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Guadeloupe. Une absence remarquée dans la Caraibe et l’Amérique latine (1)

19 Fév 2015 Bruno DELPHIN
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Base Terre-Capitale. Jeudi 19 février 2015. CCN. En avril 2014 la Guadeloupe et la Martinique adhéraient conjointement à l’Association de des Etats de la Caraibe (AEC). Plus recemment, sous l’impulsion de Serge Letchimy, la Martinique, accueillait le 60th « summit » de l’OECS et rejoignait dans le même temps les états de la Caraibe orientale au sein de cette structure. La semaine dernière Thérèse Marianne-Pépin, était reçue à Georgetown (Guyana) par Irwin La Rocque, secrétaire Général de la CARICOM. Cette diplomatie dite « territoriale» demeure encore relativement timide et retarde une véritable intégration dans le concert des nations de la Caraibe. Le statut colonial de la Guadeloupe ne lui a pas permis par exemple d’être membre de l’ALBA ou de réduire sa facture pétrolière par le biais de Pétro caribe. La Caraibe et l’Amérique latine ont entamé une marche vers une unité stratégique. Bruno Delphin, analyse pour CCN les raisons de l’absence de la Guadeloupe.

 


Le débat politique en Amérique Latine et dans la Caraïbe montre la profondeur de l’unité stratégique latino-caribéenne comme projet historique.

 

LE PROJET STRATEGIQUE

Les processus d’intégration régionale en cours dans cette région du monde se développent en prenant en compte les luttes menées pour l’indépendance pendant le 19ème siècle qui rencontrent les profondes mutations politiques intervenues à CUBA, au Venezuela, en Bolivie, au Nicaragua et en Equateur et ailleurs dans cette zone géographique.

Ce projet d’affirmation souveraine se développe avec beaucoup de force ces dernières années.

Cette rencontre entre l’Amérique Latine et la Caraïbe vise à construire sur des bases saines une stratégie de réappropriation sociale des ressources naturelles et une gestion économique et scientifique, ce qui a le mérite d’introduire une rediscussion approfondie de la notion-même de développement, du concept même de souveraineté et de la position de l’Amérique Latine et de la Caraïbe dans la géopolitique internationale.

L’Amérique Latine et la Caraïbe en se rapprochant de la Chine par l’intermédiaire de la Communauté des Etats de l’Amérique Latine et de la Caraïbe (CELAC) ont une opportunité historique de développer une coopération stratégique à long terme visant à rompre définitivement la relation de dépendance vis- à- vis des américains du Nord.

La région doit profiter de cette opportunité pour redéfinir ses relations avec les Etats-Unis au plan économique, commercial, financier et politique.

D’où l’importance économique et politique croissante des puissances émergentes regroupées au sein de l’organisme dénommé « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui posent des éléments nouveaux afin de repenser la dynamique économique et politique d’un monde multipolaire, où les processus et projets d’intégration régionale se convertissent en mécanismes nécessaires pour la reconfiguration du pouvoir mondial et régional et pour le renforcement des projets de développement par et pour le Sud.

La collaboration Sud-Sud puise son inspiration plus profonde dans l’affirmation de la lutte anticolonialiste du Tiers Monde et dans l’apparition des Pays Non Alignés.

LA CONFERENCE DE BANDUNG

Cette Conférence de Bandung en Indonésie, tenue en avril 1955, a représenté un des moments les plus importants de ce processus en cours. Ce rassemblement, auquel participèrent à l’époque 23 pays asiatiques et 5 pays africains, a affirmé les principes de la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste, en élaborant un vaste appel à l’autodétermination et au développement des peuples basé sur la solidarité et la coopération économique et culturelle et cherchant à créer un espace politique indépendant quant aux blocs militaires et la confrontation entre les Etats-Unis et l’ex-Union Soviétique durant la période de la Guerre Froide. Le thème principal était axé sur les luttes nationales pour l’indépendance, l’éradication de la pauvreté et le développement économique, à travers des organisations régionales et des politiques économiques de coopération entre les pays du Tiers Monde.

L’esprit de Bandung a donné naissance à un vaste consensus politique entre les principaux leaders et les peuples d’ Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine par rapport à l’affirmation de la paix et les principes de coexistence pacifique, à un moment où le monde vivait une situation d’extrême tension et de menace de guerre : l’invasion du Guatémala organisée par les Etats-Unis pour renverser le Président, Jacobo ARBENZ, le déplacement de la 7ème Flotte des Etats-Unis vers la mer de Chine, la substitution des troupes françaises par les troupes états-uniennes dans la région sud du Vietnam, après la défaite française à Dien Bien Phu en 1954 et la Guerre de Corée entre 1950 et 1953.

Les cinq (5) principes de coexistence pacifique proposés par le 1er Ministre Chinois, CHOU EN-LAI et ratifiés par le 1er Ministre Hindou, JAWAHARLAL NERU en 1954 : pas d’agression, pas d’intervention dans les affaires internes d’autres Etats, égalité et avantages mutuels et coexistence pacifique, ont été repris par la Conférence de Bandung.

Le Mouvement des Non Alignés a donné du contenu diplomatique, aux Nations Unies, à la ligne stratégique de Bandung.

Sous influence latino-américaine se crée la United Nations Conférence On Trade (UNCTAD).

Emergent également des expressions radicales de la lutte politique révolutionnaire, comme l’organisation Trilatérale, qui se crée à La Havane à CUBA, en 1973. L’émergence de gouvernements comme celui de Vélasco ALVARADO au Pérou, de Juan José TORRES en Bolivie, d’Omar TORRIJOS au Panama, de Salvador ALLENDE au Chili et le retour d’Eva PERON en Argentine, conduisent à des initiatives de l’Etat qui s’expriment dans la transformation de la ALALC en ALADI (Association Latino-Américaine d’Intégration). Le Système Economique Latino-Américain (SELA) est également crée en 1975, destiné à l’étude de l’intégration régionale et à la formulation des politiques publiques économiques.

Pendant les années 1990 débutent de forts mouvements de restructuration de l’offensive des gouvernements et des mouvements du Tiers Monde, qui voient dans la réussite de la Chine et de l’Inde et, en partie, du Brésil au début du 21ème siècle, une recherche de formes institutionnelles qui expriment cette nouvelle situation.

L’héritage historique des luttes du Tiers Monde se révèle d’une très grande utilité pour une stratégie d’affirmation du système multipolaire et pour orienter, d’un point de vue stratégique, le processus d’intégration latino-caribéenne et son impact sur la géopolitique mondiale contemporaine.

De tous ces enjeux qui se déroulent à nos portes, force est de constater que la GUADELOUPE est étrangement absente de l’unité stratégique en marche en Amérique Latine et dans la Caraïbe.

A suivre…

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2 Commentaires

  • SHAKA GWAKAFWIKA
    SHAKA GWAKAFWIKA vendredi, 20 février 2015 09:18 Lien vers le commentaire

    Pour le "savant" de Radio machin, la Guadeloupe est dans la Caraïbe depuis des lustres, à commencer par la géographie.
    La Guadeloupe n'est pas un pays souverain alors forcément elle se trouve (pour le moment) absente de l'ALBA, la CELAC et PETROCARIBE. Mais ne faisons pas la fine bouche puisque notre pays fait déjà partie de l'AEC, de la CEPALC et bientôt de l'OECS et de la CARICOM. Petit à petit, le chemin se poursuit. Patience!

  • Résistant de Guadeloupe
    Résistant de Guadeloupe jeudi, 19 février 2015 20:08 Lien vers le commentaire

    Non à l'intégration de la Guadeloupe dans la Caraïbe.

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