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Guadeloupe. Colonialisme : Quand un sous-préfet se prend pour un petit sous-gouverneur…

27 Déc 2018
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Pointe-à-Pitre. Jeudi 27 décembre 2018. CCN. En avant propos, je tiens à dédier ce texte à tous les Guadeloupéens, qui comme moi, ont eu à essuyer personnellement la condescendance et le dédain du Sous-Préfet dont il est nommément question dans cet article. J’avoue avoir beaucoup ri intérieurement, à chaque fois que je le voyais gesticuler devant moi, à court d’arguments, utilisant le mépris et l’affront public comme ultime réponse… Et évidemment, n’étant pas femme à m’habituer à un tel traitement, la réponse, ici présente, ne s’est pas faite attendre.

Il est largement prévisible que le Sous-Préfet en question m’attaquera en diffamation, puisque lorsqu'il est repoussé dans ses cordes, ses seules réponses sont : la plainte en diffamation ou l’absence totale de commentaire. Mais chacun sait que dans pareil cas, la plainte en diffamation est la seule arme de ceux qui n’ont pas le courage de dire les choses en face et d’affronter toujours en face les vérités dérangeantes. En tous cas, je suis là et bien debout derrière à mes propos et prête à assumer chaque mot !

Il était une fois, un Sous-Préfet, un certain Jean-Michel Jumez, nommé à Pointe-à-Pitre, au cœur d’une Guadeloupe déjà en pleine tourmente, souffrant notamment à cause du CHU récemment incendié, d’échouages réguliers de sargasses à forte de teneur toxique et de dossiers brûlants à la pelle dont il avait et a encore aujourd’hui la responsabilité.

Un tel poste, avec de tels pouvoirs, requiert évidemment des compétences indéniables, mais aussi une certaine dose d’empathie afin d’être à la hauteur des enjeux du pays. Malheureusement tous ceux qui ont eu à approcher ce Sous-Préfet n’ont pu que constater ses nombreux abus de pouvoir et son indéfectible besoin d’imposer ses vues en intimidant les plus impressionnables. On peut supposer que c’est peut-être parce qu’il ressent dans les tréfonds de sa conscience, un certain nombre de complexes et de limites qu’il ne parviendrait pas à cacher… Quoi qu’il en soit, au delà de ces supputations psychologisantes, il est avéré que dans certains cas, tout Sous-Préfet qu’il est, il aime à se croire au dessus des lois…

Tenez, dans le dossier de l’accueil et du transport des croisiéristes sur le Port, la plupart des intervenants, ont été confrontés, d’une manière ou d’une autre, à son mépris et donc à son attitude de petit potentat. Mais au delà de sa façon de traiter les Guadeloupéens, d’autres enjeux se sont peu à peu dévoilés au sujet de ce dossier, précisément.

Il faut dire, que derrière les aspects purement logistiques de cette affaire, se cachent de gros intérêts économiques : avec l’agrandissement du Port et l’essor florissant de la croisière, le marché juteux à venir a déclenché, dans l’ombre, des appétits féroces, prêts à toutes les alliances et toutes les compromissions pour rafler la mise.

Et c’est notre ami Sous-Préfet, étant à la manœuvre dans ce dossier, qui est officiellement en charge de réglementer le transport des croisiéristes et de gérer la situation entre les différents transporteurs déjà présents sur le Port à savoir les taxis et les VTC. C’est vrai que la tentation de diviser ces Guadeloupéens pour mieux régner peut s’avérer forte…

Mais avant toute chose, pour bien comprendre ce qui se trame dans ce dossier, il convient de révéler la stratégie des grosses sociétés qui aspirent à conquérir l’ensemble du marché des croisiéristes, actuellement détenu en grande partie par les taxis. Elles doivent trouver le moyen de faire accéder, au Port, sans aucune restriction, les transporteurs occasionnels (dits « DEAL » ou « LOTI »). Et comme par un heureux hasard, c’est dans l’interstice d’un amendement gouvernemental créant une dérogation uniquement pour les Outre-mer, que le Sous-Préfet a trouvé la voie permettant d’imposer sur le Port ces fameux transporteurs « DEAL ».

Pourtant, malgré cette pirouette juridique, la loi exige en plus quelques conditions comme la nécessité absolue pour ces transporteurs occasionnels (ainsi que pour les VTC) d’être directement commandés par les croisiéristes, à l’avance, et ce par le biais d’une réservation préalable nominative. Et c’est bien ce qui gène, car cette restriction empêche aux grosses entreprises de contourner les taxis.

Mais qu’à cela ne tienne, la loi et ses restrictions ne sont que peu de choses face à un sentiment de toute puissance mal placé… Certains hauts-placés s’imaginent que celui qui réglemente, celui qui rédige et signe l’arrêté préfectoral est celui qui imposera ses règles du jeu, et ce en dépit de la loi… Et en l’occurrence, celui qui réglemente au sujet du Port, c’est Jean-Michel Jumez, ce Sous-Préfet qui croit pouvoir faire la pluie et le beau temps…

Dans un tel état d’esprit, on imagine bien qu’il lui est impossible d’envisager une quelconque résistance… Et pourtant, c’est mal connaître notre pays !!!

Les taxis de Guadeloupe, très vite, avaient senti l’entourloupe… S’unissant en intersyndicale, ils ont contre-attaqué les propositions illégales de JUMEZ d’abord sur le plan judiciaire, en initiant une série d’actions en justice : plainte pour complicité d’exercice illégal de la profession de taxi contre le Port ; constat d’huissier ordonné par le Tribunal afin de constater les violations à la loi sur le Port ; recours devant le Tribunal Administratif pour annuler la commission relative aux taxis et aux VTC créée par ce Sous-Préfet, etc…

Puis leur contre-attaque s’est complétée en passant par le terrain politique, avec la députée Justine Benin, qui seule, a courageusement déposé une question écrite parlementaire, à laquelle le Ministère des Transports a répondu sans surprise en donnant raison aux taxis.

Mais ni les prescriptions du Ministère, ni les demandes réitérées des taxis lui enjoignant de respecter la loi ne changeaient le cap du Sous-Préfet… Toutes ces attaques ne faisaient qu’exciter son sentiment d’impunité, en le repoussant encore plus loin dans ses retranchements, jusqu’à ce qu’il commette la faute de trop… Ainsi lors d’une réunion, afin d’obtenir l’accord des taxis, il n’aurait pas hésité à distribuer un mail falsifié émanant d’un haut fonctionnaire du Ministère.

Immédiatement, les taxis, en « mode vigilance », portaient plainte contre le Sous-Préfet pour usage de faux. Interloqués par les preuves entre les mains des taxis, les gendarmes, eux-mêmes, mettaient tout de suite sous scellé les deux versions de ce fameux mail distribué par Jumez. Ce mail lu et diffusé en réunion, à sa demande, avait le même expéditeur, les mêmes destinataires, le même objet, la même date d’envoi, la même heure d’envoi (à la seconde près), mais existait en deux versions avec deux contenus différents… Eloquent, n’est-ce pas !

Evidemment, avec cette plainte les taxis avait touché une corde sensible, très sensible même, car en réponse, ce Sous-Préfet, avait aussitôt déposé une plainte pour diffamation contre le représentant de l’intersyndicale des taxis, Monsieur Jocelyn Bourgarel. Il lui reprochait d’avoir exprimé publiquement son indignation en soulignant que si ce Sous-Préfet était capable de faire usage d’un faux dans le dossier des taxis, de quoi serait-il capable dans d’autres dossiers dont il avait la charge (notamment le dossier des sargasses ou les dossiers qui touchent notamment à la santé des Guadeloupéens) ?…

Les suites données à la plainte pour usage de faux à l’encontre du Sous-Préfet seront un bon révélateur de la probité du système judiciaire en Guadeloupe, car tout le monde a pu souligner la rapidité avec laquelle la plainte du Sous-Préfet a été traitée, donc la rapidité avec laquelle le représentant des taxis a été convoqué pour être auditionné. Et en contrepartie tout le monde entend le silence assourdissant qui entoure la plainte pour usage de faux contre l’un des représentants de l’Etat français…

Dans la foulée, debout comme un seul homme, la profession des taxis toute entière s’était mobilisée, en mettant en place blocages et opérations escargot afin d’obtenir du Sous-Préfet l’application de la loi. Tous, malgré les désagréments occasionnés par ces manifestations, avaient compris le combat des taxis pour le respect de la loi et de leur dignité. Tous, sauf une petite minorité, toujours aux ordres et souvent prise en flagrant délit de partialité pour le pouvoir en place, tel que le « journaliste » du France-Antilles Boris Colombet, qui rappelle dans certains de ses écrits les fonds baptismaux du quotidien en Guadeloupe.

Acculé par la pression des mobilisations, le Sous-Préfet se trouvait contraint et forcé de reculer, et donc de respecter la loi en se conformant à la quasi-totalité des demandes des taxis. Mais il prenait bien soin de ne pas toucher à la question de la commande préalable, celle qui permet d’ouvrir les portes du Port à ceux, qui en secret, attendent le bon moment pour envahir le Port et assouvir illégalement leurs appétits sur le marché de la croisière en Guadeloupe.

Dans le même temps, de gros investissements étaient annoncés sur le Port afin de mettre en place des bornes électroniques permettant de contourner les taxis et de commander notamment ces fameux gros transporteurs « DEAL », illégalement introduits par Jumez sur Port ; bornes qui évidemment, dans le système entériné par ce Sous-Préfet sont en totale violation à la loi.

Et donc, après avoir reculé, après avoir été obligé de se conformer à une partie de la réglementation, ce Sous-Préfet, bien décidé à faire taire toute contestation et à faire payer aux taxis leur outrecuidance, s’est évertué à s’acharner contre eux : en leur exigeant des pièces injustifiées, en agissant positivement pour que l’arrêté obtenu grâce à leur mobilisation ne soit pas totalement appliqué, en tentant de les intimider en exigeant que deux taxis soient auditionnés par les gendarmes en raison de leur participation aux mobilisations, etc…

Enfin le Sous-Préfet, voulant faire un exemple, a choisi deux jeunes artisans taxis, parmi la centaine d’autres qui avait manifesté, et les a convoqué devant la commission de discipline des taxis, pour avoir participé à des opérations escargot, en les menaçant de leur retirer leur carte professionnelle de taxis.

Mais cette tentative d’intimidation, s’est soldée par un simple avertissement pour les deux artisans taxis, après deux heures d’une commission de discipline extrêmement tendue, au cours de laquelle le Sous-Préfet, aidé de son de secrétaire général (Monsieur Holl), s’est montré particulièrement irrespectueux des règles élémentaires de procédure : contestant à l’avocat et aux témoins leur droit de s’exprimer, refusant de donner un accusé réception aux pièces produites par les taxis (pour se raviser par la suite), basant ses poursuites sur des pièces qu’il n’avait pas en totalité transmises aux taxis (malgré leurs demandes et leur droit d’être destinataires de toutes les pièces du dossier). La morgue du Sous-Préfet a même été jusqu’à refuser, avec un dédain remarqué, d’entendre le Président de la Chambre des Métiers, Monsieur Simon Vainqueur, cité comme témoin, lui intimant avec arrogance de sortir de la pièce, parce qu’il était arrivé avec quelques minutes de retard en raison d’autres obligations qu’il devait impérativement assumer en tant que Président de chambre consulaire…

Un mot sur Monsieur Albert Holl, le secrétaire général de la Sous-Préfecture, qui donne de sa personne acariâtre, pour physiquement placer ou déplacer les gens, invoquant des règles administratives imaginaires qui interdisent par exemple à un avocat d’être aux côtés de son client durant le délibéré de la commission de discipline. Bref, tout cela aura bien une fin…

Et pour commencer, c’est la carrière en tant que petit autocrate du Sous-Préfet Jumez qui est sur le point de se terminer, rattrapé par la justice, le Tribunal Administratif a sifflé la fin de la partie en sanctionnant l’une de ses nombreuses infractions à la loi. En effet, par une décision du 20 décembre 2018, le Tribunal Administratif, constatant l’irrégularité de la commission relative aux taxis et VTC créée par Jumez en personne, a condamné le Préfet à payer aux taxis 1.500 euros.

Il s’agit là d’une belle victoire pour les taxis, qui ont subi les affronts de ce Sous-Préfet, qui s’est permis de leur répéter publiquement, qu’eux et leur conseil étaient incompétents et incapables de comprendre la réglementation relative à leur profession… Sa rivéy ! A ce jeu là, c’est la justice qui a tranché et qui a clairement identifié le véritable incompétent, irrespectueux de la loi, en lui rappelant incidemment qu’il avait pour seule et unique mission d’appliquer la loi…

Moralité de cette histoire : Au sein d’une Guadeloupe éprouvée, l’union, la détermination et la dignité de ses enfants mises en mouvement par une stratégie bien rodée, fondée sur le bon sens ; le tout doté d’une alliance des compétences complémentaires arrivent, tôt ou tard, et donc toujours à bout de ceux qui pensent pouvoir la soumettre et la mépriser.

Gladys Démocrite

Avocat

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