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Géopolitique. La Francophonie est-elle un instrument de la Francafrique et du néocolonialisme ? (1)

26 Déc 2018
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Paris. Mercredi 26 décembre 2018. CCN. Dans quelques jours précisément, le 1er janvier 2019, l’Haitiano-Canadienne Michaelle Jean ne sera plus secrétaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Pourquoi et comment a- t-elle été « lâchée » par le Canada et par la Macronie ? Quelles leçons les guadeloupéens-francophones par la force des choses doivent-ils en tirer ? A quoi servent l’OIF et ses satellites ?

C’est en octobre dernier à Erevan lors du 17ème Sommet de l’OIF que Louise Mushikiwabo la ministre des affaires étrangères du Rwanda, a été désignée par consensus pour remplacer Michaelle Jean, qui espérait briguer un second mandat. Dans les coulisses, cette élection a suscité bon nombre de commentaires. D’abord parce que le Rwanda est un pays anglophone, (6% de francophones) donc rien à, voir avec la francophonie ou la francophilie. Mais en fait, la décision d’éliminer Michaelle Jean a été prise par E. Macron lui-même en mai 2018 soit bien avant le sommet de l’OIF.

En effet, après avoir reçu à Paris Paul Kagamé le président du Rwanda Macron avait déclaré ceci : « La ministre des Affaires étrangères du Rwanda a toutes les compétences pour exercer la fonction de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) et je la soutiendrai. Le mandat de l'actuelle responsable de l'OIF, la Québécoise Michaelle Jean, expire mi-octobre ». 

Il faut se rappeler que la France (son gouvernement) a été très grave mise en cause, après le génocide du Rwanda en 1994. La décision prise par Macron de soutenir la rwandaise à l’OIF est d’abord politique. On s’aperçoit que sous couvert de Francophonie, le gouvernement néo colonial français a instrumentalisé l’OIF pour tenter d’améliorer les relations franco-rwandaises.

L’OIF qui devait prétendument » défendre et illustrer la francophonie », est progressivement devenue un outil très efficace au service de la France Afrique.

De plus, comment ne pas s’interroger sur le choix de cette rwandaise à l’OIF, quand on sait que Paul Kagamé, le président de ce pays, n’est pas spécialement connu pour être un démocrate, ni un illustre défenseur de la liberté de la presse. Mais la chute inévitable de Michaelle Jean, n’est pas que le fait de la France Macronienne, car au Québec, sa gouvernance , un peu comme chez nous Marie Paule Bélénus, a été très contestée. Certains médias québécois ont déclenché contre l’ex gouverneure une très sévère campagne ce qui dans la foulée, a « aidé » le 1er ministre Justin Trudeau, à suivre la position française.

L’OIF à la sauce Rwandaise, sera-t–elle plus efficace que l’OIF de Michaelle Jean ? il est bien trop tôt pour le dire, il faudra attendre 2020, c’est à dire le prochain sommet OIF à Tunis, pour examiner le parcours qu’aura fait au cours sa première année de mandature la nouvelle patronne.

Au dernier congrès de l’Union de la Presse Francophone (UPF) à Erevan, c’est une femme Zara Naazrian qui a été élue secrétaire internationale. Elle vient de déclarer : « l’UPF va continuer sur cette lancée en s’associant avec des organisations internationales les plus respectées. Le premier pas dans cette direction – des projets communs avec l’Organisation internationale de la Francophonie, partenaire naturel de l’UPF, autour du Village de la Francophonie lors du prochain Sommet qui aura lieu en 2020 à Tunis ».

 

 

 

 

 

Afrique le règne de la francophonie.

La francophonie, également appelé monde francophone ou encore espace francophone désigne l'ensemble des personnes et des institutions qui utilisent le français comme langue de première socialisationlangue d'usagelangue administrative, langue d'enseignement ou langue choisie1. La francophonie peut renvoyer tant à l'ensemble des pays francophones qu'à l'ensemble des pays ou régions membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)2 (notamment représentés par l'Association internationale des régions francophones (AIRF)3. Ces pays parlent majoritairement ou partiellement français mais le français n'est pas obligatoirement la langue officielle nationalement ou régionalement.

Selon l'OIF, en 2014, le français est la cinquième langue la plus parlée au monde avec 274 millions de locuteurs représentant 4 % de la population mondiale (une personne sur 26), dont 212 millions en faisant un usage quotidien (+ 7 % entre 2010 et 2014)4 représentant 3 % de la population mondiale (une personne sur 32). Estimé à près de 300 millions, le nombre de francophones approchera les 700 millions en 2050 soit 8 % de la population mondiale (1 personne sur 12), et 85 % de ces francophones seront en Afrique du fait de la croissance démographique.

Outre les » anciennes » colonies françaises d’Afrique et de l’Océan Indien, il faut ajouter dans la Caraïbe, Haïti et les dernières colonies que sont : La Guadeloupe la Guyane et la Martinique ou la francophonie dispute à la créolophone. Cela signifie de par leur dépendance politique, nos pays sont « naturellement » francophones.

 

 

 

 

 

 

 

(Extraits)

Zanmi, ki jan nou ye ? 

Honè !

Respè !

Cette façon de saluer en Haïti, mon pays natal, nous vient de la lutte d’affranchissement contre le cruel déni d’humanité induit par l’esclavagisme. 

Elle dit aussi la longue marche d’émancipation des Haïtiennes et des Haïtiens et elle persiste, de manière courante et solennelle. 

Et saluer dans ces mots choisis « Honè ! », à quoi on répond « Respè ! », énonce deux exigences fondamentales et fondatrices.

« Honneur ! » « Respect ! » : nous nous reconnaissons en ces qualités dont nous sommes dignes.

La langue créole nait d’un esprit indomptable de résistance

Devoir résister, oui, chaque jour, chaque instant, affronter une logique adverse, raciste, érigée en système et d’une violence inouïe, dont la finalité est de broyer toute trace de dignité et d’humanité chez ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants réduits en esclavage. Cette violence, ce régime de colonisation, criminel et génocidaire, durera plus de quatre siècles. 

Des dizaines de millions de femmes, d’hommes et d’enfants, que l’on dépossédera de tout : de leurs lieux, de leurs biens et de leurs moyens de subsistance ; de leurs noms, de leurs liens, de leurs cultures et de leurs traits de civilisation ; de leur descendance, de leur identité, de leur liberté et de leur humanité ; ils seront totalement dépossédés d’eux-mêmes, traités en bêtes de somme. 

Mais de quoi cherchera-t-on à les déposséder d’abord ? 

De leur capacité à communiquer. 

Dans l’enfer de chaque plantation, on prendra le soin calculé d’éviter que ceux et celles réduits en esclavage soient d’une même ethnie et donc, d’une même langue. 
Il faudra leur enlever de manière systématique tout repère, toute possibilité d’expression donc de rébellion. 

On leur mettait des fers, des mors en bouche. 

Certains étaient polyglottes, on leur coupait la langue. 

La langue créole est donc un acte de résistance, né d’un besoin impérieux et absolu d’exister : dire et se dire, en toute intelligence. 

Nous ne sommes pas des bêtes, nous sommes des êtres humains, nous pensons. 
Le fouet, les chaînes et les supplices, le viol, l’humiliation quotidienne pour détruire et annihiler, la cruauté, rien n’y fera. 

Le génie sera d’assimiler les mots et la langue des maîtres, de retenir la syntaxe commune aux différentes langues africaines d’origine, tirant avantage d’être issus de mêmes régions, principalement d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. 

La langue se forge ainsi dans l’urgence autour d’images et de gestes. En créole haïtien pour dire beaucoup, on dit « anpil », en pile. Pour dire tiens, on dit « men », je te donne à la main. Pour dire souci et complication, on dit « tètchajé », la tête chargée... 

La langue créole sera ainsi, comme le jazz, expression créative et imagée. Elle naît aussi subversive. 

Détourner de leur sens les mots de l’injure. 

Vous nous appelez nègres ! Désormais nous revendiquerons le mot nègre pour désigner l’homme, tous les hommes, quelle que soit la couleur de leur peau. Et pour dire personne, nous disons « Moun » du nom des peuples Ba Moun du Cameroun. Ti moun, gran moun, tout moun sé moun. Nou sé pitit guinen, nou se Kongo, nou se Nèg Dahomé... 

La mémoire est là, cultivée, nous la reprenons, comme un mantra. Elle est vitale, pour se dégager du piège de l’aliénation.

Et puis, pour revenir à la subversion, action destinée à troubler l’ordre établi souvent pour revendiquer et signaler une condition, il y a la négritude. Aimé Césaire disait si justement : la négritude n’est ni affaire de peau, de couleur ou de race, elle est une condition, elle dit une révolte. L’on a vu surgir au Québec, la revendication identitaire des « Nègres blancs d’Amérique. »

En Haïti, nous adopterons et chérissons encore aussi les mots des peuples indigènes victimes de cette même tragédie, conquis, dépossédés de la même manière et réduits eux aussi en esclavage dans les plantations et sur leurs propres terres. 

Ces peuples, Arawak, Tainos, Kalinagos, aujourd’hui décimés auront su instruire les Africains des vertus des plantes du territoire, certaines, bonnes pour survivre, d’autres qui seront des armes redoutables, pour empoisonner ou zombifier les tortionnaires.

Les indigènes retranchés dans la profondeur des forêts abriteront et sauveront les marrons en fuite, les aideront à organiser les révoltes, leur légueront certaines de leurs croyances et pratiques spirituelles, pérennisées par le vaudou. 

C’est en hommage à ces premières nations que les révolutionnaires noirs victorieux aboliront les dénominations coloniales Saint Domingue et Hispañola, pour redonner à l’île le nom de ses origines : Ayiti boyo kiskeya qui signifie terre montagneuse. La République d’Haïti sur l’île de Kiskeya. Nous ne disons pas Antilles, mais Caraïbes.
Le mot « créole » vient du mot espagnol Criollo, du verbe criar, qui signifie élever. Donc los criollos, les créoles désignent ceux venus d’ailleurs, mais élevés ou nés sur place. 

La langue créole est donc née du lieu et de tous ces métissages. Elle raconte, elle témoigne, elle affirme, elle rappelle, elle persiste, elle est partagée sur ces continents et entre les peuples qui ont cette histoire en partage…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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