Breaking News

Haïti : L'impasse entre l'opposition des rues et le pouvoir

07 Déc 2018
271 fois

Port au Prince. Vendredi 7 décembre 2018. CCN Les derniers évènements en Haïti confirment une situation de guerre entre le pouvoir et l’opposition démocratique. Les ententes politiques paraissent difficiles en dépit du support du Core Group et de la communauté internationale, qui voudraient voir le chaos s’établir bien loin des côtes haïtiennes, malgré l’attente des ennemis de la patrie haïtienne. Or, le chaos s'est installé à travers le pays où le Président manque d’autorité, incapable de convaincre les foules, postées comme dans un jeu, derrière des barricades et prêtes à s’exploser à tout instant, exposant le régime à la rue.

Ady*Ady Jean Gardy est un est un journaliste de carrière. Chef de cabinet au sein du ministère des Affaires étrangères d'Haïti, il se voit confier en 2012 un poste d'ambassadeur auprès de l'Union africaine avec pour mission de chercher l’agrément d’Haïti au sein de l’organisation. Il occupe le poste de ministre de la Communication durant la période de 2012 à 2013.

L’indépendance d’Haïti à Vertières a été un prétexte. La seule révolution noire du monde qui a réussi en novembre 1803, mettant à genoux Napoléon Bonaparte, et au devant de la scène, Jean Jacques Dessalines, Henry Christophe, Augustin Clerveaux et Capois. La mort, contrairement aux mouvements de la bande à Delgrès aux Antilles, demeure la clé des nouveaux départs et dérapages de tous les côtés.

LES FAIBLESSES ENREGISTREES

L’opposition stagne, et malgré les gestes inétudiés des acteurs, n’a pas su rallier la permanence. Elle réclame la lutte contre la corruption, les détournements de fonds et la concussion liées à Petro Caribe. Mais ses chefs de file, entre autres Marjorie Michel, André Michel, Schiller Louidor, Moïse Jean Charles, exhibant le drapeau noir et rouge de l’opposition qui ne représente que la monarchie et qui n’était pas présente lors de la bataille de Vertieres ou enfin le sénateur Evaliere Beauplan, n’ont su se munir de stratégies solides en vue de mener la lutte à bon port.

L’opposition n’a aucune représentation à l’étranger, ni de lobby à Washington ou Paris ou New York, devant faire valoir ses options auprès de Donald Trump, Emmanuel Macron ou l’ONU par exemple, qui ont dicté au Core Group leurs soutiens au pouvoir en place.

L’opposition n’a pas non plus frappé aux portes de l’OEA qui s’est permis de proposer, au cas où la situation persisterait, d’envoyer des troupes dirigées par les inaptes Dominicains, ce qui augmenterait la guerre civile et secouerait sérieusement l’économie dominicaine et le reste.

L’opposition a voulu mener une guerre interne sans issue, comptant uniquement sur la colère des masses, pourtant si démunies et sans moyens, pour supporter les longues journées de grèves anti pouvoir et augmentant les confusions.

Aucune unité ne permettait de définir un calendrier d’actions avec des jours de ravitaillement durant la grève mais uniquement des activités définies selon des fantaisies personnelles, telles celles du Sénateur Evaliere Beauplan, qui a exigé de jeter de l’huile sur les routes, en vue de faire chavirer des voitures ; ou le discours puéril de André Michel qui a souhaité voir les gens se baigner dans des piscines de la capitale.

Personne n’a demandé la création, par exemple, d’un tribunal spécial afin de juger des crimes économiques ou élaborer, une succession légale basée sur l’un des pouvoirs de l’Etat notamment le judiciaire avec des arguments juridiques irréfutables. 

Une partie de l’opposition a ordonné l’arrestation du Président et son remplacement par une femme, la juge Wendell Coq, une cousine de l’ex-Président René Préval, sans prévoir les modes du transfert ou critiquer la question de la Constitution amendée, dont le premier ministre actuel, Jean Henry Ceant, a déclaré que c’était un faux puisqu’il n’a bénéficié d’aucun quorum. Donc appliquer l’article 148 de la Constitution de 1987 où la nomination d’un juge se heurtait à une batterie d’efforts, notamment auprès d’anciens sénateurs tels Anacassis ou Steven Benoit anti amendement, mais rien de tout ceci n’avait été entrepris par les enfants de la rue. L’impasse est restée totale.

Or, aujourd’hui, le chef de l’Etat se prévaut du support inattendu de Trump qui a bien dit qu’il n’enverrait pas de marines et qu’il préfèrerait passer la chose à l’OEA, de moins en moins puissante depuis les évènements de Managua ou le refus de Maduro du Venezuela de la reconnaître, en dépit des manifestations de rue.

Personne n’est tombé et ce n’est pas Jovenel Moise qui va s’éjecter non plus de son fauteuil. Ce dernier a précisé qu'il resterait au pouvoir jusqu’ à la fin. Il faudra compter seulement sur l’hypocrisie des alliés qui, depuis tout le temps, ont l’hypocrisie comme l’une de leurs meilleures qualités.

Entre temps, la crise perdure. Jovenel se maintient au pouvoir sur la base du pétrole, ayant payé au FMI les 47 millions de dollars US réclamés le mois dernier, ce que l’opposition ne saurait payer, n’ayant aucune bonne garantie, encore moins des contacts auprès d’un pays producteur de pétrole.

AUCUN PROJET CONNU

De part et d’autre il n’y a aucun projet, aucun programme connu. On va à vau l’eau. Moise Jean Charles attend l’arrestation des principaux acteurs de Petro Caribe mais pas de menottes théoriques et d’actions pratiques. Surtout en ce qui a trait à l’assassinat des 4 douaniers de Malpasse sans grandes protestations. 

De plus, le chef de l’État avance ses pions, voulant démocratiser le crédit, surtout en ce qui a trait aux commerçants, tandis que les conflits sociaux laissent des brèches ainsi que le budget avec son trou de déficit dépassant les 25 milliards de gourdes.

Il faudra donc attendre la fin des prophéties c’est-à-dire des coups de feu et une chute fracassante, et après, le pouvoir provisoire verra arriver celui qui permettra à Haïti de redevenir prospère au profit de tous les peuples noirs du monde. Ce temps est apparemment bien loin et l’on se remet, non pas au Bon Dieu, mais au bon vouloir d’une nouvelle étincelle sur le feu, une augmentation des prix de la gazoline qui finira sur l’explosion, la débandade et un nouveau départ.

 

Ady Jean Gardy

 

Évaluer cet élément
(1 Vote)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires