Guadeloupe. Filière agricole. Enquête CCN : Qui veut assassiner l’Agro Park ?

29 Avr 2019
3413 fois

Abymes. Mardi 30 avril 2019 CCN. La polémique autour de l’AgroPark débute, il y a de cela quelques semaines, lorsque le député Olivier Serva publie le 4 mars, d’abord un communiqué intitulé « Agro transformation : le coup de bluff d’Éric Jalton » (doc 1). Puis un courrier daté du 27 février émanant du Président Région (doc 2) qui « regrette que cet équipement (l’Agropark) n’ait pas fait l’objet au préalable d’une concertation compte-tenu des projets en cours… ». Ce courrier a été adressé à Éric Jalton (président de Cap excellence) la veille même de la cérémonie de pose de la première pierre de l’Agro Park (28 février). Plus récemment le PDR Ary Chalus, nous a accordé un bref entretien (Doc 3) pour confirmer qu’il n’était pas informé du projet de l’Agro Park !

Que se passe-t-il vraiment autour du dossier de l’Agropark ? Qui veut enterrer ce projet et pourquoi ? Verra-t-il le jour ? CCN a mené l’enquête…

1/ Ce sera quoi cet Agro Park ?

A Cap Excellence initiateur de ce projet structurant, on définit l’Agro Park de la manière suivante :« il s’agit du tout premier parc d’activités exclusivement dédié à l’agro-transformation des produits du terroir guadeloupéen.

Ce parc d’activités de 5 ha est situé sur la zone de Dothémare (Les Abymes), en deçà du nouveau CHU. Il côtoie les principales zones économiques régionales. Capture decran 2019 04 29 a 23.50.42

Sa finalité première réside dans la production et la commercialisation de denrées à forte valeur ajoutée à partir des produits du terroir guadeloupéen. Il s’agit de

1) renouveler l’agriculture guadeloupéenne,

2) de permettre à tous les Guadeloupéens de consommer des aliments sains issus de leur propre territoire,

3) de conquérir de nouveaux marchés en accompagnant les green Start up locales

4) de faire connaître la richesse de notre terroir à l’échelle de la Caraïbe toute entière» (fin de citation)

Que dire de plus sinon, que cet Agro Park est destiné à être un outil nécessaire et indispensable au développement de la filière agricole dans notre pays. Il faut cependant savoir qu’à l’origine, Cap excellence, avait d’abord souhaité créer un Marché d’Intérêt Régional (MIR) mais que la communauté d’agglo a dû revoir sa copie, quand elle a été informée que la Région envisageait elle aussi créer un MIR à Baie-Mahault. Extraits : « CRÉATION DU MARCHÉ D’INTÉRÊT RÉGIONAL : UN PROJET QUI SE CONCRÉTISE POUR DÉVELOPPER ET PROMOUVOIR L’AGRICULTURE GUADELOUPÉENNE Afin de promouvoir la structuration du secteur agricole, Ary Chalus s’est engagé à créer le grand Marché d'Intérêt Régional (MIR), indispensable au développement d’une agriculture diversifiée capable de contribuer, bien plus qu’aujourd’hui, à l’alimentation des Guadeloupéens » (Doc 4)

Du point de vue de la cohérence et du rééquilibrage du territoire de notre pays, il n’était donc pas pensable que dans la même agglomération, il y ait 2 MIR. Cap Excellence, a vite donc abandonné le projet du MIR et a donc ouvert le chantier de l’Agro Park. Mais Olivier Serva n’y croit pas, il n’a pas cessé de le dire et du coté de Cap Excellence et d’Éric Jalton on pas non plus cessé de lui prouver texte à l’appui qu’il se trompait. On en vient à une première conclusion : Le dossier de l’Agro Park est l’objet d’une bataille électorale et qu’Olivier Serva a complétement perdu de vue l’intérêt qu’il y aurait pour la Guadeloupe et singulièrement pour la Région des Abymes et au-delà de disposer d’un outil de développement de la filière agricole tel que l’Agro Park

2/ Pourquoi l’AGRO PARK est-il devenu une affaire politico politicienne ?

Mise en perspective. Olivier Serva, conseiller municipal aux Abymes, conseiller communautaire, député, conseiller régional est depuis des années l’adversaire N°1, le challenger d’Éric Jalton président de Cap excellence, mais aussi maire des Abymes. En tentant de « casser » le projet Agro Park, O. Serva entend ainsi affaiblir Éric Jalton son adversaire et « faire la preuve aux yeux des électeurs que l’actuel maire des Abymes est dans l’incapacité de conduire un tel projet. C’est la stratégie que Serva a mis en place et pour cela tous les coups sont permis.

Le dossier de l’Agro Park semble être la victime des dommages collatéraux dans la bataille pour la conquête de la mairie (Serva) ou du maintien dans le fauteuil de maire (Jalton). La polémique qui oppose les deux hommes est née du fait que O. Serva par l’intermédiaire du courrier de Chalus, (déjà cité) reproche au Président de Cap Excellence, de vouloir mettre en place l’Agro Park sans avoir consulté la Région.

Mais quand on établit, comme nous l’avons fait au cours de notre enquête la chronologie de ce dossier on s’aperçoit que l’affirmation de O. Serva ne résiste pas à une analyse rigoureuse des faits. Dès la mise en place de ce projet, les services de la Région ont été parfaitement et régulièrement informés.

3/ Chronologie : De Cap Excellence via la Région, le vrai cheminement du projet Agro Park.

Le 14 Décembre 2010. Le conseil communautaire de Cap Excellence décide de la création du marché d’intérêt régional (MIR). On note qu’à cette date Ary Chalus n’est pas encore Président de Région.

Le 12 février 2015. La présidence de Cap excellence, sollicite une 1ère rencontre avec la Région pour faire le point sur les grandes orientations économiques et harmoniser les projets. La question de la création du MIR est sur la table.

Il faut se rappeler que dès le début de 2015, Cap Exc. a engagé son Plan d’actions stratégiques économiques, le PASEC. Quand on prend le temps de relire la brochure du PASEC, on s’aperçoit qu’il est prévu d’aménager une « plateforme d’agro transformation aux Abymes ». Comme il le convient la Région a été consultée sur la cinquantaine de projets que propose le PASEC.

Le 21 septembre 2015 et plus tard le 27 novembre par courrier Cap Exc. sollicite une rencontre avec la Région. Il s’agit de « recueillir les observations de la Région sur l’avant-projet du PASEC mais aussi d’entamer une réflexion sur la possibilité d’une contractualisation entre les deux institutions ». Ces courriers selon nos informations sont bien arrivés, enregistrés et donc toujours disponibles à la Région.

Question CCN : Mais ont-ils été transmis à Ary Chalus, Guy Losbar et O. Serva ?

Le 10 mars 2016. Les services du développement économique de la Région et son Président Olivier Serva sont conviés à participer à la présentation de projets d’investissement économique de cap exc. Car le 4 mai 2016, le conseil communautaire doit se prononcer par vote sur le PASEC, donc sur l’Agro Park.

Question CCN : quelle a été la réaction d’Olivier Serva ?

S’agissant de l'’Agro Park, il affirme que le « dossier est léger « ce qui lui vaudra un recadrage poli mais ferme des cadres de Cap exc. qui ont bossé et très sérieusement pendant plus d’une année sur la préparation du projet et ses préconisations.

Le 12 janvier 2017. Nouveau courrier de Cap exc. adressé à la Région. Il s’agit cette fois d’exposer les grandes lignes du projet de l'Agro Park : « la mise en place d’un marché alimentaire de gros et d’un parc d’activités agro-alimentaires ».

Le 24 mars 2017, le Région accuse réception de ce courrier et se dit prête à :« tenir une réunion technique avec les services de cap exc. ultérieurement »

Dans la foulée Cap exc. saisi la Région d’une demande de subvention pour l‘Agrpark pour un montant de 2 millions d’euros !

Le 29 mars 2017. Le Plan Pluriannuel d’investissement (PPI) de Cap exc. est voté en présence d’Olivier Serva qui intervient et interroge Éric Jalton sur la « compatibilité de l'aménagement d’un parc agro-alimentaire avec les autres projets portés par la Région et CANGT (Lizin Santral)

Une fois de plus O. Serva est gentiment recadré et on lui rappelle que les équipements envisagés sont complémentaires des autres infrastructures, qu’ils ont été évoqués dans des COPIL et qu’il a souvent brillé par son absence !!!

Dès que Cap exc. a été informé de la volonté de la Région de créer un MIR, Cap exc. a réajusté son projet en 2018, a abandonné son MIR et s’est concentré sur l’agro Park.

Le 24 mai 2018. Les responsables de la filière agricole participent à une réflexion stratégique sur le projet AgroPark au sein d’un Comité de pilotage (Copil), au sein duquel région est associée. En fait dès le 26 avril 2018, la Région est informée du projet de l’Agro Park, un dossier synthétique a même été transmis.

Le 3 octobre 2018. Le projet finalisé est transmis à la Région dans le cadre d’une demande de subvention le Feeder et FEADER sont ciblés et sollicités.

Ces demandes de financement n’ont pas été rejeté par la région, ni non plus la demande de subvention adressée à la région le 9 décembre 2018.

Au total, on se rend compte que depuis 2017, la Région a été à minima consultée 6 fois sur ce dossier. Selon nos informations, les fonctionnaires et cadres administratifs de la Région sont parfaitement informés du projet et de son avancée.

Question CCN : Olivier Serva président de la commission développement économique Guy Losbar président de la commission finance ou même Camile Pelage président de la commission aménagement et rééquilibrage du territoire peuvent-ils valablement affirmer n’avoir jamais entendu parler du projet Agro Park ?

 

 

 

 

 

4/ Ary Chalus. : « L’Agro Park ? je n’étais pas au courant ! » (doc 3)

chalusAbymes. Mardi 30 avril 2019. CCN. Exclusif. Alors que le président de Région achevait la visite du chantier du futur CHU des Abymes en présence entr’autres, de la ministre de dernières colonies françaises, Annick Girardin, de Josette Borel Lincertin et d’Olivier Serva, nous avons profité pour tenter d’en savoir davantage sur la polémique entre Serva et Jalton sur le projet de l’Agro Park.

Interrogé par nos soins, Ary Chalus en présence d’Olivier Serva a accepté sans hésitation à répondre : mi foto ay !

CCN : Olivier Serva a publié un peu partout une lettre signée par vous Président de Région dans laquelle vous écriviez : « je regrette toutefois que cet équipement n’ait pas fait l’objet au préalable d’une concertation compte tenu des projets en cours par d’autres collectivités et qui bénéficient de l’accompagnement de la collectivité régionale » (citation)

Cela signifie-t-il que vous n’étiez pas au courant du projet de l’Agro Park et que La Région ne valide pas ce projet ?

Ary Chalus : L’Agro Park, je n’étais pas au courant. Ce n’est pas que La Région ne valide pas. La Région n’est pas informée officiellement de cela. On a reçu un courrier de l’intention de Cap Excellence ou du Maire des Abymes mais aucun dossier n’a été déposé, Rien n’a été fait et j’apprends subitement qu’il y a eu une pose de première pierre. La région s’est engagée sur 2 projets financés par des fonds régionaux et européens : le Marché d’Intérêt Régional de Baie Mahault et Lizin Santral à Anse Bertrand.

CCN. Donc zéro financement pour l’Agro Park ?

A.C : Pour le reste il n’y a rien !

 

 

 

 

Conclusion très provisoire : La guéguerre déclenchée par Olivier Serva contre le projet d’Agro Park ne vise in fine et en fait que le porteur du projet, Éric Jalton (Maire des Abymes). Il est clair que Olivier Serva ne peut pas du point de vue du développement économique de la filière agricole, être vraiment contre  la création d’un tel  équipement. Il se mettrait alors à dos tout le secteur agricole, aux Abymes et en Guadeloupe. Il le sait : Ce qui le gène, en tant que candidat à la Mairie des Abymes et à la Présidence de Cap Exc. (s’il était élu), c’est l’importance réelle de cet Agro Park qui sera implanté aux Abymes ! C’est objectivement un avantage certain pour le maire en place, car dans le dossier qui a été remis aux médias le jour de la pose de 1ère pierre on lit ceci :

« La structure sera inaugurée au quatrième trimestre de l’année prochaine. Dès réception des travaux, 30 entreprises s’y installeront. L’Agro Park générera 450 emplois fin 2020, soient 300 emplois directs et 150 emplois indirects. »

Tout s’explique…

Danik Al Ibrahim Zandwonis

 

DOCUMENTS

servaCP01

Fig. Document 1

 

 

agropark Doc2

Fig. Document 2

 

Communiqué de Presse 

11 août 2018

CRÉATION DU MARCHÉ D’INTÉRÊT RÉGIONAL: UN PROJET QUI SE CONCRÉTISE POUR DÉVELOPPER ET PROMOUVOIR L’AGRICULTURE GUADELOUPÉENNE

Afin de promouvoir la structuration du secteur agricole, Ary Chalus s’est engagé à créer le grand Marché d'Intérêt Régional (MIR), indispensable au développement d’une agriculture diversifiée capable de contribuer, bien plus qu’aujourd’hui, à l’alimentation des Guadeloupéens.

Projet prioritaire de la Collectivité régionale, le MIR est le fruit d’une volonté politique qui a été réaffirmée lors du vote des Orientations budgétaires 2017. Ce projet fait partie des projets structurants retenus par la Collectivité régionale au sein de son nouveau Plan pluriannuels d'investissements (PPI).

Évalué à 6 M€, le MIR est inscrit, d’une part dans le PPI, mais aussi dans le Programme de développement rural, pour lequel un financement européen est déjà identifié pour sa réalisation avant la fin du programme.

Le terrain qui portera le MIR est déjà identifié avec la ville de Baie-Mahault, sur un foncier de 2,6 ha, dans le prolongement de Gourdeliane.

Au cours du mois d'octobre 2017, les deux collectivités vont délibérer afin d’autoriser l'acquisition de ce foncier. Les marchés de conception sont déjà en cours de gestion au sein du service technique de la Région.

Le choix de lieu s’est opéré dans une logique d’aménagement de « Continuum », adossé à des structures majeures du monde agricole que sont le lycée agricole, la chambre d’agriculture et la Maison Régionale des organisations professionnelles de l’Agriculture (MAROPA) pour lequel un marché d’oeuvre est déjà lancé. La réalisation d'un ouvrage est prévue entre ce terrain et le vélodrome afin de mutualiser le parking et de préserver la zone naturelle comprise dans le PPRN.

À ce stade 3 réunions de concertation ont déjà été menées avec la Chambre d’agriculture afin de construire le projet en intégrant les problématiques du « Collectif de gros ».

À l’issue de la dernière réunion du 4 juillet 2017 à la Chambre d’agriculture avec le « Collectif de gros », le principe d’installer un comité de pilotage (COPIL) élargi à l’ensemble des acteurs concernés a été retenu. Ce COPIL travaillera, avec la Collectivité régionale, sur la gestion des besoins techniques, la définition de la future gestion financière et la
Gouvernance du MIR, afin d’aboutir à un projet pertinent pour le monde agricole Guadeloupéen.

Mais qu’est-ce qu’un MIR ?

Le code du commerce définit les MIR (ou MIN) comme «des services publics de gestion de marchés, dont l’accès est réservé aux producteurs et commerçants qui contribuent à l’organisation et à la productivité des circuits de distribution des produits agricoles et alimentaires, à l’animation de la concurrence dans les secteurs économiques et à la sécurité alimentaire des populations ».

Les opérateurs présents sur un MIR sont des grossistes, des producteurs agricoles ou des importateurs. Les clients sont des détaillants sédentaires ou non, des restaurants privés ou collectifs, des comités d’entreprise et de manière exceptionnelle, des centrales d’achat de la grande distribution.

L’objectif de l’instauration d’un marché de gros peut contribuer par la transparence des transactions à maintenir ces producteurs contraints de vendre à bas prix leur production à des revendeurs sans aucune connexion avec l’offre et la demande.

La présence de celle-ci sur un territoire participe à :

  • L’animation territoriale: les marchés de gros sont de toute évidence des éléments d’animation dans la mesure où ils donnent aux commerçants de proximité et aux restaurateurs indépendants des produits et des services qui leur sont adaptés,
  • au développement de la restauration hors domicile (RHD): la RHD constitue une voie de commercialisation en cours d’exploration pour les filières,
  • la consommation locale de la production locale: l’image des produits locaux est en général bonne et suscite l’émergence de véritables marques de produits locaux,
  • le développement durable: l’organisation de la distribution et de l’approvisionnement, la collecte et le traitement des ordures sont des activités traditionnelles des marchés de gros qui ont un lien direct avec le développement durable.

De l’étude préalable menée par le Cabinet SEP OLINAGON, il ressort succinctement les points suivants:

  • L’implantation d’un MIR en Guadeloupe est une demande forte des professionnels,
  • Le M.I.R reçoit un accueil majoritairement favorable car il est le symbole d’une évolution qualitative de l’agriculture Guadeloupéenne,
  • Le MIR s’intègre dans une vision et une démarche opérationnelle systémique. Il apparaît comme l’élément déclencheur d’une évolution qualitative qui peut se révéler déterminante pour l’avenir du territoire. De ce fait, la création du marché permet d’initier des dynamiques de changement sur le long terme mais dont le MIR serait le tremplin ou la pierre angulaire initiale,
  • Le M.I.R est un facteur de modernisation et de structuration de la profession. Il doit être une garantie de qualité en lie

Fig. Document 4

 

 

 

 

 

Évaluer cet élément
(1 Vote)
Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires