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Saint-Martin. Semsamar : Les masques de Gibbs tombent et sa majorité se fissure

18 Déc 2018
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Pointe-à-Pitre. Mardi 18 décembre 2018. CCN Le feuilleton politico-médiatique de la SEMSAMAR n’en finit plus de dévoiler ses subtilités au fil des jours. Doit-on s’attendre à un ultime rebondissement ? La semaine dernière un article du correspondant parisien de France-Antilles (très connu des ministères français) confirmait ni plus ni moins le projet de démantèlement de la SEMSAMAR que CCN a été le premier à révéler. France-Antilles souligne bel et bien « le deal » désormais éventé entre l’Élysée et Gibbs et que ce dernier s’obstine à nier. Selon une source proche du gouvernement français, c’est stephane Cazelle jpgStanislas Cazelle, conseiller Outre-Mer à l’Élysée qui semble être le chef d’orchestre clandestin de toute l’affaire. Cazelle, faut-il le rappeler, a jadis occupé plusieurs postes entre 2010 et 2012 au Ministère des Dernières Colonies Françaises au moment ou Marie-Luce Penchard occupait encore le fauteuil de ministre. Ce réseau aurait pu être utile à la résolution de la tourmente mais à notre connaissance, il n’en a rien été. De son côté, Gibbs qui pensait pouvoir légitimement compter sur le soutien de MLP s’est lourdement trompé. En effet, l’ex ministre et maire de Basse Terre a affirmé hier dans CCN qu’elle ne serait pas du côté des « déchoukeurs » de MPBR. Ces derniers jours entre St-Martin, la Guadeloupe et Paris, il devient très difficile de préserver ses amitiés tout en assurant son avenir politique. Tôt ou tard Gibbs s’en rendra compte. Le conseil d’administration (CA) de la SEMSAMAR (SEM) qui doit se tenir ce mardi donnera-t-il raison à la stratégie « va-tout-seul » de Gibbs ? Quel rôle la CDC, banquier et actionnaire va-t-elle jouer ? Les collectivités amies le seront-elles encore ?

De la Team Gibbs à la COM de St-Martin : Des arguments fallacieux et trompeurs

Acte 00 : C’était déjà le programme de campagne de la Team Gibbs en 2012

Acte 01 : La révocation de la DG n’est pas à l’ordre du jour !

Acte 02 : Révoquer la DG pour lever les blocages des financiers/actionnaires qui provoquent des tensions de trésorerie ?

Les prétextes avancés varient, se contredisent mais l’objectif reste toujours pour l’État français de récupérer la SEMSAMAR. Seul le Président Gibbs continue de clamer haut et fort que ce démantèlement n’aura pas lieu. Pourtant les faits sont tenaces et la logique implacable. Au cours d’un Conseil territorial, jeudi dernier, à la limite de l’injure envers les élus guadeloupéens priés de s’occuper de leurs vaches plutôt que des enclos St-Martinois, le Président de la Collectivité a fait preuve d’un autoritarisme très vindicatif et très peu démocratique. Il s’est étonné ironiquement de la solidarité des élus guadeloupéens à l’égard de la SEMSAMAR alors que sur des problématiques telles l’eau ou la chlordécone ils n’y arrivent pas. Gibbs s’est posé en chefaillon d’opérette qui entend faire la loi chez lui au détriment de ses partenaires et des clients de la SEM : les collectivités de Martinique, Guadeloupe et Guyane. Daniel Gibbs s’est contenté de réclamer un chèque en blanc à son conseil territorial en martelant de lui faire confiance car c’est lui le chef. (sic)

Les démonstrations comme celles-là ont fleuri sur tous les arguments fallacieux apportés pour justifier les manœuvres, qu’ils s’agissent de la trésorerie de la société, du salaire de la DG, de la réhabilitation des logements suite à Irma etc… Alambiquées, dépourvues d’explications fondées, contradictoires…

Gibbs n’a pas hésité à promettre sa démission plutôt que de céder ses parts sur la SEMSAMAR à quelconque organisme. L’avenir dira s’il tiendra cette parole. Accordons-lui le bénéfice du doute. Il n’a peut-être pas l’intention de céder ses parts mais de fait, admettre la prise de contrôle du logement social par CDC Habitat conduira inévitablement la SEMSAMAR à être privée de sa consistance.

La Collectivité de St-Martin conserverait donc la majorité d’une coquille vide comme Georges Gumbs, Président du Conseil économique social et culturel (CESC), s’en fait l’écho dans une tribune publiée sur sa page Facebook.

Les salariés de la SEMSAMAR sont donc vent debout contre ce projet de bouleversement de la gouvernance décidée à la va-vite et sans concertation aucune avec leurs instances représentatives.

« Tout est fait comme s’il y avait un agenda masqué qui précipite les évènements et on ne juge pas utile de nous en tenir informés. Nous avons tout découvert par la presse. Si c’était si sain que cela il n’y aurait pas autant de secrets et de mensonges. Le Président de la Collectivité fait comme si seuls les salariés de St-Martin comptaient et fait tout pour nous diviser. C’est de la discrimination » confie l’un de leurs porte-paroles.

Celles qui ont osé dire « non » à Gibbs

La majorité du conseil territorial a accusé une fissure lors du vote sur le point 9 de la délibération en faveur de la candidature de Yawo Nyuiadzi, l’actuel Président de la SEMSAMAR en tant que PDG. Cette absence d’unanimité fragilise le Président de la Com qui paie son style dictatorial et nombriliste. Les tentatives de pression, menaces et autres chantages politico-affectifs n’auraient pas eu gain de cause auprès de 5 de ses élues (2 abstentions et 3 votes contre). La rancune du Président pourrait prochainement s’abattre sur celles qui ont osé dire non en s’écartant du troupeau. Aussi lors du vote en CA cette fois, si cette position est maintenue de la part des élues dissidentes de la majorité et administratrices de la SEMSAMAR, Claire Manuel-Philips et Sofia Carty, le vote en faveur de ce PDG n’est pas acquis, en tout cas pas si facilement que prévu. En effet, en toute logique La Région Guadeloupe et la ville de Basse-Terre opposeront leur désaccord. Daniel Gibbs semblait compter sur le soutien de Marie-Luce Penchard mais cette dernière a levé spontanément tout doute sur sa position, alignée logiquement sur celle de la Région Guadeloupe.

Pourquoi subitement un vote à bulletin secret ?

La CDC et la Société Foncière de l’Anse Marcel (SFAM) devraient, si la CDC est fidèle à l’usage, avoir la décence de s’abstenir surtout dans un contexte aussi embrouillé que celui impliquant les appétits de la CDC Habitat sur le logement social Outre-Mer. L’ironie du sort est telle que c’est bien leur vote qui peut faire la différence en faveur du maintien de la DG même s’il n’est que symptomatique du projet d’anéantissement de l’autonomie des collectivités. C’est certainement ce qui motiverait le Président Gibbs à « innover » encore en réclamant subitement un vote à bulletin secret lors de ce CA, auquel bien qu’il n’y participe pas pourrait être un invité-surprise du Président de la SEM, histoire d’essayer de peser de tout son poids…

Le scénario catastrophe : la Guyane flouée, la Guadeloupe et la Martinique en grand danger

Le grand absent de ce vote sera la Guyane. La Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) bien qu’elle participe à hauteur de 30 % du Chiffre d’affaires de la SEMSAMAR n’en est pas actionnaire. Le Président Gibbs a d’ailleurs affirmé souhaiter son entrée au capital ainsi que celle de la Martinique. Gibbs semble bien-sûr de lui lorsqu’il pense que les Collectivités voisines souhaiteront poursuivre avec un partenaire aussi instable. Les implications sont catastrophiques pour les relations entre les collectivités et le front antillo-guyanais mis en place depuis une trentaine d’années. En effet, nous nous sommes procurés un document adressé aux élus de la COM sur la solidité financière de la SEMSAMAR. Il en résulte que ces collectivités ont consenti à garantir des contrats d’emprunts pour un montant de près de 300 millions d’euros pour la Guadeloupe, 350 millions pour la Guyane, 50 millions pour la Martinique. La Collectivité de St-Martin a garanti pour 60 millions d’euros de prêts. Aussi en cas de cessation de paiement de la SEMSAMAR, ces collectivités se retrouveraient à rembourser immédiatement cette dette financière. D’ailleurs, les dernières versions des contrats d’emprunts de la CDC garanties par les collectivités préciseraient que les sommes dues à la CDC seraient immédiatement exigibles en cas de « modification du statut juridique, du capital ou de la gouvernance de l’emprunteur qui affecterait sa situation financière et qui aurait des conséquences sur sa capacité de remboursement ». Rodolphe Alexandre, le Président du Conseil Territorial de Guyane, mesure parfaitement le risque et s’est même rendu sur le piquet de grève des salariés de la SEMSAMAR en Guyane conscient de l’effet d’entrainement néfaste sur tout un pan de son économie. Or, à la veille d’annonces très favorables au logement social, l’Etat regardant, sur la valeur du patrimoine de la SEMSAMAR et ses réserves foncières, notamment en Guyane, met tout en œuvre pour que cela ne profite pas aux collectivités qui trouveraient une façon enfin avérée de se libérer du joug de l’Etat colonial et de compenser son désengagement dans nos pays.

Saint-Martin isolée !

Par cette position le Président de la Collectivité de St-Martin isole St-Martin des autres territoires. « Gibbs se dirige avec entrain dans un piège dans lequel il précipite tout le monde, je ne sais pas par quoi ils le tiennent » a-t-on pu entendre.

Rassuré par le soutien de l’Etat colonial, la jeune collectivité de St-Martin pense pouvoir ainsi s’affranchir de la coopération avec les autres territoires sur la bonne foi de l’amitié de son Président avec le Président Ary Chalus : est-ce suffisant pour garantir l’avenir ?

Sé ansanm nou pli fô !

La SEMSAMAR tire sa force notamment par son caractère multi-territoires. Une approche en mode division – chacun reprend ses billes - conduirait à la perte de l’effet de leviers rendu possible par les économies d’échelle. En effet, la SEMSAMAR a su instituer une stratégie de diversification qui a fait ses preuves et offre des perspectives à nos territoires sous tutelle et aux petits pays insulaires. A la fois par les territoires (dimension géographique et démographique) et par la diversification de ses activités, le marché est plus grand et donc producteur de richesses.

Autre aspect qu’il convient de ne pas éluder, l’État français veut reprendre la main sur le logement social en opérant des regroupements par territoires - donc un démantèlement n’en déplaise au Président Gibbs - ainsi que prévu dans la loi Elan et la reprise des SIDOMS en est déjà une parfaite illustration. Le logement social représente une activité « vache à lait » qui sécurise l’équilibre économique qu’offre le panachage et les différents niveaux de maturité de ses activités. La SEMSAMAR est une locomotive capable d’enclencher des vitesses différentes simultanément sur les différents wagons sans que le train ne déraille. Une incongruité positive, une prouesse managériale, financière et opérationnelle réussie par des cadres Cari-Guyanais. De quoi être fiers, mais jusqu’à quand ? On sait de quoi l’acharnement de l’Etat sur la SEMSAMAR est le nom, quelle capacité de rebonds la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique sauront déployer si le plan aboutit ? Le vote de ce mardi ouvrira sans aucun doute une double page dans l’histoire de la Sem et donc de St Martin.

 

 

 

 

 

Il ne s’agit pas de « sauver » Marie-Paule Belénus Romana !

ROMANAL’une des stratégies de l’Etat a été de prendre le cas Bélénus-Romana comme écran de fumée et symptôme d’un système auquel il faudrait mettre fin. Si ce n’est que le système en question a été mis en place par l’Etat lui-même ou avec sa complicité mais surtout a été rectifié il y a plusieurs années. A défaut de nouveaux cadavres on exhume leurs fantômes. Une confusion préjudiciable à la compréhension des véritables enjeux. Il ne s’agit pas de sauver MPBR ainsi qu’elle l’a elle-même assuré à ses salariés ou qu’Henri Yacou l’a fait observer en faveur de la compétence des cadres Cari-guyanais. Ce combat dépasse une personne et le laisser croire interdit de voir ce qui se trame réellement. Nul n’est irremplaçable et il convient bien entendu d’anticiper une préparation à la fin du mandat social qu’exerce normalement la DG jusqu’à 2021. Ce poste ne lui appartient pas et il serait nécessaire d’envisager un successeur ne serait-ce que par principe appuyé par une expertise et une compétence avérée. Si ce n’est que dans ce cas on anticipe de façon précipitée la fin du mandat pour « incompatibilité d’humeur » sans qu’une faute ait été prouvée. Les élus et le BTP montent au créneau, conscients de ce que cela signifie à terme pour les collectivités. Plus encore, cette situation renvoie étrangement à l’exemple réunionnais avec la SIDR reprise par CDC habitat cette année. Le Directeur Général en place s’est vu adoubé d’un Directeur général délégué, issu de CDC Habitat. La fausse idylle a duré 3 mois le temps que CDC habitat prenne pleinement les rennes et que le DG démissionne poussé par la sortie. Le prochain DGS de la Collectivité serait issu de la CDC, l’AFD a déjà fourni 6 collaborateurs à la COM. Le terrain est miné. Le déploiement a commencé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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