs à ce titre demandé de solliciter la ville de Schoelcher pour l’utilisation d’une des salles communales.

Trouvant cela insupportable, j’ai entamé des négociations fermes avec la gouvernance, menaçant d’une grève, pour enfin obtenir après plusieurs mois, que la salle de danse, presque tout le temps inoccupée, et parfaitement aux normes, puisse servir aux étudiants faisant de la danse. Le terrain de football est clôturé et inaccessible aux étudiants qui veulent se dégourdir, et ce même quand il est entretenu. Les jeunes vont souvent s’exprimer sur un terrain à l’ex espace Osenat. Ils traversent le soir une route sombre avec des chiens dangereux. L’on peut seulement se féliciter d’un local associatif et de matériel d’équipement récent.

Toutefois, il manque un agent administratif affecté définitivement à la vie étudiante pour l’entretien et l’organisation des tâches afférentes.

Malgré nos demandes récurrentes.

3 Des élus étudiants se retrouvent à effectuer malgré eux, et avec toute leur bonne volonté, gratuitement, le travail d’agents de Cat. A.

Vous rappelant que la vie étudiante est un élément évalué par l’AERES, par les différents classements nationaux et internationaux, et par les différents organes de tutelle de l’établissement.

Mais c’est surtout et avant tout, avec l’employabilité finale, l’un des critères déterminants pour les jeunes et leur famille, dans le choix d’une université.

Très nombreux à être hébergés sur le campus, sans télévision, avec un wifi obsolète quasiment hors service ne leur permettant pas de réviser ou de se distraire, la bibliothèque fermant à 19H00, les étudiants Martiniquais s’ennuient.

Cette oisiveté est un risque de dérapage, de décrochage. C’est pourquoi les problématiques de vie étudiante sont à considérer.

D’autant plus que le volet social des subventions prévues réglementairement n’est pas versé au CROUS comme cela était devenu coutume, dont les assistantes sociales géraient l’enveloppe, les distribuant sous forme d’aide ponctuelle exceptionnelle. Cet argent est dans les caisses de l’université. Puisque l’université ne possède pas directement de service social.

Pour résoudre les problématiques de vie étudiante, au mépris total de la loi ESR, qui rend le conseil académique compétent en matière de vie universitaire et étudiante, en sa composition commission formation vie universitaire, la gouvernance organise une réunion ayant pour intitulé : « état des lieux de la vie étudiante ».

Prévenu par mail du secrétariat du cabinet présidentiel et, étant vice-président ELU en charge de la vie étudiante -par arrêté 2013-1435 du 27 août 2013-, de la tenue d’une telle réunion, j’ai alors demandé la permission de faire suivre l’invitation aux représentants d’étudiants ayant des difficultés à solutionner- élus étudiants, associations, représentants élus au CROUS, à l’éducation nationale-.

La gouvernance a refusé la participation de cette délégation au motif que la réunion était réservée aux présidents d’association. Plus de la moitié des associations actives n’ayant pas été conviée.

Toutefois, des étudiants non présidents, invités par la gouvernance ont pu assister à la réunion.

Certains d’entre eux auraient bénéficié d’un emploi étudiant dans la plus grande opacité, sans qu’aucune annonce n’ait été faite pour permettre aux autres de postuler.

La gouvernance- élue au troisième tour- qui a tant crié publiquement au respect de son mandat, se met à mépriser celui des autres.

N’ayant que faire des textes qui précisent qu’un vice-président étudiant élu – en l’espèce au premier tour à 27 voix sur 29- est en charge de la vie étudiante.

Ayant refusé de me rendre à cette réunion doublement anti-démocratique, parce qu’elle méconnaissait la compétence d’un conseil sur une thématique, et ses élus au passage, mais aussi parce que la gouvernance faisait montre de fermeture dans la composition de l’assistance potentielle, et de discrimination également.

La réaction d’un étudiant aurait été alors de dire « il ne faut pas assister à ce genre de réunion où il n’y a que les partisans qui sont conviés, c’est un procès et non un travail d’avancée pour l’établissement, c’est d’ailleurs ce qu’elle avait reproché au président Lurel qui lui donnait le même temps de parole que les universitaires guadeloupéens au conseil régional de Guadeloupe pendant la crise de l’UAG, refusant alors son invitation car se retrouvant en minorité ».

Toutefois, dans un esprit d’ouverture et de dialogue constructif en faveur des étudiants, je lui ai proposé par mail un échange sous un format plus démocratique, ma proposition demeure sans réponse.

Ayant été élu pour la représentation de l’ensemble des étudiants, y compris ceux du pôle Guadeloupe au niveau des instances, ces derniers me font régulièrement remonter les difficultés qu’ils rencontrent et qui sont similaires : pas de budget pour la vie étudiante de manière générale.

Pire, ces derniers m’ont fortement alerté d’un problème de répartition budgétaire – même provisoire- qui était particulièrement défavorable au pôle Guadeloupe, et notamment aux scientifiques. Les syndicats sont montés au créneau avec des étudiants menaçant de suivre.

Vouloir la cohabitation pour le rayonnement avec la Guadeloupe est une chose, ne pas respecter nos confrères en est une autre, inadmissible.

C’est un risque même pour l’existence de l’université. C’est donner raison à tous ceux qui plaident la division.

Au demeurant, je vous invite à suivre de près une transaction financière qui aurait été signée en faveur d’un élu étudiant, pour un montant de 20'000 euros.

Ouvrant alors la porte à de nombreux recours et faisant courir un risque à l’établissement car créant un précédent.

Dernier incident en date, l’arrêté fixant les élections des représentants étudiants est finalement paru, après que certains mandats soient arrivés à terme depuis plus d’un mois, arrêté du 16 Janvier dernier.

Cet arrêté fixe les modalités de campagne et est disponible sur le site web de l’université.

L’article 7 al 1 Et 2 prévoient que des réunions d’information pour présenter les programmes sont possibles ; que les demandes de salle doivent être adressées directement aux doyens concernées.

La liste Dynamic Campus, demande à un doyen, conformément à cet arrêté une salle par mail, une réponse favorable est accordée par écrit.

Puis ce doyen, nous communique son désistement par écrit, car selon lui il aurait reçu un appel du VP POLE Martinique, lui disant que « la présidence n’autorise pas le prêt de salle pendant la campagne à des candidats ».

Dans ce même temps, la liste Jénès Dynamic, que beaucoup qualifient de « liste présidentielle » a le droit d’organiser événement sportif avec DJ pour présenter sa liste au hall des sports de l’université le même jour.

La directrice du service des ports étant une proche de la présidente.

Les étudiants de Dynamic Campus maintiennent leur réunion, avec ou sans autorisation présidentielle, et invitent la communauté universitaire, mais aussi les élus et la population martiniquaise à venir entendre leur projet pour l’université, et pour la jeunesse martiniquaise.

Les difficultés rencontrées par les étudiants sont encore bien nombreuses, mais je ne peux toutes les citer.

Ainsi, sur la foi de la confiance que vous avez en la jeunesse du pays, et notamment des étudiants, je viens ici vous demander de bien vouloir mettre en œuvre toutes les mesures politiques, administratives possibles, en bon père de famille ; afin de garantir à la communauté universitaire, et singulièrement aux étudiants que je représente la plus grande sérénité et le meilleur cadre pour la poursuite de leurs études.

Il est important d’envoyer un signal fort aux familles martiniquaises, souvent modestes, qui ont fait confiance à l’université des Antilles, et aux jeunes du monde entier qui choisissent de se former au pays d’Aimé Césaire.

Suite à la mutation profonde de l’établissement, aux nombreux incidents récents survenus même après la crise, au manque de réunions des instances, et à l’organisation tardive des élections des représentants des étudiants aux conseils centraux, mais dans le respect de la démocratie, je préconise l’amendent de la loi de ratification de l’université des Antilles.

5 Dans la réaffirmation du principe de l’autonomie des universités, ces problématiques sont à régler par les universitaires. C’est pourquoi un vote de confiance des administrateurs est nécessaire pour apaiser la situation.  Ce vote doit permettre de tirer toutes les conséquences utiles dans les besoins de sérénité dans la gouvernance de l’établissement.

A défaut, le risque est l’implosion définitive et irrémédiable de l’université, et la fuite des cerveaux, à l’inverse de la politique régionale de migration retour en faveur du développement et du ralentissement de la baisse démographique.

Trouvez ici l’expression de mes salutations distinguées et respectueuses.

LV

Évaluer cet élément
(0 Votes)

1 Commentaire

  • YesYes
    YesYes mercredi, 11 février 2015 19:32 Lien vers le commentaire

    Etant étudiant à l'université, je ne peux que confirmer tous les dire de Lionel ! De plus, les étudiants se font de plus en plus rares au Campus de Schoelcher. Il est avancé environ 4000 inscrits sur le pôle Martinique, c'est à peine si vous croisez 400 étudiants par jour...C'est une triste réalité !

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires