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USA. American Dream : L’extraordinaire parcours d’Alizé Utteryn jeune et glamour journaliste au pays d’Obama et de Trump.

26 Fév 2019
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New York. Mercredi 27 février 20119. CCN. Au prononcé de seul son prénom Alizé et vous voilà comme emporté en plein dans ce rêve américain que Trump s’efforce depuis son élection à transformer en cauchemar. Alizé, guyanaise native et francophone totalement inconnue débarque un jour à New York et décide de s’y installer. Dix années après elle s’est raconté à CCN.

CCN. Pourquoi avoir choisi les USA pour y vivre ? Quel a été le déclic ?

Alizé. Les USA c’était un rêve depuis toujours. La première fois que je suis venue aux USA, j’avais 15 ans. Je suis tombée aussitôt amoureuse de New York, l’énergie et atmosphère qui y résidait. A partir de ce moment, je me suis fait la promesse de revenir pour y vivre et travailler. Et 17 ans plus tard ma promesse était tenue.

À l‘âge de 33 ans, j’ai donc tout plaqué pour aller vivre mon rêve américain, « the American Dream » sans savoir ce qui m’attendait. J’aime les challenges et prendre des –risques. Car la vie est un risque elle-même et si tu n’en prends pas, tu ne vis pas. Je n’avais rien à perdre et quand je regarde aujourd’hui c’est la meilleure décision que j’ai pu prendre.

CCN. Quand on est francophone et qu’on débarque aux États-Unis des difficultés pour s’adapter ?

Alizé. En 2009 j’ai débarqué avec mes deux valises à New York à la conquête de l’inconnu, sans amis ni famille. Mes débuts et mon intégration furent très difficiles, loin de ce que je pensais. Tout a commencé avec la barrière de la langue. Bien que j’eusse un bon niveau d’anglais, j’avais beaucoup de mal à m’exprimer et à comprendre les Américains. J’ai dû prendre des cours intensifs d’anglais. Puis au niveau administratif, c’était une vraie galère de pouvoir se faire comprendre et maîtriser les règles de fonctionnement du système américain. Tout était nouveau et si diffèrent de notre système français. Quand vous ne maitrisez pas la langue, les américains ne font aucun effort pour vous comprendre. Vous devez vous débrouillez et vous prendre en main très rapidement car rien ne vous attend. On ne vous fera pas de cadeau, il faut vous adapter vous n’avez pas le choix. C’est la débrouillardise qui prime et devenir un vrai « hustler », un battant. Ici c’est la survie, ce sont les meilleurs, les winners (gagnants) qui s’en sortent. L’abandon n’est pas une option. « Do or do not. There is no try », tu fais ou pas, il n’y a pas d’essai !

CCN. quelles ont été les étapes de ce cheminement ?

Alizé. J’ai dû tout recommencer à zéro : reprendre mes études de Business Management Administration pendant deux ans successifs et aller à l’université tous les weekends, du vendredi au dimanche (vingt heures de cours). Ajouter à cela plus de soixante heures de travail par semaine : un vrai challenge, d’autant que je me retrouvais à l’école avec des jeunes de 20 ans ! C’était très dur, mais je devais m’accrocher. Je n’avais aucune vie sociale, pas le moindre ami. Je passais mon temps à travailler et à étudier car j’avais des objectifs à atteindre. Aussi, pour pouvoir réussir, je devais passer par cette période de sacrifice. No pain, no gain ! Il m’arrivait de craquer et de pleurer, tellement c’était dur de pouvoir suivre ce rythme éffréné. Pendant longtemps, je n’ai pas eu de vacances. Sans compter la solitude. Ma famille, mes amis et mon confort personnel me manquaient terriblement. Je prétendais que tout allait bien pour rassurer ma famille, mais combien de fois ai-je été désespérée ! Cependant, ce qui m’a permis de surmonter ces difficultés, ce sont ma foi, ma détermination et la volonté de réussir. Il n’y avait pas de place pour l’échec. Surtout, après avoir parcouru tout ce long chemin, je ne pouvais plus reculer.

Puis après mes études à l’époque 35 ans, je me suis faite repérée par un directeur d’agence qui m’a permis de faire mes premiers pas dans l’industrie de la mode. Passionnée par la danse, j’avais déjà mené une carrière de danseuse professionnelle, mais le monde du mannequinat était tout nouveau pour moi.

Un challenge réussi en ce sens que j’ai prouvé que j’avais du talent, un talent dont je n’étais pas consciente. Mais après un an, le modeling ne m’intéressait plus. C’était juste un hobby.

En dépit de tout, je voulais être davantage engagée, être au contact des gens, encadrer et faire des choses intéressantes ayant un réel impact sur la vie des autres. Après une formation de Chargée de relations publiques et de journalisme (ce qui m’a permis de travailler pour différentes compagnies de communication et de spectacles), j’ai décidé de travailler à mon compte en créant en 2013 ma propre société nommée Alizé Lavie  : un magazine multiculturel ; une plate-forme internationale pour promouvoir des talents du monde entier en partageant des histoires personnelles de vies inspirantes.

Désormais, je ne voulais plus être exploitée par les autres entreprises.

J’ai su faire mes preuves et mon travail est très apprécié auprès des plus grandes instances internationales. Je me suis faite toute seule, « a self made woman ». Une grande fierté pour une jeune franco-guyanaise d’avoir pu s’imposer aux États-Unis, en si peu de temps et d’avoir eu l’opportunité de fréquenter des lieux uniques comme les Nations Unies ou rencontrer des stars, des personnalités comme le Président Obama.

Grâce à tout mon travail acharné, j’ai été reconnue au niveau international. Ce qui m’a valu plusieurs prix d’excellence : « Champion of change Awards », aux Nations Unies, en 2014, « Young Gifted Black Entrepreneurs Awards, Fashion United Award »,  en 2015, « Danny Glover Awards & JUST Read Awards », en 2016, par la NAACP (organisation prestigieuse américaine favorisant les gens de couleur) pour mon magazine, 2017 Plaque d’honneur, exemple pour la jeunesse (Canada), 2018 Prix d’excellence par le parti démocrate Américain, certificat d’honneur par le congres Américain, Awards des Femmes dans les Médias et le Show biz aux Etats-Unis), et Meilleure Media personnalité et entrepreneuse de l’année par Les Creatives Awards de Londres.

1Alize Utteryn

CCN. Comment réagissent les afro-américains quand ils se rendent compte que vous n’êtes pas une américaine ?

Alizé. Je suis agréablement surprise de leur réaction. Au premier abord, si je ne parle pas ils vont penser que je suis une des leur ou caribéenne, donc ils vont se comporter normalement sans intérêt particulier. Mais de la minute ils découvrent que je ne suis pas américaine, leur regard est complément diffèrent. Ils sont souvent charmés par mon accent et que je suis de Paris. Manifestement là je deviens très intéressante, ils me posent des questions, mes origines. Ils sont fascinés, c’est d’ailleurs intriguant. Car ils ne voient plus comme une noire américaine mais française. Et là aussi surprenant que cela soit, tu deviens spécial.

Il y a cette méconnaissance ou ignorance de leur part qu’être français c’est être « blanc ». Je dois dire que le fait d’être française noire d’origine guyanaise m’a vraiment ouvert des portes. Notre mixité de culture européenne et caribéenne nous rend unique. Et c’est important d’en être conscient surtout quand on est à l’international. On a ce « je ne sais quoi » propre à nous et encore plus avec l’accent dont les américains raffolent. Ils adorent tout ce qui se rapporte à la culture française. Une fois que tu as compris cela il faut savoir l’utiliser à ton avantage.

CCN. Vous avez eu le temps de connaître l'administration Obama et now c'est Donald Trump comment se vit ce brutal changement ?

Alizé. Je le vis très mal, ce changement est très difficile. Quand Obama est devenu président c’était pour moi une belle victoire sur la vie, que tout était possible. Mais surtout un espoir pour la communauté black si longtemps oppressée aux USA. Qui aurait cru que cela aurait put être possible 50 ans auparavant ? C’était un temps fort, symbolique pas qu’aux USA mais dans le monde. L’Amérique avait lancé un message fort en choisissant un leader noir. Je me rappellerais toujours sa victoire historique, la joie, les pleurs nous étions tous en harmonie. La couleur de peau n’avait plus d’importance. Il avait réussi à rassembler tout un peuple autour de vraies valeurs et instaurer la paix. Son administration a pu mettre en place des reformes constructives tant bien que mal pour aider les américains les plus démunis. Par exemple, la couverture santé qui auparavant était un privilège au lieu d’être un droit d’accès pour tous. Quand vous connaissez les prix exorbitants des dépenses de santé, vous ne pouvez qu’être reconnaissant pour tous les efforts par son administration pour faire passer cette loi. Tout n’était pas parfait mais l’administration Obama a eu le mérite d’avoir instauré des reformes sociales bénéfiques pour tous. Mais aujourd’hui depuis l’arrivée du président Trump, c’est une catastrophe. Les USA ont reculé au moins de 20 ans. Tous les grands leaders Noirs américains à l’instar de Martin Luther King qui se sont battus pour la justice, l’unité et égalité pour tous se retourneraient dans leur tombe. Aujourd’hui l’administration Trump détruit progressivement tout l’héritage laissé par l’administration d’Obama. Trump et son administration ont créé un climat de peur auprès des immigrés, favorisé la montée du racisme, divisé le peuple américain en faisant appel à la haine. Sans parler des réformes contestataires comme celle de l’assurance de la couverture santé qu’ils veulent supprimer. Nous sommes très loin du rêve américain. C’est triste pour les USA, première puissance mondiale modèle de référence et d’inspiration pour tant de pays dans le monde. Trump, un choix incompréhensible lourd de conséquence pour les Etats-Unis. Un seul espoir les élections de 2020 qui j’espère permettant de nouvelles perspectives d’avenir pour la nouvelle génération.

CCN. Le racisme toujours présent aux USA ?

Alizé. Bien-sûr encore plus avec l’arrivée de Trump comme je l’ai précisé précédemment. Les klu klux kan réapparaissent et les crimes commis contre les noirs augmentent davantage jour en jour. Je ne sais pas si un jour le racisme envers les noirs va enfin s’arrêter et le vivre ensemble prendra le dessus. Seul l’avenir nous le dira. « I have a dream » de Martin Luther King reste encore plus d’actualité aujourd’hui plus que jamais.

CCN. Les autres caribéens qui sont installés aux USA comment sont-ils accueillis ?

Alizé. A mon humble avis pour les caribéens anglophones l’accueil reste plus facile du fait souvent de la forte présence et implantation de leur propre communauté. Des structures d’accueil sont prévues à cet effet. Vous prenez le cas de la communauté haïtienne très active et unie, il y a beaucoup de services mis à disposition pour les aider dans leur vie quotidienne. Il n’est pas surprenant d’aller dans des bureaux ou même au téléphone d’avoir affaire à un interlocuteur qui parle créole.

Cela reste toujours plus facile pour les ressortissants de la Caraïbe anglophone qui parle déjà anglais. Les français d’Outre mer sont vraiment peu nombreux. A part aller au Consulat pour ce qui concerne l’administratif c’est toujours plus difficile de s’intégrer. De plus en plus il y a des associations françaises qui essaient de regrouper tous les compatriotes pour mieux s’intégrer.

CCN. Le monde de la mode, du show-biz, de médias, comment avez-vous pu vous faire une place ?

Alizé. A ce jour, je dois mon succès à ma persévérance, mon courage et ma foi. Je n’ai jamais abandonné, je me suis battue jusqu’au bout et j’ai travaillé dur avec beaucoup de sacrifices. « Mes échecs ont été mes meilleurs atouts pour réussir ». Mais je pense que mes atouts sont ma simplicité, humilité, ma disponibilité, gentillesse et mon sourire. J’ai une personnalité qui attire facilement, je reste proche des gens, loin de moi d’avoir la grosse tète. J’aime les gens, discuter et échanger. N’oublions pas que ma formation initiale sont les Ressources Humaines. La communication a toujours été mon domaine de prédilection. Je sais m’adapter à tout type de situation et personne. Cependant mon atout principale surtout aux USA cela reste mon accent français. De la minute où j’ouvre la bouche, ils sont charmés. En toute honnêté, je pense qu’ils ne s’y attendent pas, c’est une agréable surprise pour eux.

CCN. Beaucoup de nos jeunes voient les USA au travers des clips des artistes afro américains ?

Alizé. Les États-Unies demeurent très violents. La culture de la violence est très présente au travers des films et clips vidéo. Tout est beaucoup porté sur le physique, l’image. Le sexe fait vendre. Tout est autorisé à partir du moment que cela rapporte de l’argent. Tout est dans la démesure, on est tout le temps dans l’excès. Plus tu es Bad boy plus ta côte de popularité augmente et tu es respecté. Cela reflète la vraie vie aux USA. En ce sens, je pense que tous ces clips sont négatifs pour nos jeunes. Ils ont une très mauvaise influence sur eux d’autant plus qu’ils veulent les imiter.

CCN. Qu’est-ce qui vous plait le plus aux USA, et à l’inverse ce que vous détestez ?

Alizé. Ce que j’aime le plus c’est ce principe qu’aux USA tout est possible une fois que l’on a décidé. Les opportunités sont la, à toi de saisir ta chance. J aime la mentalité des américains, la culture de la gagne d’être toujours plus fort et exceller dans tout ce que tu fais. Il n’y a pas de place pour les perdants, tu n’as pas d’autre choix d’aller jusqu’au bout. Ici on te juge sur tes capacités, ce que tu peux ramener sur la table pas sur les diplômes que tu as. Il s’agit plus de montrer ce que tu sais faire que ce que tu as, limite on s’en fiche de tes diplômes. Seuls les résultats comptent. Tu dois te sacrifier, travailler dur, No Pain, no gain !

La notion de succès n’est donc pas déterminée sur la base de tes origines, couleurs de peaux ou sexe. Si tu es bon, talentueux dans ton domaine, ils vont le reconnaître et te célébrer pour t’encourager souvent avec leur système d’Awards.

A contrario ce que je déteste c’est la violence qui réside dans ce pays avec la libre circulation des armes. Tu n’es pas à l’abri d’un pétage de plomb d’une personne qui s’en prendra à toi gratuitement. Il faut éviter d’y penser mais tout peut arriver. Des gens meurent presque toutes les 5 secondes aux USA à l’arme blanche. Les chiffres sont effrayants et l’avenir semble inquiétant. C’est une réalité avec il faut vivre. Mais pour bien vivre sans inquiétude, ma philosophie est simple: « Vas ou tu veux, meurs où tu dois ! Vis ta vie comme si c’était le dernier jour ! »

 

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